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CRITIQUES DE CONCERTS 21 novembre 2018

Nouvelle production de la Flûte enchantée de Mozart dans une mise en scène de Lydia Steier et sous la direction de Constantinos Carydis au festival de Salzbourg 2018.

Salzbourg 2018 (8) :
Le Paradis perdu

© Ruth Walz

Atmosphère de conte et mise en abyme sont les ingrédients du succès de la nouvelle Flûte enchantée non dénuée de gravité de Lydia Steier, heureuse surprise de l’édition 2018 du festival de Salzbourg, malgré un plateau seulement honnête et la direction souvent brutale, si peu viennoise ou émerveillée, du jeune Constantinos Carydis.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 30/08/2018
Yannick MILLON
 



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  • Décidément, Salzbourg est champion du grand écart pour la direction de la Flûte, entre le classicisme sénatorial de Muti il y a une décennie et le dégraissage convulsif du jeune Constantinos Carydis, qui transforme ce soir les Wiener Philharmoniker en formation à l’ancienne au forceps de l’interventionnisme, défigurant leur légendaire sonorité en accents décapants, cordes raides et cuivres étroits.

    La volonté du chef grec – qui tient par ailleurs une partie de glockenspiel ébouriffante – de replacer l’ouvrage à sa juste place stylistique n’est pas en cause, et ses tempi des passages de célébration respirent avec naturel, mais à trop chercher une trouvaille toutes les mesures, silences impromptus et contrastes de tempi exacerbés entre deux quintettes à peine tenables et Épreuves à dormir debout, la grâce du dernier Mozart en prend un coup : l’ouvrage devient catalogue de séquences, avec pour sommet la scène du Sprecher, qui bute sur chaque fin de phrase comme une machine à écrire en bout de ligne.

    La fébrilité de cette dernière représentation contamine en outre un plateau peu homogène. Première déception, la Pamina de Christiane Karg, voix ravissante mais pincée, aux idées courtes, jamais dans la pudeur. Mauro Peter est aussi un drôle de Tamino, dont l’entrée, qui promet une voix large et barytonnante, ne cache pas longtemps une émission évaporée, sans legato, aux aigus très minces.

    Albina Shagimuratova, pas très juste dans ses cocottes, laissera aussi peu d’empreinte en Reine de la nuit que Matthias Goerne en Sarastro, tout sauf une basse, émission de plus en plus bouchée dont les graves sont proches du ridicule. L’émission suprêmement distinguée du Sprecher de Tareq Nazmi donne en revanche la leçon, tandis que le Papageno d’Adam Plachetka, claironnant et tout en naturel, rafle la mise, sans oublier un Monostatos qui pourrait chanter Tamino, trois Dames vibrionnantes et trois formidables Knaben, qui ont ici un rôle central du début à la fin du spectacle.

    C’est que Lydia Steier campe l’action en 1913 dans un appartement cossu de la Ringstrasse viennoise. Après un repas tendu entre leurs parents, les enfants sont couchés par leur grand-père (formidable Klaus Maria Brandauer, la douceur déclamative faite homme) qui leur lit l’histoire de la Flûte enchantée pour les endormir, les personnages de leur quotidien devenant ceux de l’opéra (leurs trois servantes les trois Dames, le fils du boucher Papageno, le ramoneur Monostatos…), les dialogues habituels étant mélangés aux interventions du Großvater avec une parfaite fluidité.

    Dès le départ pour le château, le décor occupant toute la largeur de scène du Großes Festspielhaus se désagrège pour laisser apparaître les échafaudages de Sarastro en Monsieur Loyal dans un univers de cirque inspiré du comic d’époque Little Nemo in Slumberland, avec moult jongleurs et acrobates, Pamina en Arlequin ébouriffé sur qui l’on jette des couteaux, Papagena en marionnette grinçante et poussiéreuse, témoin d’un hilarant ballet de landaus et bébés secoués.

    À la veille de la Grande Guerre, l’officier Tamino devra affronter pendant les Épreuves le champ de bataille, dont les images terribles projetées sous les yeux des enfants disent une innocence perdue à jamais. Et préludent à une fin de spectacle aussi sombre, Monostatos abattu à bout portant déclenchant un violent cauchemar de l’un des Knaben. Merveilleux spectacle qui, repris, pourrait devenir un classique.




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 30/08/2018
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de la Flûte enchantée de Mozart dans une mise en scène de Lydia Steier et sous la direction de Constantinos Carydis au festival de Salzbourg 2018.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Die Zauberflöte, Singspiel en deux actes (1791)
    Livret d’Emanuel Schikaneder

    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Wiener Philharmoniker
    direction : Constantinos Carydis
    mise en scène : Lydia Steier
    décors : Katharina Schlipf
    costumes : Ursula Kudrna
    éclairages : Olaf Freese
    vidéo : fettFilm
    préparation des chœurs : Ernst Raffelsberger

    Avec :
    Matthias Goerne (Sarastro), Mauro Peter (Tamino), Albina Shagimuratova (Königin der Nacht), Chistiane Karg (Pamina), Ilse Eerens (Erste Dame), Paula Murrihy (Zweite Dame), Geneviève King (Dritte Dame), Adam Plachetka (Papageno), Maria Nazarova (Papagena), Michael Porter (Monostatos), Tareq Nazmi (Sprecher / Erster Priester/ Zweiter geharnischter Mann), Simon Bode (Zweiter Priester / Erster geharnischter Mann), Klaus Maria Brandauer (Großvater), Jeong-min Lee, Matthew Helms, Philipp Rumberg (Drei Knaben).

     



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