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CRITIQUES DE CONCERTS 21 novembre 2018

Liederabend du baryton Florian Boesch accompagné au piano par Malcolm Martineau au festival de Salzbourg 2018.

Salzbourg 2018 (5) :
Boesch casse les codes

© Lucas Beck

Pour son premier récital au Mozarteum, l’Autrichien Florian Boesch, accompagné par un Malcolm Martineau magistral, aura pris soin de briser tous les codes du Lied pour triompher dans un Reisebuch aus den österreichischen Alpen de Krenek endiablé, complété de Mahler et Schubert totalement discutables mais parfaitement stimulants.
 

Mozarteum, Salzburg
Le 20/08/2018
Thomas COUBRONNE
 



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  • Les concerts au Mozarteum ont aussi ceci de plaisant que le public y est moins sur son trente-et-un qu’aux « grands » concerts. Les spectateurs les plus sadiques peuvent y goûter la petite satisfaction de voir suffoquer les solistes dans leur frac boutonné jusqu’au menton. Rares sont ceux qui y dérogent, surtout chez les chanteurs. Aussi croyait-on entendre sourdre une rumeur à l’entrée de Malcolm Martineau et surtout Florian Boesch, modeste chemise noire hors du pantalon !

    Est-ce un signe de l’ère Hinterhäuser à Salzbourg, le nouveau directeur ne sacrifiant guère aux mondanités de vestiaire fréquentes dans sa position ? Ce petit iconoclasme n’a guère fait grincer de dents, pas plus d’ailleurs que l’interruption inopinée du cycle de vingt Lieder par le chanteur sorti chercher une bouteille d’eau et rentré la boire face au public, ni son attitude très décontractée, affalé sur le piano, remuant, loin du garde-à-vous enraciné dans la culture du genre, ni l’absence de bis, signifiée au lecteur curieux dès l’entretien liminaire du programme de salle.

    Plus sérieusement, les codes que bouscule Boesch sont plutôt ce qu’on enseigne dans les conservatoires : point trace ici du moindre bel canto, le legato existe à peine, la couverture est une option, le passage une rareté, la mezza voce une exception, tant il est évident que la seule et unique préoccupation de l’artiste est le texte.

    Nous avons fréquemment loué la merveilleuse attention au mot d’un Gerhaher ; mais nous n’avions jamais entendu à ce point une indifférence parfaitement assumée à la sonorité, ou plus exactement à l’émission : la vocalité de Boesch est ainsi bien difficile à décrire, se rapprochant du Sprechgesang au détour de chaque phrase, déconnectée du souffle dès qu’il n’y pas besoin de puissance, d’un vibrato très épisodique, volontiers dans une voix de tête de variétés si la couleur du mot s’y prête.

    Dans les trois Schubert liminaires – merveilleuse construction Der Wanderer (le petit), Der Wanderer an den Mond, An den Mond (le petit Goethe) –, cette émission effleurée fait mouche, l’émotion est immédiate, débarrassée de toute boursouflure opératique, même si le rubato permanent, malmenant la synchronisation avec le piano par ailleurs effleuré avec la sobriété d’un Gerald Moore, neutralise surtout la nudité strophique du dernier.

    Mais c’est surtout dans les Lieder eines fahrenden Gesellen que le phrasé dégingandé, le sarcasme omniprésent, le débit anguleux, les interruptions d’un accompagnement lacunaire, radiographié et hiérarchisé par blocs par Malcolm Martineau, imposent un ton très noir, très (trop ?) univoque, où l’Homme se heurte sans espoir de réconfort, même dans la nature, à son existence absurde. Quelques phrases divinement intérieures (nun fängt auch mein Glück wohl an ?) ne suffisent pas à insuffler le velouté viennois à des pages empoignées de manière bien… allemande !

    C’est que le baryton cherche la continuité avec un cycle de Krenek beaucoup plus équivoque, humoristique, cynique, contemplatif, conscient de la gravité complexe de son temps (1929). Le compositeur (auteur des textes) y témoigne d’impressions, de réflexions recueillies lors de son voyage à la recherche de sa patrie (alors en décomposition géopolitique) et, partant, de soi-même.

    Boesch y chante davantage, reléguant sa voix polychrome derrière l’expression, au service d’une diction quotidienne. La partition, trépidante comme un road-movie, y gagne en spontanéité ce qu’elle perd en poésie, sans doute ; l’essentiel n’est-il pas que, tel le narrateur, revenu à la maison, on ne soit plus étonné d’être heureux ?




    Mozarteum, Salzburg
    Le 20/08/2018
    Thomas COUBRONNE

    Liederabend du baryton Florian Boesch accompagné au piano par Malcolm Martineau au festival de Salzbourg 2018.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Der Wanderer
    Der Wanderer an den Mond
    An den Mond
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Lieder eines fahrenden Gesellen
    Ernst Krenek (1900-1991)
    Reisebuch aus den österreichischen Alpen
    Florian Boesch, baryton
    Malcolm Martineau, piano

     


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