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CRITIQUES DE CONCERTS 21 août 2018

Nouvelle production de Don Giovanni de Mozart dans une mise en scène de David Marton et sous la direction de Stefano Montanari à l’Opéra de Lyon.

La chair est triste
© Jean-Pierre Maurin

Fin de saison électrique à l’Opéra de Lyon où Stefano Montanari dynamite la dramaturgie de Don Giovanni transformée en course à l’abîme où les chanteurs, très engagés, ne s’embarrassent guère de style ou de nuances, face à la mise en scène désabusée et confuse de David Marton, qui transforme le séducteur en maniaco-dépressif obsédé par un trauma originel.
 

Opéra national, Lyon
Le 11/07/2018
Yannick MILLON
 



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  • Avant même que ne retentisse le dramatique premier accord de mineur, un court prologue muet introduit l’idée force de la mise en scène de David Marton : à l’adolescence, pyjama trop grand et timidité maladive, Don Giovanni a été sexuellement initié (ou abusé) par une femme d’âge mûr. Aussi le séducteur, bipolaire, alternera-t-il phases de suractivité et périodes de prostration mutique au fond de son lit à baldaquin, sans que l’on sache faire la part du réel, de l’imaginaire, de la mémoire.

    Les violences sexuelles du féminin sur le masculin restent un fait extrêmement marginal, rarissime dans les différentes formes d’expression artistiques, et il n’est guère que le film The Perks of Being a Wallflower de Stephen Chbosky qui nous vienne à l’esprit pour s’être attardé récemment sur cette délicate question. Don Giovanni victime des femmes, l’angle choisi pourrait d’ailleurs très bien se justifier, quitte à ne mettre en scène que la musique, ce qui exige du spectateur qu’il « laisse toute logique » selon le mot dantesque du metteur en scène hongrois.

    Seulement, manquant cruellement de confiance en la partition, il multiplie les gadgets – bruitages anxiogènes – et niveaux de lecture avec de pesantes incises du roman Le Monde dans le dos de Thomas Melle dans le surtitrage et même dans la bouche des personnages, comble de l’incongru, en français ! Quiconque ne connaît l’opéra sur le bout de doigts n’y comprendra goutte, d’autant que le surnaturel en est totalement évacué – le Commandeur comme réminiscence de l’adolescent qui pousse Don Giovanni à s’ouvrir les veines. D’autant plus regrettable que la direction d’acteurs, efficace, ouvre des pistes – l’effeuillage vestimentaire de l’infirmière Zerlina, son libidineux collègue Masetto auscultant son rival – dans un décor unique de bunker palladien riche de mille possibilités.

    © Jean-Pierre Maurin

    Par chance, la soirée est tenue à bout de bras par la battue électrique de Stefano Montanari, flagellant un Orchestre de l’Opéra de Lyon baroquisé, timbales et trompettes incisives, cordes sans vibrato, bois en avant, et animant les récitatifs depuis le pianoforte entre accompagnement nu et volubilité. Dans des tempi cravachés, l’Italien mène les fins d’acte au bord du précipice (et sans le lieto fine de la version de Prague) malgré certains ralentissements de fin de phrase systématiques, en une course à l’abîme qui contraint sans doute par trop les chanteurs à donner du volume.

    Le vocalité mozartienne en est la victime collatérale, et il est jusqu’au ténor testostéroné et presque sans une nuance de Julien Behr de priver Don Ottavio de son ADN di grazia. Vétille toutefois en comparaison de la Donna Elvira dure et hululante, aux effets de poitrine hors style, d’Antoinette Dennefeld, voce ingrata d’un plateau où surnagent, outre une Zerlina et un Masetto décents mais sans grâce ni legato, les clés de fa : Don Giovanni de Philippe Sly court de rayonnement sur les tenues mais animé d’un merveilleux sillabato et d’une couleur intermédiaire idéale, Leporello un peu encombré mais efficace de l’inoxydable Kyle Ketelsen.

    Car le Commandeur est sacrifié à une émission qu’on trouverait intolérable même dans Wagner, et l’on ne retiendra dans cet océan de décibels que la Donna Anna très charnue d’Eleonora Buratto, sans doute trop opulente dans l’absolu, mais la seule à prendre des risques, à proposer des nuances sur le fil (récitatif de Non mi dir), à caresser l’ambiguïté psychologique des merveilleux personnages de Mozart.




    Opéra national, Lyon
    Le 11/07/2018
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Don Giovanni de Mozart dans une mise en scène de David Marton et sous la direction de Stefano Montanari à l’Opéra de Lyon.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes (1787)
    Livret de Lorenzo da Ponte

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Lyon
    direction : Stefano Montanari
    mise en scène : David Marton
    décors : Christian Friedländer
    costumes : Pola Kardum
    éclairages : Henning Streck
    son : Daniel Dorsch
    préparation des chœurs : Hugo Peraldo

    Avec :
    Philippe Sly (Don Giovanni), Eleonora Buratto (Donna Anna), Julien Behr (Don Ottavio), Antoinette Dennefeld (Donna Elvira), Kyle Ketelsen (Leporello), Piotr Micinski (Masetto), Yuka Yanagihara (Zerlina), Attila Jun (le Commandeur), Cléobule Perrot (Un jeune homme).

     



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