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CRITIQUES DE CONCERTS 18 novembre 2018

Nouvelle production d’Oedipus Rex de Stravinski et Iolanta de Tchaïkovski dans une mise en scène de Lydia Steier et sous la direction de Sebastian Weigle à l’Opéra de Francfort.

Du gris terne au rose bonbon
© Barbara Aumüller

Aucune volonté d’unir Oedipus Rex et Iolanta, deux ouvrages ayant pour thème la cécité, de la part de Lydia Steier qui, au contraire, oppose deux climats totalement antagonistes où la griserie domine d’un côté, et où kitsch et glauque se côtoient dans l’autre. La partie musicale n’échappe pas à une certaine monotonie, n'était l’extraordinaire Asmik Grigorian qui bouleverse en Iolanta.
 

Oper, Frankfurt
Le 03/11/2018
Pierre-Emmanuel LEPHAY
 



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  • Si la thématique de la cécité rassemble Iolanta et Oedipus Rex, la metteuse en scène Lydia Steier ne cherche pas pour autant à unifier les ouvrages pour ce diptyque proposé par l’Opéra de Francfort, bien au contraire. Ce sont en effet deux ambiances complètement différentes qui s’opposent. Stravinksi est abordé sous l’angle politique : dans le parlement de la République de Weimar où l’on assiste à un véritable coup d’Etat fomenté par le manipulateur Créon, évoquant ainsi l’accession au pouvoir d’Hitler en 1933.

    Une approche prétexte à des images violentes (la peste personnifiée mourant après de longs spasmes) ou assez caricaturales (Jocaste en star vulgaire adulée par la foule des parlementaires), qui finit par affadir le mythe et sa portée universelle. On appréciera malgré tout les vidéos soutenues par une bande sonore incluant une voix chuchotant (celle du narrateur qu’on ne verra donc pas) qui distillent une ambiance assez prenante, tendue voire sinistre.

    La partie musicale est hélas sans éclat. Sans démériter, Peter Marsh en Œdipe ne marque gère, que ce soit par le timbre, simplement agréable, ou le chant, le ténor donnant la sensation de faire le job. Même constat pour la Jocaste de Tanja Ariane Baumgartner qui, si elle a toutes les notes du rôle, manque de classe (la mise en scène ne l’aide certes pas). Si Garry Giffiths en Créon manque de puissance et d’impact, on remarquera Andreas Bauer campant un beau Tirésias ou Matthew Swensen en Messager.

    Contraste total avec Iolanta puisque l’on bascule dans le kitsch le plus assumé sinon le plus écœurant, où dominent le rose et le bleu (les mêmes que dans un Ouigo) mais où le Roi René couche avec sa fille (laborieux rapprochement avec l’inceste Œedipe/Jocaste) puis se suicide à la fin car Iolanta n’est plus la poupée qui l’excitait et que l’on voit d’ailleurs reproduite en modèles réduits à l’infini (des centaines de poupées blondes et roses couvrent ainsi les murs). Une violence gratuite et lassante côtoie le grotesque de part en part. Même si l’on comprend l’idée force de la mise en scène, le contraste voulu entre kitsch et glauque ne fonctionne pas vraiment pour cet ouvrage qui n’est qu’un conte de fées.

    Par chance, la partie musicale est plus convaincante que dans Oedipus Rex, dominée par l’extraordinaire Iolanta d’Asmik Grigorian, qui renverse par la beauté de sa voix ambrée, l’égalité sur toute la tessiture avec des aigus tantôt fulgurants, tantôt émis avec une douceur absolument poignante. La finesse et la sensibilité de cette chanteuse prodigieuse bouleversent un public qui lui réserve un triomphe au rideau.

    Difficile pour ses partenaires de se hisser au même niveau. Si A J Glueckert affiche une jolie voix et des aigus solaires, on réalise cependant rapidement que ceux-ci ne peuvent être émis qu’en force, ce qui est tout de même ennuyeux, surtout pour la fin de son air qui se termine, sur la partition, par un délicat aigu. Gary Griffiths en Robert n’est hélas pas davantage en voix que dans Stravinski. Robert Pomakov est une belle basse, dont l’émission bouge déjà un peu, mais c’est avec plaisir que l’on retrouve le baryton d’Andreas Bauer en Ibn-Hakia.

    Dans Stravinski, ni la direction de Sebastian Weigle, ni les chœurs, capitaux, ni l’orchestre n’affichaient couleurs et impact nécessaires pour contrebalancer l’impression de terne griserie qui dominait. Dans Tchaïkovski, l’orchestre est joliment dirigé et plus séduisant, avec notamment de beaux bois.




    Oper, Frankfurt
    Le 03/11/2018
    Pierre-Emmanuel LEPHAY

    Nouvelle production d’Oedipus Rex de Stravinski et Iolanta de Tchaïkovski dans une mise en scène de Lydia Steier et sous la direction de Sebastian Weigle à l’Opéra de Francfort.
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Oedipus Rex, opéra-oratorio en deux actes (1927)
    Livret de Jean Cocteau d’après Sophocle
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Iolanta, opéra en un acte op. 69 (1892)
    Livret de Modeste Tchaïkovski

    Chor der Oper Frankfurt
    Frankfurter Opern und Museumorchester
    direction : Sebastian Weigle
    mise en scène : Lydia Steier
    décors : Barbara Ehnes
    costumes : Alfred Mayerhofer
    éclairages : Olaf Winter
    vidéos : fettFilm
    préparation des chœurs : Markus Ehmann

    Avec :
    Oedipus Rex :
    Peter Marsh (Œdipe), Tanja Ariane Baumgartner (Jocaste), Gary Griffiths (Créon), Andreas Bauer (Tirésias), Brandon Cedel (un berger), Matthew Swensen (un messager), Philipp Rumberg (le récitant).
    Iolanta :
    Asmik Grigorian (Iolanta), Robet Pomakov (Le roi René), Gary Griffiths (Robert, duc de Bourgogne), A J Glueckert (Le comte Vaudémont), Andreas Bauer (Ibn-Hakia), Matthew Swensen (Alméric), Magnus Baldvinsson (Bertrand), Judita Nagyova (Marta), Elizabeth Reiter (Brigitta), Nina Tarandek (Laura).

     



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