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CRITIQUES DE CONCERTS 20 avril 2019

Concert Berlioz de l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique sous la direction de Sir John Eliot Gardiner avec la participation de la mezzo-soprano Lucile Richardot à la Philharmonie de Paris.

Fantastique…

… jusqu’à la Symphonie, chaque seconde de ce programme consacré à Berlioz l’a été. À la tête de l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique qu’il a fondé en 1989, Sir Eliot Gardiner transcende sans que le moindre sentiment échappe à sa rigueur le monde passionné de ce compositeur ô combien romantique et qu’il connaît si bien.
 

Philharmonie, Paris
Le 22/10/2018
Claude HELLEU
 



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  • À peine Sir John Eliot Gardiner arrivé face aux musiciens restés debout, c’est la plongée immédiate dans l’Ouverture du Corsaire. Audace et frénésie emportent l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique vers des régions déjà fantastiques. Virtuosité éclatante des violons, couleurs aveuglantes des cuivres, grondements des basses, provocations des bois, martèlements des accords répétés donnent le vertige. Sir John pousse à leur extrême toutes les originalités de l’œuvre. Ivresse et délire de la scène à la salle.

    Scène lyrique pour soprano et orchestre, la Mort de Cléopâtre, qui avait valu à Berlioz le deuxième prix au concours de Rome en 1828, aurait sûrement obtenu le premier si Lucile Richardot l’avait interprétée avec de tels partenaires. L’expressivité de la mezzo-soprano, voix droite, puissante, n’a d’égale que celle de l’orchestre qui partage avec elle le drame de sa déchéance. Couleurs sombres, aux trompettes comme aux cordes graves sous leur chant, angoisse des contrebasses saisissante, crescendos fusionnels, absolu des silences, inquiétude, tension, l’orchestre semble étreindre la soliste. Les extraits des Troyens, (Chasse royale et Orage, puis le Monologue de Didon) renouvellent le bonheur d’adhérer à ce niveau de romantisme d’une exigence expressive unique.

    La Symphonie fantastique en dépasse les sommets. Aération de la première phrase, écho des silences, imagination des bois, envolée des violons. Un idéal apparu envoûte, bientôt confronté aux tourments de la passion. Crescendos en coups d’archet, fulgurances symphoniques, la fureur et la jalousie brûlent, épurées de tout exhibitionnisme. Nulle effusion insistante, mais un lyrisme au laser. Il sublime l’Idée fixe qu’est cet idéal créé par le compositeur, une femme dotée de toutes les séductions.

    Harpes à l’avant, justesse et couleurs irrésistibles, Un Bal est fête. Et la valse commence, amoureuse et voluptueuse, tout élégance. Pieds immobiles, corps souple, bras enserrant l’orchestre qu’il a fondé et qui le prolonge, Gardiner mène la danse. Et toute la tendresse du monde y défie le temps. Duo du hautbois et du cor anglais, auxquels la flûte vient se joindre, union de tous ces bois aux couleurs incomparables ainsi précises et nuancées, le ciel se couvre sur la Scène aux champs. Tonnerre au loin. Cordes stressées. Résignation ou sagesse, batterie lancinante en dialogue avec le hautbois, mystère, attente, silence.

    La Marche au supplice saisit d’emblée. Implacables sonorités d’outre-tombe, fanfare des cuivres et bois en tutti, clarinette solo, pizzicati des cordes, grondement sourd des timbales, individualité et fusion des voix, ce que nous entendons est tout simplement prodigieux de clarté, de netteté, d’intensité, de profondeur, de sensations. Qu’importe que le héros croie avoir tué sa bien-aimée et qu’il s’imagine conduit à l’échafaud, la musique dépasse toute évocation. Les effets de l’opium évoqués dans la partition n’ont plus lieu d’être.

    Au-delà de toute drogue, le Songe d’une nuit de sabbat devient hallucination. Où les sonorités inouïes prodigieusement personnalisées, des plus basses aux aigus des bois, des trombones et ophicléide furieux aux cloches d’église requises devenues résonances caverneuses, défient toute évocation. Cauchemar aux parodies jouissives, humour anglais du Dies irae, ronde infernale suffocante, orgie apocalyptique d’un raffinement indicible, nulle outrance n’épaissit l’embrasement final et génial fantastiquement éclairé. Dont le public s’exorcise en une exceptionnelle ovation.




    Philharmonie, Paris
    Le 22/10/2018
    Claude HELLEU

    Concert Berlioz de l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique sous la direction de Sir John Eliot Gardiner avec la participation de la mezzo-soprano Lucile Richardot à la Philharmonie de Paris.
    Hector Berlioz (1803-1869)
    Le Corsaire, ouverture op. 21
    La Mort de Cléopâtre
    Lucile Richardot, mezzo-soprano
    Chasse royale et Orage (Les Troyens)
    Monologue et air de Didon
    Symphonie fantastique
    Orchestre Révolutionnaire et Romantique
    direction : Sir John Eliot Gardiner

     


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