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CRITIQUES DE CONCERTS 23 septembre 2018

Nouvelle production d'Eugène Onéguine de Tchaïkovski dans une mise en scène de Frederic Wake-Walker et sous la direction de Marko Letonja à l'Opéra national du Rhin.

Nostalgie en demi-teinte
© Klara Beck

Le bon niveau du plateau de cet Eugène Onéguine ne parvient pas à faire oublier un travail de mise en scène qui hésite entre les symboles et la narration littérale. Frederic Wake-Walker réunit des éléments composites que la direction de Marko Letonja peine à unifier, malgré les qualités instrumentales évidentes de l'Orchestre philharmonique de Strasbourg.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 16/06/2018
David VERDIER
 



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  • Frederic Wake-Walker est un jeune metteur en scène qui s'est fait connaître notamment par des Noces de Figaro montées il y a deux ans à la Scala de Milan et dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles rendaient puissamment hommage à l'illustre version de Giorgio Strehler. Fabiana Piccioli éclaire le premier acte de cet Eugène Onéguine avec une richesse de palette extraordinaire, comme en témoignent ces rais de lumières coupant en oblique un air chargé de poussières ou bien la lecture de la lettre au centre de la scène, avec un assemblage subtil de pastels mordorés. Ces bonnes impressions se dissipent au cours du II et du III – façon volontaire de montrer par le truchement des éclairages le basculement psychologique de Tatiana. La salle de réception du Prince Grémine a tous les aspects d'un décor revu et corrigé par Christoph Marthaler, avec ces éclairages crus et d'une laideur assumée.

    Cette transition traduit en outre le temps qui s'est écoulé entre la déclaration d'amour et le douloureux retour à l'envoyeur quelques années plus tard. Frederic Wake-Walker ne donne pas à voir une ligne très claire dans la manière de juxtaposer les éléments oniriques et le recours à un certain naturalisme. On voit s'organiser dans les jardins de Larine les jeux amoureux, la pomme que les adolescentes prennent entre leurs dents pour chercher un alter ego masculin qui accepte de la croquer à son tour… Tout ceci ne dépasse pas l'effet de symétrie avec les taches rouges que forment les ballons d'hélium en forme de cœurs accrochés au cou des prétendants. Cet accessoire devient insistant quand Onéguine à son tour débarque au III avec son petit cœur qui se dégonfle lamentablement au fur et à mesure que Tatiana le remet à sa place.

    Le bal des Larine est changé en intérieur de boîte de nuit portant naïvement des stigmates qu'on identifierait à la période New wave. Le chœur déploie de grands efforts pour se trémousser, tandis que Tatiana reste de dos au centre de la scène, insensible à l'action qui se déroule autour d'elle. Le bal de Saint-Pétersbourg est construit en opposition, avec parmi les danseurs, la présence énigmatique de mannequins de celluloïd. Le duel Lenski-Onéguine est changé en une séance de roulette… russe ; astuce dramaturgique qui aurait pu prendre sens dans un ensemble plus cohérent.

    Fort heureusement, le plateau séduit durablement. Bogdan Baciu s'empare du rôle-titre, affirmant un personnage pris entre veulerie et désespoir par une couleur homogène et une longueur de souffle remarquable. La Tatiana d'Ekaterina Morozova séduit par une ligne à la fois souple et plastique qui épouse tous les contours de la frêle jeune fille à la femme mûre. Marina Viotti trouve en Olga un cadre expressif idéal pour le grain et la densité de son instrument, tandis que Liparit Avetisyan n'a pas à forcer son talent pour camper un Lenski sans les outrances et pleurnichements habituels. Mikhail Kazakov est un Prince Grémine correct dont on retient davantage le déambulateur censé illustrer la blessure tant physique que morale. Gilles Ragon se tire avec les honneurs de son numéro de Monsieur Triquet fanfaron. Enfin, ni Doris Lamprecht en Madame Larina, ni surtout Margarita Nekrasova en nourrice Filipievna ne faillissent dans leur exercice obligé de plongée dans les profondeurs du registre sans rien perdre de la projection.

    L'Orchestre philharmonique de Strasbourg est dirigé par un Marko Letonja qui peine à s'affirmer pour donner le change à une scénographie en berne. Les timbres ne sont guère affutés et l'ensemble navigue à vue dans un tempo étiré qui fait mine d'écrin sentimental à bon compte.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 16/06/2018
    David VERDIER

    Nouvelle production d'Eugène Onéguine de Tchaïkovski dans une mise en scène de Frederic Wake-Walker et sous la direction de Marko Letonja à l'Opéra national du Rhin.
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Eugène Onéguine, opéra en trois actes et sept tableaux (1878)
    Livret de Piotr Ilitch Tchaïkovski et Constantin Chilovski, d’après le roman d’Alexandre Pouchkine
    Chœur de l’Opéra national du Rhin
    Orchestre philharmonique de Strasbourg
    direction musicale : Marko Letonja
    mise en scène : Frederic Wake-Walker
    décors et costumes : Jamie Vartan
    éclairages : Fabiana Piccioli
    préparation des chœurs : Inna Petcheniouk

    Avec :
    Bogdan Baciu (Eugène Onéguine), Ekaterina Morozova (Tatiana), Marina Viotti (Olga), Liparit Avetisyan (Lenski), Mikhail Kazakov (Prince Grémine) , Doris Lamprecht (Madame Larina), Margarita Nekrasova (nourrice Filipievna), Gilles Ragon (Monsieur Triquet), Dionysos Idis (Zaretski), Sangbae Choï (un Paysan).

     



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