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CRITIQUES DE CONCERTS 23 février 2019

Reprise de Tristan et Isolde dans la mise en scène de Bill Viola et Peter Sellars, sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.

En attendant Isolde
© Vincent Pontet

Pour sa cinquième apparition sur la scène de l'Opéra Bastille, le Tristan du tandem Viola-Sellars montre quelques signes d'épuisement. La faute à un concept qui appartient désormais au passé. Le bon niveau général du plateau est dépareillé par la prestation de Martina Serafin et une lecture orchestrale sans grand relief signée Philippe Jordan.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 11/09/2018
David VERDIER
 



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  • L'immense écran sur lequel se projettent les images du vidéaste Bill Viola occupe un espace immense qui fait office de décor unique et de mur de scène. Juste en dessous, les chanteurs évoluent dans une pénombre, discrètement découpée par des carrés de lumière claire ou colorée par des projecteurs. Cette production est passée à la postérité à la faveur d'un retour en vogue d'une épure chic, objet esthétique qui faute d'avoir été vraiment imité, a rejoint le rayon des hapax du drame lyrique. Difficile de parler de cette scénographie sans évoquer Francis Ponge décrivant une bougie dans le Parti pris des choses : « Elle se noie dans son aliment. »

    Les images absorbent l'attention au point de ralentir et parfois bloquer la réflexion. Si l'impact que procure la part d'abstraction demeure intact (surtout au III), le versant symbolico-réaliste a largement de quoi irriter. L'acte I présente assez péniblement la cérémonie de purification des deux amants, doublés par des acteurs figurant leurs corps terrestres, figuration à laquelle répondent les corps célestes filmés dans l'azur d'une piscine à bulles. Sur toute la durée de l'ouvrage défilent la thématique assénée de l'unité des quatre éléments comme point de fusion ultime de l'amour absolu. À la minceur philosophique se joint une direction d'acteurs qui se limite à des gestes et des postures hors d'âge et convenues (l'impatience d'Isolde au II, les interventions de Kurwenal et l'agonie de Tristan au III).

    Face au défi technique et visuel, il faut une distribution sans faille, à commencer par les rôles-titres, comme c'était le cas la première année avec Ben Heppner et Waltraud Meier ou, dans un style très différent, Robert Dean Smith et Violeta Urmana en 2014. Le cru 2018 présente le Tristan adolescent d'Andreas Schager, volontiers chien fou et prenant le risque de quelques sorties de route au III. La voix encore saine et endurante tire vers sa composante musculaire et dévoile ses limites.

    Aux antipodes de ces qualités et de ces défauts se trouve Martina Serafin, dont l'atavisme vocal est davantage tourné vers Floria Tosca, au point que sa prise de rôle en Isolde tourne pratiquement au fiasco. Sollicité par l'ampleur délirante de l'écriture, le timbre n'a à offrir qu'une couleur trop dure pour émouvoir, émaillée par une intonation défaillante (sur toute la durée de la Liebestod par exemple)

    Les seconds rôles sont dominés de la tête et des épaules par la prestation de René Pape, Roi Marke subtil et dominateur, sans l'ombre d'un reproche dans la façon de camper la blessure rentrée de son personnage. La Brangäne d'Ekaterina Gubanova connaît la production comme sa poche et revient chanter ce rôle à Bastille pour la troisième fois. La voix est peu projetée mais d'une délicatesse surprenante dans le travail de l'expression. Le Kurwenal de Matthias Goerne promène quant à lui une voix désormais réduite à une ligne filandreuse et brouillonne.

    La direction très prudente de Philippe Jordan distille une lecture assez distanciée dont la logique d'équilibre et de transparence trouve vraiment son sens dans l'acte médian, de loin de plus cohérent. Les interventions des chœurs ou les appels de Brangäne, chantés depuis les balcons et l'arrière de la salle, semblent flotter librement – à l'image du très beau solo de cor anglais signé Anne Régnier. En revanche, des chutes de tension étonnantes traversent l'acte III, alternant avec des passages plus véhéments, au point parfois de contraindre les solistes à chercher leurs repères.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 11/09/2018
    David VERDIER

    Reprise de Tristan et Isolde dans la mise en scène de Bill Viola et Peter Sellars, sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tristan und Isolde, opéra en trois actes (1865)
    Livret du compositeur

    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène : Peter Sellars
    création vidéo : Bill Viola
    costumes : Martin Pakledinaz
    éclairages : James F. Ingalls
    montage / mixage / vidéo direct : Alex Maclnnis
    préparation des chœurs : José Luis Basso

    Avec :
    Andreas Schager (Tristan), Martina Serafin (Isolde), René Pape (Marke), Ekaterina Gubanova (Brangäne), Matthias Goerne (Kurwenal), Neal Cooper (Melot), Nicky Spence (Un berger / un jeune matelot), Tomasz Kumiega (Un pilote).

     



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