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CRITIQUES DE CONCERTS 22 août 2018

Nouvelle production de Lohengrin de Wagner dans une mise en scène de Yuval Sharon, sous la direction de Christian Thielemann au festival de Bayreuth 2018.

Bayreuth 2018 (2) :
Libellules sous haute tension

© Enrico Nawrath / Bayreuther Festspiele

Après les rats de Neuenfels, les libellules de Sharon ! Dans une atmosphère de conte, le metteur en scène américain multiplie les maladresses dans ce nouveau Lohengrin. Heureusement, la musique est royalement servie tant sur scène qu’en fosse, où Thielemann devient le deuxième chef de l’Histoire à avoir dirigé les dix drames wagnériens dans l’abîme mystique.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 06/08/2018
Yannick MILLON
 



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  • Katharina Wagner semble avoir infléchi sa politique visant à promouvoir uniquement des spectacles de Regietheater pur et dur à Bayreuth, comme en témoignent son Tristan, le Parsifal de Laufenberg et les Maîtres de Kosky. Avec ce nouveau Lohengrin replacé au cœur du conte, la tendance se confirme.

    La scénographie, dans les tons très bleus de toiles peintes à l’ancienne, atteste d’un certain classicisme, mais le propos de Yuval Sharon, qui se tient dans ses notes de programme (électrification comme sortie de l’obscurantisme, contestation de l’obéissance aveugle, mise au pilori des accusés mutiques, hypocrisie des héros), bute avant tout sur une direction d’acteurs défaillante (les chœurs, pourtant excellemment chantés, des solistes en jachère, sauf Meier qui se dirige toute seule), là où la précédente production Neuenfels, très contestable, était régie à la perfection.

    On reste d’ailleurs moins sceptique sur les idées que sur leur réalisation : la fiancée cloîtrée dans une guitoune à paratonnerre, la chambre nuptiale en intérieur de transformateur électrique orange, Telramund électrocuté par ricochet car Elsa renvoie la foudre, les effets de Lohengrin, en installateur Linky, remisés dans une panière à linge, et surtout Gottfried, déguisé en buisson, foudroyant tout le monde à coup de branche clignotante à l’exception d’Elsa et Ortrud émancipées de la domination masculine. Sans oublier dans cet univers féérique où les personnages ont des ailes de libellule, le grotesque combat entre Lohengrin et Telramund suspendus à des filins, qui moulinent des jambes dans le vide.

    Par chance, la musique évolue à un tout autre niveau, semblant confirmer l’embellie des productions depuis quelques étés. Seul maillon contestable du plateau, l’Elsa d’Anja Harteros, dure et détimbrée à la fois, trop volontaire pour la grâce du personnage, contrainte à poitriner très haut dans la tessiture mais à son meilleur dans les ensembles.

    © Enrico Nawrath / Bayreuther Festspiele

    Le reste de la distribution ne souffre aucune vraie réserve, même si l’on a connu Héraut plus mordant que celui d’Egils Silins, car Georg Zeppenfeld est toujours aussi somptueux en Roi Heinrich d’une homogénéité absolue et aux aigus parfaitement canalisés, tandis que Tomasz Konieczny excelle comme jamais en Telramund d’une projection maléfique grisante dans ce rôle si difficile dont il dévore les aigus assassins.

    Waltraud Meier, dix-huit étés après sa dernière apparition in loco, reste à 62 ans une artiste considérable, d’une intelligence des mots, d’une compréhension de chaque inflexion donnant toute sa complexité au personnage d’Ortrud, et dont la voix résiste étonnamment bien aux années – le Gott ? du II, suivi d’un silence tétanisant –, assise sur un médium vénéneux inaltéré, négociant ses périlleux aigus plutôt mieux qu’à Paris il y a une décennie.

    Triomphe enfin à l’applaudimètre pour le Lohengrin de Piotr Beczała, blondeur dans le timbre à la Wunderlich, chevalier au chant châtié, merveilleusement nuancé, dont la voix en rien colossale est la santé même, aigus francs et lumineux, et sait jouer des subtilités de l’acoustique du Festspielhaus pour ne pas s’épuiser.

    Enfin, saluons un événement peu relayé. Présent sur la Colline depuis 2000, Christian Thielemann devient cet été le deuxième chef de l’histoire de Bayreuth à y avoir dirigé les dix drames wagnériens, record détenu jusque-là par le seul Felix Mottl depuis 1901. Grand maître du flux dramatique, toujours aussi peu concerné par la précision rythmique (la synchronisation avec les chœurs, la fin du II), le directeur musical du festival signe une lecture soutenue de Lohengrin, et transfigure la fin du duo Elsa-Ortrud avec un legato royal et des imbrications violons-violoncelles fusionnelles de toute beauté.




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 06/08/2018
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Lohengrin de Wagner dans une mise en scène de Yuval Sharon, sous la direction de Christian Thielemann au festival de Bayreuth 2018.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Lohengrin, opéra romantique en trois actes (1850)
    Livret du compositeur

    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Christian Thielemann
    mise en scène : Yuval Sharon
    décors & costumes : Neo Rauch & Rosa Loy
    éclairages : Reinhard Traub
    préparation des chœurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Georg Zeppenfeld (König Heinrich), Piotr Beczała (Lohengrin), Anja Harteros (Elsa), Tomasz Konieczny (Friedrich von Telramund), Waltraud Meier (Ortrud), Egils Silins (Heerrufer des Königs), Michael Gniffke (1. Edler), Eric Laporte (2. Edler), Kay Stiefermann (3. Edler), Timo Riihonen (4. Edler), Kitty de Geus, Annette Gutjahr, Maria Schlestein, Cornelia Ragg (Edelknaben).

     



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