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CRITIQUES DE CONCERTS 10 décembre 2018

Troisième Symphonie de Mahler par le Boston Symphony Orchestra sous la direction d’Andris Nelsons au festival de Lucerne 2018.

Lucerne 2018 (2) :
Ainsi parlait Thomas Rolfs

© Marco Borggreve

Attendue depuis l’exécution du seul Adagio final lors du concert hommage à Abbado en 2014, la Troisième Symphonie de Mahler intégrale sous la baguette d’Andris Nelsons voit enfin le jour à Lucerne, avec un Boston Symphony transcendant, dont la trompette parvient à évoquer l’Autriche du compositeur comme seuls les natifs savent généralement le faire.
 

Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
Le 13/09/2018
Yannick MILLON
 



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  • La voilà enfin, cette Troisième de Mahler tant désirée depuis qu’Andris Nelsons avait donné, en clôture de l’hommage à Abbado en avril 2014, un Adagio final éreintant de densité expressive, les musiciens du Lucerne Festival Orchestra en larmes au souvenir du maestro italien disparu, moment inouï qu’a immortalisé un DVD accentus music !

    L’édition 2018 du festival aura exaucé nos vœux de la plus belle manière, avec un Boston Symphony impérial dans ce tour de force que représente toujours l’exécution de la plus longue des symphonies mahlériennes, avec ses 1h40 de musique et six mouvements, à l’issue desquels, à l’échelle symphonique, on ressent la même impression qu’au moment de quitter le Ring de Wagner : avoir vécu un voyage qui vous transforme en profondeur.

    En revanche, Nelsons, le bras gauche souvent appuyé sur la balustrade de son podium, déjoue les pronostics basés sur son Adagio à la Bernstein, en abordant la partition d’une manière moins classable. Car là où on l’on pouvait attendre largeur, amorti, pâte de cordes très assise, le quadragénaire donne un premier mouvement rapide, aux contours aiguisés, le BSO vrombissant, cuivres resserrés et saturés d’acuité. On repense au Chostakovitch de la veille, très instrumental et volontiers glacé, dans cette peinture d’une nature indomptée.

    L’Adagio sera aussi moins étreignant qu’attendu, davantage porté sur la sobriété, dans la ligne générale de l’exécution, d’un rubato savant mais discret, sans excès à soulever des montagnes comme précédemment, et d’une intégrité laissant chanter le texte au lieu de le pousser dans ses retranchements, après un lied de Zarathoustra presque neutre par Susan Graham, partition en main pour sa courte intervention, et des chœurs féminins plus rayonnants que les voix d’enfants, trop peu projetées dans le grave.

    La plus grande surprise de cette Troisième restera pourtant la gestion des mouvements centraux, occasion d’un petit miracle d’évidence stylistique. Contre toute attente de la part d’un chef letton et d’un orchestre américain qui pourraient tout en ignorer, le Menuetto respire une nostalgie fin-de-siècle aux couleurs de soleil couchant sur l’Attersee (où l’œuvre a été écrite en 1895 et 1896) dont les reflets pastel évoquent avec justesse les toiles paysagistes de Klimt.

    Nelsons y glisse entre les dernières phrases des respirations légèrement retardées qui serrent le cœur, prolongées au détour des sons forestiers d’un Comodo devenu l’âme même de la nature autrichienne, le solo de cor de postillon transfiguré par le même trompettiste de génie que la veille, Thomas Rolfs. Qui a entendu à la nuit tombante, l’été à Hallstatt, le cor des Alpes sonner dans une auberge des bords du lac, en trouvera ce soir la plus évidente traduction symphonique.

    Et la même trompette, claire et mordorée à la fois, de chavirer à nouveau le KKL juste avant la coda de l’Adagio, dans son dernier solo au legato bouleversant, les attaques posées sur les cordes. Le tout une bonne heure après les interventions au sombre éclat du trombone solo Toby Oft, qui comme son collègue recevra une ovation aux saluts. Car ce soir, sous l’orage qui gronde au-dessus de Lucerne, si les cordes du Boston prennent moins immédiatement aux tripes que celles des Wiener, ses vents inouïs se couvrent de gloire à chaque instant.




    Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
    Le 13/09/2018
    Yannick MILLON

    Troisième Symphonie de Mahler par le Boston Symphony Orchestra sous la direction d’Andris Nelsons au festival de Lucerne 2018.
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n° 3 en ré mineur (1896)
    Susan Graham, mezzo-soprano
    Damen des GewandhausChores
    préparation : Gregor Meyer
    GewandhausKinderchor
    préparation : Frank-Steffen Elster
    Boston Symphony Orchestra
    direction : Andris Nelsons

     


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