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CRITIQUES DE CONCERTS 22 août 2018

Reprise des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner dans la mise en scène de Barrie Kosky et sous la direction de Philippe Jordan au festival de Bayreuth 2018.

Bayreuth 2018 (1) :
La Nuremberg céleste

© Enrico Nawrath / Bayreuther Festspiele

Pour la deuxième année des Meistersinger selon Barrie Kosky et Philippe Jordan à Bayreuth, l’intelligence de la mise en scène allie adroitement une lecture à plusieurs niveaux et une théâtralité concrète, parachevant au passage l’équilibre délicat entre comédie et drame, le personnage de Beckmesser dût-il en sortir stigmatisé, et la figure de Wagner interrogée.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 05/08/2018
Thomas COUBRONNE
 



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  • Nous avons beaucoup écrit sur les écueils des mises en scène plaquées, demandant au spectateur de faire en permanence le grand écart entre plusieurs attitudes de lecture, tantôt littérales, tantôt symboliques, tantôt transposées. Le pari de Barrie Kosky n’était donc pas sans risque, puisqu’il multiplie les angles d’approche contradictoires.

    Il y a d’abord la projection de Wagner dans les héros masculins (Sachs étant le « grand » Wagner, Walther l’artiste en devenir, David le jeune compositeur immature), ou de ses proches dans les autres personnages (Cosima en Eva, conduite à l’autel par son père Liszt/Pogner, mais aussi Hermann Levi en Beckmesser). En plus d’apporter de truculentes séquences (l’ouverture bourgeoise drolatique avec la migraine de Cosima, mais surtout les frasques d’un Wagner qu’on découvre soudain blagueur), elle alimente une critique enjouée mais manifeste du wagnérisme.

    Puis il y a la réflexion sur Nuremberg, cité fantasmée du sacre wagnérien. La scénographie maintient ainsi en permanence l’hiatus entre le temps de Wagner et le contexte factice de l’époque emblématique de Dürer. Le lieu laisse ainsi la place à son histoire, et y convergent Wahnfried, tour d’ivoire de l’artiste, la Nuremberg du procès, ombre au tableau parfait qu’il aurait voulu laisser derrière lui, la salle de concert enfin, lieu abstrait où devait s’opérer sa glorieuse transfiguration pour la postérité.

    De ce décor composite sourd une critique à peine voilée d’un personnage pourtant présenté dans sa richesse et sa complexité : le mégalomane capable de ressasser dans chacune de ses œuvres la célébration de son propre génie incompris, mais aussi un pitre joyeux, subtil, au fond humain, autant capable d’humilier son « ami juif » Levi que de couvrir Cosima de cadeaux passionnés, capable des renoncements de Sachs et des naïvetés de Walther.

    Dès lors s’enrichissent mutuellement des degrés de lecture étroitement reliés par une direction d’acteurs remarquablement précise et virtuose : l’épreuve finale est une parodie de procès, lors de laquelle Beckmesser, déjà ostracisé et passé à tabac au II, est symboliquement rayé de l’Histoire, Wagner/Sachs cordonnier-calcéophile martèle de bon cœur ses chaussures neuves, Levi/Beckmesser succombe sous le poids du portrait de Wagner tandis qu’on appelle à la barre le portrait de Cosima derrière lequel se cachent les amoureux.

    En une forme de plein accomplissement musical, Philippe Jordan insuffle une légèreté, une vie presque marivaudienne, en petites touches, à une œuvre qui y trouve une respiration joyeuse et une immédiateté idéale. Michael Volle est une évidence à tous points de vue, matière noire mais souple, déclamée en une riche palette, présence scénique magnétique que lui dispute Johannes Martin Kränzle, éblouissant Beckmesser à la Shylock, assumant avec pathos et une maladroite distinction aristocratique la douloureuse caricature juive enracinée dans l’agressivité au cordeau de chœurs féroces – saluée en salle par un combat entre huées et bravi.

    Et si l’Eva d’Emily Magee demeure bien prosaïque, c’est surtout le Walther désormais fragile de Klaus Florian Vogt qui alimente notre seule réserve sur cette production : son personnage ne gagne ni en épaisseur ni en innocence, cantonné à ce rôle démesurément conventionnel par rapport à Sachs qui est ici sans aucun doute le véritable artiste. Si nous souscrivons totalement à cette relative disqualification de Walther, relégué au second plan, elle occasionne malgré tout quelque détachement, et, partant, quelques longueurs.




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 05/08/2018
    Thomas COUBRONNE

    Reprise des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner dans la mise en scène de Barrie Kosky et sous la direction de Philippe Jordan au festival de Bayreuth 2018.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Die Meistersinger von Nürnberg, opéra en trois actes (1868)
    Livret du compositeur

    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène : Barrie Kosky
    décors : Rebecca Ringst
    costumes : Klaus Bruns
    éclairages : Franck Evin
    vidéo : Regine Freise
    préparation des chœurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Michael Volle (Hans Sachs), Günther Groissböck (Veit Pogner), Tansel Akzeybek (Kunz Vogelgesang), Armin Kolarczyk (Konrad Nachtigall), Johannes Martin Kränzle (Sixtus Beckmesser), Daniel Schmutzhard (Fritz Kothner), Paul Kaufmann (Balthasar Zorn), Christopher Kaplan (Ulrich Eisslinger), Stefan Heibach (Augustin Moser), Raimund Nolte (Hermann Ortel), Andreas Hörl (Hans Schwarz), Timo Rihonen (Hans Foltz), Klaus Florian Vogt (Walther von Stolzing), Daniel Behle (David), Emily Magee (Eva), Wiebke Lehmkuhl (Magdalene), Tobias Kehrer (Ein Nachtwächter).

     



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