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CRITIQUES DE CONCERTS 23 octobre 2018

Nouvelle production de Jenůfa de Janáček dans une mise en scène d’Yves Lenoir et sous la direction de Stefan Veselka à l’Opéra de Dijon.

Plus morave que nature
© Gilles Abegg

Heureux Dijonnais, qui pour la rentrée lyrique ont droit à une Jenůfa plus idiomatique que nature, avec un authentique orchestre morave en fosse et la direction cursive et âpre de Stefan Veselka, à la tête d’une distribution quatre étoiles ! Ou comment remettre au premier plan l’un des compositeurs essentiels du XXe siècle, trop souvent négligé sur nos scènes.
 

Auditorium, Dijon
Le 28/09/2018
Yannick MILLON
 



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  • On ne comprendra jamais le manque d’intérêt du public français pour les opéras de Janáček, qui à Paris comme en régions peinent à remplir les salles alors que tant les sujets ou les livrets eux-mêmes que la musique du compositeur de Brno demeurent parmi les plus passionnants du siècle dernier. Merci donc à l’Opéra de Dijon et Laurent Joyeux de persister à imposer le compositeur à l’affiche, notamment lorsqu’il est comme ce soir entouré de tous les soins possibles !

    Pour faire découvrir Jenůfa aux Dijonnais, Yves Lenoir a misé sur une approche simple, qui ne brutalise jamais le livret tout en brossant quelques savoureux portraits. Les décors de Damien Caille-Perret sont d’une belle efficacité : pour les actes impairs l’ouverture d’un hangar donnant sur une friche, envahie de lierre au III pour symboliser le temps qui a passé, et une sorte de bunker pour dissimuler la honte de la grossesse au II, après un très beau changement de décor à vue nous plongeant dans ce sous-sol dominé par des fenêtres d’où tombera de la neige.

    L’action est on ne peut plus lisible, avec son héroïne sachant tenir tête à son promis, lui crachant de la vodka au visage lorsqu’il l’humilie publiquement, jeune femme fervente et intense, prise d’épilepsie au milieu de son monologue, occasion d’un long silence tétanisant en accord avec la musique. Števa, beaucoup moins superficiel qu’il n’en a l’air, finit par se donner la mort hors champ avec un fusil, face à une Kostelnička au passé sensuel, rongée et à la dérive après son crime, avec des airs de Yolande Moreau alcoolisée et déhanchée, associée dans un III ne manquant pas d’humour à une Karolka en bimbo sans gêne.

    La musique, sous la battue très active de Stefan Veselka, maestro norvégien de parents tchèques, offre un festival de senteurs et atmosphères moraves, ne serait-ce que par la présence en fosse des Czech Virtuosi, formation chambriste issue de l’Opéra Janáček et de l’Orchestre philharmonique de Brno, qui chante ici dans son arbre généalogique, riche de sonorités âpres éminemment idiomatiques, d’un violon solo corrosif à des cuivres lapidaires, sous l’activité rythmique à l’affût de ces instrumentistes qu’aucune formation hexagonale ne saurait concurrencer sur ce terrain.

    Pour parachever cette rentrée en fanfare, la distribution fait des étincelles, et avant tout la Jenůfa de Sarah-Jane Brandon, soprano sud-africaine parfaitement taillée pour le rôle-titre : ampleur, sûreté des aigus face aux assauts de l’orchestre et vraie faille d’authentique âme pure, féminité de Rusalka (la Prière à la Vierge) et moirures du timbre d’un bas-médium idéalement poitriné. Les deux ténors sont parfaitement appariés, la jeunesse bravache de l’émission solaire du Števa de Magnus Vigilius en miroir du Laca ébouriffant de puissance de Daniel Brenna – l’ensemble sur Chaque couple doit affronter ses souffrances, où il couvre chanteurs, chœur et orchestre.

    Sans oublier Sabine Hogrefe, dont les aigus varnayiens déchaînés offrent une montée en puissance impressionnante à sa prise de rôle en Sacristine, ou encore la Stařenka angoissée d’Helena Köhne, le Jano joliment androgyne de Roxane Chalard ou l’Épouse du Maire mordante de Svetlana Lifar.




    Auditorium, Dijon
    Le 28/09/2018
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Jenůfa de Janáček dans une mise en scène d’Yves Lenoir et sous la direction de Stefan Veselka à l’Opéra de Dijon.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    Jenůfa, opéra en trois actes (1904)
    Livret du compositeur par la pièce Sa Belle-fille de Gabriela Preissová

    Chœur de l’Opéra de Dijon
    Czech Virtuosi
    direction : Stefan Veselka
    mise en scène : Yves Lenoir
    décors : Damien Caille-Perret
    costumes : Jean-Jacques Delmotte
    éclairages : Victor Egéa
    préparation des chœurs : Anass Ismat

    Avec :
    Sarah-Jane Brandon (Jenůfa), Daniel Brenna (Laca), Magnus Vigilius (Števa), Sabine Hogrefe (Kostelnička), Helena Köhne (Grand-mère Buryjovka), Tomás Král (le Meunier), Krzysztof Borysiewicz (le Maire), Svetlana Lifar (l’Épouse du Maire), Katerina Hebelkova (Karolka), Roxane Chalard (Jano), Axelle Fanyo (Barena), Delphine Lambert (une Bergère), Dana Luccock (la Tante).

     



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