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CRITIQUES DE CONCERTS 21 novembre 2018

Version de concert du Procès de Von Einem sous la direction de HK Gruber au festival de Salzbourg 2018.

Salzbourg 2018 (1) :
Justice pour Josef K.

© Marco Borrelli

Dans la Felsenreitschule qui accueille le plus souvent les ouvrages modernes, Salzbourg renoue avec les grandes créations de son histoire en proposant une version de concert du Procès de Gottfried von Einem, dont on célèbre le centenaire de la naissance. Une exécution modèle, entre la direction contrastée de son élève HK Gruber et un plateau au-delà de tout reproche.
 

Felsenreitschule, Salzburg
Le 14/08/2018
Yannick MILLON
 



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  • Les choix artistiques de Markus Hinterhäuser font sentir au bout de deux éditions seulement que la bride du festival de Salzbourg est à nouveau solidement tenue, en rendant notamment leur juste rang aux ouvrages créés in loco depuis l’après-guerre. Le compositeur Gottfried von Einem (1918-1996) avait largement contribué à expurger les années du nazisme dans la ville de Mozart. Vierge de toute compromission, l’Autrichien devint rapidement conseiller artistique puis membre du bureau du festival, où il milita sans relâche pour la création, permettant en l’espace de treize ans à pas moins de neuf opéras de voir le jour, dont deux des siens : la Mort de Danton, et le Procès.

    Immortalisé par la captation de la première du 17 août 1953 sous la baguette de Karl Böhm, avec les pointures Max Lorenz, Lisa Della Casa et Ludwig Hofmann, l’ouvrage n’avait jusqu’alors retrouvé ses terres natales qu’en 1988 dans une version de concert. La même solution a été privilégiée ce soir, dans le même décor naturel du Manège des rochers. Spécialiste émérite de Von Einem, son compatriote HK Gruber s’est imposé comme l’heureux choix de l’évidence.

    A la tête de l’ORF Radio-Symphonieorchester de Vienne, l’élève du compositeur opte pour des textures impressionnistes, tirant la nuance vers le bas pour mieux laisser exploser les quelques moments de tension qui émaillent une partition étonnante, regardant sans cesse vers le Stravinski de la Symphonie en trois mouvements (piano dans l’orchestre inclus), refusant l’atonalité tout en lorgnant à l’occasion du côté de Weill, sans rien abdiquer d’une écriture rythmique trépidante, multipliant syncopes, contre-temps et répétitions.

    Bâtonnant sans trop d’élégance pour assurer la stabilité du débit, Gruber mène les deux heures trente et neuf scènes de l’opéra en maintenant l’attention en éveil du tintement de cloche initial aux violentes secousses de la scène finale dans la cathédrale, en passant par quelques fugaces bouffées de lyrisme et cette conclusion où le glissando du piano colle parfaitement à l’étrangeté du roman de Kafka, qui a probablement été une gageure à mettre en musique.

    On se laisse pourtant porter par le livret élaboré à quatre mains par Boris Blacher et Heinz von Cramer, substrat d’une musique sans noirceur, déroulant même un continuum rythmique anodin en apparence mais reflétant finalement bien la machine judiciaire et la bêtise bureaucratique, un sentiment décuplé par les choix du chef, loin de la touffeur postromantique des textures de Böhm il y a soixante-cinq ans.

    Au niveau de la distribution aussi, on oblitère le wagnérisme qui consacrait en 1953 le Heldentenor ravagé d’angoisse de Max Lorenz, pour le ténor de caractère impeccablement projeté et plus nerveux de Michael Laurenz, Josef K. aiguisé, au débit exemplaire dans cette écriture proche de la parole. Un choix amenant le peintre Tintorelli de Jörg Schneider à renforcer l’histrionisme de son personnage, qui fonctionne tout autant que d’avoir opté pour la voix ténorisante, humainement plus proche de celle de son client, de l’Avocat de Johannes Kammler, à l’opposé du timbre charbonneux d’Alfred Poell à la création.

    Un peu crispé en Fräulein Bürstner, le timbre adamantin d’Ilse Eerens gagne en souplesse en Femme de l’huissier, tandis que Jochen Schmeckenbecher se surpasse en vélocité et en impact dans les quatre rôles du Surveillant, du Fabricant, du Passant et du Ministre. Grâce à Salzbourg, justice est en tout cas rendue au Procès de Gottfried von Einem, vers lequel Gruber dévie les applaudissements en portant à bout de bras sa partition qu’il vient d’embrasser.




    Felsenreitschule, Salzburg
    Le 14/08/2018
    Yannick MILLON

    Version de concert du Procès de Von Einem sous la direction de HK Gruber au festival de Salzbourg 2018.
    Gottfried von Einem (1918-1996)
    Der Prozess, opéra en deux parties et neuf scènes op. 14
    Livret de Boris Blacher et Heinz von Cramer d’après le roman de Franz Kafka

    Michael Laurenz (Josef K.)
    Jochen Schmeckenbecher (Der Aufseher / Der Geistliche / Der Fabrikant / Ein Passant)
    Matthäus Schmidlechner (Der Student / Der Direktor-Stellvertreter)
    Jörg Schneider (Tintorelli)
    Lars Woldt (Der Untersuchungsrichter / Der Prügler)
    Johannes Kammler (Willem / Der Gerichtsdiener / Der Advokat)
    Tilmann Rönnebeck (Franz / Kanzldirektor / Onkel Albert)
    Ilse Eerens (Fräulein Bürstner / Die Frau des Gerichtsdiener / Leni / Ein buckliges Mädchen)
    Anke Vondung (Frau Grubach)
    Alexander Hüttner (Ein Bursche / Drei Herren / Drei junge Leute)
    Martin Kiener (Drei Herren / Drei junge Leute)
    Daniel Gutmann (Drei Herren / Drei junge Leute)
    ORF Radio-Symphonieorchester Wien
    direction : HK Gruber

     


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