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CRITIQUES DE CONCERTS 20 septembre 2018

Nouvelle production du Couronnement de Poppée de Monteverdi dans une mise en scène de Jan Lauwers et sous la direction de William Christie au festival de Salzbourg 2018.

Salzbourg 2018 (2) :
Affreux, sales et méchants

© Maarten Vanden Abeele

Lecture sans concession de L’Incoronazione di Poppea par Jan Lauwers faisant la part belle à la danse contemporaine aux côtés d’un plateau opératique emmené par les Arts Florissants de William Christie, malheureusement appesantie d’un certain systématisme et d’une conception incontestable mais paradoxale, agaçante autant qu’intéressante.
 

Haus für Mozart, Salzburg
Le 15/08/2018
Thomas COUBRONNE
 



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  • Pas de rideau, les Arts Flo disséminés dans deux demi-fosses et affublés qui de lunettes de soleil, qui d’une couronne, quelques chanteurs déjà en scène, à demi-costumés : cela promet beaucoup pour une œuvre singulièrement immorale. Dès le prologue, le personnage principal sera le corps, umana fragilità des danseurs décharnés à la torture sur de monstrueuses béquilles à l’appel des trois déesses impitoyables : Fortune, Vertu, Amour.

    Puis ce sont les orgies de Néron et Poppée. On n’essaie pas de nous rendre sympathiques les grimaçantes étreintes masturbatoires filmées en gros plan du couple illégitime dans ce lupanar couronné de la devise « ROMA AMOR ». Il n’y a pas ici de gentils, et ce qui se joue dans ce grand théâtre du monde, comme chez Shakespeare, c’est l’éternel recommencement de la violence, de la cruauté, de la folie. Le choix controversé de Sonya Yoncheva, irrémédiablement clivant entre baroqueux et lyriques, trouve en tout cas une forme d’évidence : jamais Poppée, prostituée de basse extraction, n’aura été confinée à ce point à une pure énergie sexuelle.

    Par comparaison avec le Néron déjà totalement psychotique de Kate Lindsey, efflanqué, matière vocale légère, blanche dans le piano, écharpée dans les éclats de colère, l’opulente courtisane affiche plus qu’une volupté, une volonté sans faille, ne rechignant à exhiber ni ses formes charnelles, ni les rondeurs de son timbre, qu’elle sait pourtant alléger dans une ornementation qui, soyons honnête, n’atteint pas à l’évidence, mais a le mérite de participer à la caractérisation du personnage.

    Car il n’est pas ici question de dilemme amoureux, mais bien de passion sexuelle, et Octavie, fabuleuse Stéphanie d’Oustrac de tragédie grecque échouée dans ce road-movie nauséabond, diction la plus limpide du plateau, s’exposant à des nuances périlleuses, ne saurait comprendre ce qui agite son époux, dernière survivante de l’ancien palais où tournent les vestiges d’un lustre monumental.

    Quant à Ottone, la faiblesse du personnage s’assume pleinement à travers la voix moelleuse de Carlo Vistoli : débitant son monologue à une Poppée qui ne prend même plus la peine de lui répondre, et que d’ailleurs, petit bourgeois bien comme il faut, il désire surtout pour caresser le fauve, totalement soumis à qui parle le dernier, il ne trouve son courage qu’à la toute fin, pour innocenter Drusilla, merveilleuse Ana Quintans, le plus joli timbre du plateau, après avoir davantage obéi à Octavie par crainte pour sa vie que par pulsion mortifère.

    Tout cela au milieu d’une foule de danseurs quasi nus, qui se relaient notamment pour tournoyer sans cesse au centre du plateau, qui incarnent des images de sommeil, de révolte, de liesse, de massacre, des corps enchevêtrés, et bien sûr la systématique récurrence de la fragilité humaine à chaque intervention des dieux. Si l’on ne peut que souscrire à ce travail sur les corps (dans leur singularité) des danseurs de l’Académie expérimentale de danse de Salzbourg BODHI PROJECT & SEAD, à cette omniprésence de la chair et de son poids, il faut pourtant bien admettre qu’elle est assénée de manière bien redondante, et joue parfois le rôle de cache-misère en meublant opportunément certains tunnels.

    Les Arts Florissants sont à leur tout meilleur, peu ou pas de direction et une mise en place très convaincante, magie des timbres et évidence du rythme. Quelques accrocs ici ou là (la berceuse d’Arnalta) gâcheront moins notre plaisir qu’une certaine uniformité du chant de nombreux solistes, où les affects se réduisent souvent à des effets (notamment un fourmillement de prises par dessous), et où la standardisation lyrique l’emporte largement sur la personnalité vocale. On ne peut s’empêcher de penser que Dominique Visse fait ici figure d’extraterrestre, un comble pour un des premiers collaborateurs de Christie.




    Haus für Mozart, Salzburg
    Le 15/08/2018
    Thomas COUBRONNE

    Nouvelle production du Couronnement de Poppée de Monteverdi dans une mise en scène de Jan Lauwers et sous la direction de William Christie au festival de Salzbourg 2018.
    Claudio Monteverdi (1567-1643)
    L’Inconorazione di Poppea, opéra en un prologue et trois actes (1643)
    Livret de Francesco Busenello

    BODHI PROJECT & SEAD
    Les Arts florissants
    direction : William Christie
    mise en scène, décors & chorégraphie : Jan Lauwers
    costumes : Lemm&Barkley
    éclairages : Ken Hioco

    Avec :
    Sonya Yoncheva (Poppée), Kate Lindsay (Nerone), Stéphanie d’Oustrac (Ottavia), Carlo Vistoli (Ottone), Renato Dolcini (Seneca), Ana Quintans (Virtù / Drusilla), Marcel Beekman (Nutrice / Famigliare I), Dominique Visse (Arnalta), Lea Desandre (Amore / Valletto), Tamara Banjesevic (Fortuna / Damigella), Claire Debono (Pallade / Venere), Alessandro Fisher (Lucano / Soldato I / Tribuno / Famigliare II), David Webb (Liberto / Soldato II / Tribuno), Padraic Rowan (Littore / Console I / Famigliare III), Virgile Ancely (Mercurio / Console II).

     



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