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CRITIQUES DE CONCERTS 22 août 2018

Nouvelle production de l’Ange de feu de Prokofiev dans une mise en scène de Mariusz Treliński et sous la direction de Kazushi Ono au festival d'Aix-en-Provence 2018.

Aix 2018 (2) :
Un Ange sous acide

© Pascal Viotor - artcompress

Jamais représenté du vivant de Prokofiev, l'Ange de feu connaît ses dernières années un succès inattendu. Barrie Kosky à Berlin, Calixto Bieito à Zurich et surtout Benedict Andrews à Lyon, avaient placé la barre très haut. Malgré d'évidentes qualités, il n'est pas certain que la production de Mariusz Treliński atteigne de tels sommets.
 

Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
Le 13/07/2018
David VERDIER
 



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  • Par le jeu obsessionnel des citations cinématographiques, le directeur du Teatr Wielki de Varsovie semble marcher sur les brisées d'un certain Krzysztof Warlikowski mais sans une la maestria qui en ferait oublier l'aspect répétitif et accumulatif, comme c'était déjà le cas dans son Tristan à Baden Baden. Son travail transforme l'univers gothique du roman de Valéri Brioussov en un kaléidoscope de scènes psychédéliques qui finissent par confondre dans une vision à sens unique les visions mystiques en hallucinations sous acide.

    Cette clé de lecture justifie la modification faisant du V un retour rétrospectif sur la vie de Renata après qu'elle s’est suicidée à la fin du IV. Les personnages errent dans un monde intermédiaire que le décor de Boris Kudlička magnifie avec cette vue en coupe et ce jeu de superpositions qui multiplie le rapport espace-temps. D'autres éléments paraîtront moins pertinents, à commencer par l'insistance de la figure de l'Inquisiteur en aveugle en costume blanc ou les interventions de Jakob Glock en dealer à capuche, qui vient directement piquer les avant-bras de ses clients. Vision fantasmée ou réelle ?

    La trame narrative déroule ses tableaux à la manière d'un David Lynch dans Twin Peaks ou Roman Polanski dans Répulsion. La scène de Ruprecht avec le magicien Agrippa est réglée de main de maître avec la chorégraphie hallucinée de Tomasz Wygoda qui conjugue les jeunes adolescentes du pensionnat avec d'étranges démons barbus façon Raspoutine. Si la spirale d'images giratoire peut d'une certaine manière impressionner, sa récurrence finit par engloutir le regard dans un continuum stroboscopé qui laisse l'émotion sur le bas-côté. Barrie Kosky et surtout Benedict Andrews parvenaient à créer une montée vers un point d'orgue culminant, bien absent ici.

    © Pascal Victor-artcompress

    Les voix sont victimes d'un étonnant défaut acoustique, lié à la conjonction entre la verticalité du décor et les caractéristiques propres au Grand Théâtre de Provence. En témoigne la projection très en deçà d'Aušrinė Stundytė qui peut surprendre quand on fait référence aux deux productions citées plus haut. La voix semble atone et sans relief, comme tenue à distance derrière un opulent rideau orchestral. Les aigus sont dardés mollement, soutenus par un vibrato à la fois terne et sans vigueur.

    Déception également pour le Ruprecht de Scott Hendricks, incapable de rendre au personnage une forme de déséquilibre et de fragilité. Tour à tour Faust, Heinrich et Inquisiteur, Krzysztof Bączyk déploie son timbre sombre sans réussir à égaler les aspérités de l'Agrippa et du Méphistophélès d'Andreï Popov. On notera la qualité de Pavlo Tolstoy en Jakob Glock et l'opulence des graves d’Agnieszka Rehlis tour à tour sorcière et mère supérieure. Kazushi Ono confirme les belles impressions de son Ange de feu donné à l'Opéra de Lyon en 2016. Il porte l'Orchestre de Paris à un degré d'ébullition parfaitement maîtrisé et volontaire, écrin idéal pour une musique qui échappe à toute catégorisation.




    Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
    Le 13/07/2018
    David VERDIER

    Nouvelle production de l’Ange de feu de Prokofiev dans une mise en scène de Mariusz Treliński et sous la direction de Kazushi Ono au festival d'Aix-en-Provence 2018.
    Sergei Prokofiev (1891-1953)
    L’Ange de feu, opéra en cinq actes op. 37 (1927)
    Livret du compositeur d’après le roman de Valery Brioussov

    Coproduction avec le Teatr Wielki de Varsovie et l’Opéra national de Norvège

    Chœur de l’Opéra de Varsovie
    Orchestre de Paris
    direction : Kazushi Ono
    mise en scène : Mariusz Treliński
    décors : Boris Kudlička
    costumes : Kaspar Glarner
    éclairages : Felice Ross
    chorégraphie : Tomasz Wygoda
    préparation des chœurs : Philip White
    vidéo : Bartek Macias

    Avec :
    Scott Hendricks (Ruprecht), Aušrinė Stundytė (Renata), Margarita Nekrasova (l’Hôtesse), Agnieszka Rehlis (la Voyante / la Mère supérieure), Pavlo Tolstoy (Jakob Glock, le Médecin), Andreï Popov (Agrippa von Nettesheim / Méphistophélès), Taras Shtonda (Faust), Ivan Thirion (Serviteur / l’Aubergiste), Krzysztof Bączyk (Inquisiteur / Heinrich), Lukazs Goliński (Mathias Weissman), Bernadetta Grabias (la patronne de l'auberge), Bożena Bujnicka (première religieuse), Maria Stasiak (seconde religieuse).

     



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