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CRITIQUES DE CONCERTS 20 novembre 2018

Nouvelle production de Salomé de Strauss dans une mise en scène de Romeo Castellucci et sous la direction de Franz Welser-Möst au festival de Salzbourg 2018.

Salzbourg 2018 (7) :
Éclipse totale

© Ruth Walz

Spectacle le plus attendu de l’été salzbourgeois, cette nouvelle Salomé offre la révélation d’une interprète d’exception en la volcanique Asmik Grigorian, dans une production gorgée de symboles et d’images qui utilise mieux que jamais le décor naturel du Manège des rochers. Seule la direction de Welser-Möst déçoit, à la tête de Wiener pourtant inouïs.
 

Felsenreitschule, Salzburg
Le 27/08/2018
Yannick MILLON
 



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  • Voilà une production tellement forte visuellement qu’on se laisserait porter quoi qu’elle raconte. Bienheureux d’ailleurs qui aura compris le sens profond de la mise en scène de Romeo Castellucci, qui ne propose pas un théâtre classique basé sur les personnages, mais une dramaturgie de symboles et d’images, qu’il ne faut probablement pas chercher à appréhender par la logique.

    Laissons donc de côté le cartésianisme pour admirer le travail d’orfèvre du metteur en scène, décorateur, costumier et éclairagiste italien, qui investit avec génie le mur de la Felsenreitschule, éclairé avec mille nuances expressives dès le court prologue muet derrière un tulle noir où sont apposés les mots Te Saxa loquuntur (les pierres te parlent, inscription visible à Salzbourg sur la Sigmundstor côté place Karajan), dont le verbe sera vite coupé en deux par une bouche ouverte dans le tissu : les pierres ne parleront pas, et les arcades du Manège des rochers resteront scellées, sous une magnifique éclipse lunaire.

    Le palais d’Hérode, sol entièrement doré que lustrent des domestiques, est parcouru de personnages anonymes, chapeau et bas du visage peint en rouge à la manière des foulards des bandits, les juifs affublés d’une petite lettre comme sur une scène de crime. Étrangeté, mystère, oppression jusque dans les accessoires, comme la gigantesque coupe d’Hérode, qui ne cesse de rouler sur le sol, ou son trône servant de support à une Danse des sept voiles totalement immobile, Salomé recroquevillée dessus, écrasée lentement par un énorme bloc de pierre descendu des cintres.

    Iokanaan dans la pénombre, doublé par un cheval et qu’on lavera au jet comme tel, entouré d’un disque de lumière noire occupant progressivement toute la scène, charrie de la suie de sa citerne face à une adolescente dont la robe maculée de sang trahit la puberté. Et influence jusqu’aux astres par-delà la mort, déclenchant après sa décollation les mouvements d’une énorme baudruche noire qui anéantira une princesse ayant passé sa dernière scène les pieds dans une mare de lait, devant le cadavre étêté du prophète assis sur une chaise, face à la tête tranchée du cheval, image parmi les plus fortes d’un spectacle hermétique mais qui imprime durablement la mémoire.

    Un sentiment renforcé par une distribution qui se surpasse, au premier rang de laquelle la Salomé d’Asmik Grigorian. On se demande toute la soirée comment des sons aussi fulgurants parviennent à sortir de cette jeune femme frêle, le corps en transe, au tempérament volcanique et à la voix parfaitement taillée pour Strauss. Timbre concentré, vibrato ardent, projection phénoménale, le jour même où l’on apprend la mort d’Inge Borkh, on découvre une potentielle héritière, dotée du même feu sacré et du même type de pétoire.

    Le métal noir du Iokanaan de Gábor Bretz lui tient la dragée haute, émission mordante, dans le masque, impact visionnaire d’aigus d’une conquérante puissance, doublé d’une capacité à alléger dans l’onctuosité du legato à l’évocation de la mer de Galilée. Un peu tendu, le Narraboth de Julian Prégardien parvient à faire rayonner son adulation pour la princesse, tandis qu’Anna Maria Chiuri ne brille que sur les aigus de poissonnière d’Hérodiade, face au fabuleux Hérode de John Daszak, voix haut perchée qui transperce la matière orchestrale sans vraiment de corps mais en pleine possession de ses moyens.

    Pour que l’éclipse fût totale, il aurait fallu une autre pointure que Franz Welser-Möst au pupitre de Wiener Philharmoniker inouïs de densité, manteau d’Arlequin de sonorités mystérieuses et caressantes, Heckelphone très présent et textures moirées, harpes et cordes foisonnantes de décadence biblique. Car l’Autrichien brasse de l’air et plombe la dramaturgie jusqu’à l’arrivée d’Hérode, trop lent, le geste trop décomposé pour que le drame prenne d’emblée. Pas assez toutefois pour gâcher la fête d’une production à marquer d’une pierre blanche.




    Felsenreitschule, Salzburg
    Le 27/08/2018
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Salomé de Strauss dans une mise en scène de Romeo Castellucci et sous la direction de Franz Welser-Möst au festival de Salzbourg 2018.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Salomé, drame musical en un acte (1905)
    Livret d’après la pièce d’Oscar Wilde dans la traduction d’Hedwig Lachmann

    Wiener Philharmoniker
    direction : Franz Welser-Möst
    mise en scène, décors, costumes & éclairages : Romeo Castellucci

    Avec :
    John Daszak (Herodes), Anna Maria Chiuri (Herodias), Asmik Grigorian (Salome), Gábor Bretz (Jochanaan), Julian Prégardien (Narraboth), Christina Bock (Ein Page der Herodias), Matthäus Schmidlechner (Erster Jude), Mathias Frey (Zweiter Jude), Patrick Vogel (Dritter Jude), Jörg Schneider (Vierter Jude / Ein Sklave), David Steffens (Fünfter Jude), Tilmann Rönnebeck (Erster Nazarener), Paweł Trojak (Zweiter Nazarener), Henning von Schulman (Erster Soldat), Dashon Burton (Zweiter Soldat), Neven Crnić (Ein Cappadocier).

     



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