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CRITIQUES DE CONCERTS 16 décembre 2018

Première à l’Opéra de Dijon de Nabucco de Verdi dans la mise en scène de Marie-Ève Signeyrole, sous la direction de Roberto Rizzi-Brignoli.

Nabucco con fuoco
© Opéra de Dijon

Un vent tragique souffle cette semaine sur l’Opéra de Dijon, qui accueille le Nabucco habilement délocalisé dans le Moyen-Orient actuel par Marie-Ève Signeyrole pour l’Opéra de Lille. Une tension dramatique qui est surtout le fruit de la direction de Roberto Rizzi-Brignoli, qui met le feu à une distribution de forts tempéraments.
 

Auditorium, Dijon
Le 24/11/2018
Yannick MILLON
 



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  • Premier grand succès de Verdi, Nabucco reste un tube du répertoire romantique peu aisé à porter à la scène en raison d’une vocalité pour le moins exigeante, tant dans les rôles solistes (l’écriture assez idéaliste d’Abigaille) que dans des chœurs ultra sollicités. D’où sans doute une programmation difficile hors des grands centres lyriques. Et pourtant, cette coproduction entre Lille et Dijon demeurera un modèle.

    D’abord par la présence combinée des chœurs des deux maisons, jamais écrasés par la masse orchestrale, d’une puissance de feu impressionnante – la première entrée après l’ouverture, qui décoiffe par son volume anéantissant presque le texte. Avec des sopranos béton et des voix d’hommes concentrées et puissantes, le défi est d’autant mieux relevé que la texture sait se faire soyeuse dans les piani – un Va Pensiero presque murmuré, loin des manifestations de plein air.

    C’est que dans la fosse officie Roberto Rizzi-Brignoli, maestro con fuoco qui conjugue la couleur, le climat (les cordes) et des accents verticaux tombant comme la foudre. Une forme de quadrature du cercle transcendant un Orchestre Dijon Bourgogne d’une rare éloquence (la noblesse des cuivres, la poésie des bois). Preuve qu’un vrai capitaine de navire fait la différence dans un ouvrage de jeunesse où le compositeur pouvait avoir la main lourde. Une poigne qui sert en outre un plateau de très belle qualité.

    On en exemptera le Zaccaria de Sergey Artamonov, voix de carton-pâte, sans aigu (le fa# qui clôt la troisième partie est à peine nommable) car il est jusqu’à l’Abdallo magnifiquement projeté de Florian Cafiero d’avoir été soigneusement distribué. Le timbre étonnamment italien de Victoria Yarovaya, dans une très belle prière de Fenena, le ténor clair et accroché de Valentyn Dytiuk en Ismaele, répondent au baryton Verdi richement cuivré de Nikoloz Lagvilava dans le rôle-titre, qui module l’émission en fonction de l’état psychologique du personnage, renfrogné au III, éclatant au IV, avec une homogénéité et un legato impériaux.

    Reste le phénomène Mary Elizabeth Williams, soprano afro-américaine au tempérament explosif, Abigaille un peu lente à l’allumage, dont les premiers sons détimbrés sont typiques des voix diesel qui une fois chauffées renversent tout sur leur passage, se riant de ses séries d’aigus, d’une émotion contenue dans la mezza voce de sa cavatine, et d’un impact dramatique outrepassant les irrégularités d’une voix à trous évoquant parfois rien moins que Leontyne Price.

    Le spectacle fonctionne aussi par les ressorts de la mise en scène de Marie-Ève Signeyrole, qui reprend avant chaque partie les citations de la bible indiquées en exergue du livret, mais aussi quelques paroles d’un ambassadeur de la Palestine à l’UNESCO, et campe un péplum contemporain dans notre Moyen-Orient et la société ultra violente et saturée d’images des chaînes d’info en continu, où les Hébreux sont assimilés aux migrants accueillis par des slogans hostiles empruntés au Rassemblement national. L’œil est ainsi constamment sollicité, entre vidéos en direct, bandeaux de dépêches et action scénique à proprement parler. Mais au final, on se raccroche surtout à ce tyran aux airs de roi Lear possédé, jouant tel un enfant avec des armées imaginaires sur des maquettes, et dont la déchéance dit au mieux le triste sort qui attend sa population.




    Auditorium, Dijon
    Le 24/11/2018
    Yannick MILLON

    Première à l’Opéra de Dijon de Nabucco de Verdi dans la mise en scène de Marie-Ève Signeyrole, sous la direction de Roberto Rizzi-Brignoli.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Nabucco, opéra en quatre parties (1842)
    Livret de Temistocle Solera d’après Nabuchodonosor d’Auguste Anicet-Bourgeois et Francis Cornu

    Chœurs de l’Opéra de Dijon
    Chœurs de l’Opéra de Lille
    Orchestre Dijon Bourgogne
    direction : Roberto Rizzi-Brignoli
    mise en scène : Marie-Ève Signeyrole
    décors : Fabien Teigné
    costumes : Yashi
    éclairages : Philippe Berthomé
    vidéo : Baptiste Klein & Marie-Ève Signeyrole
    chorégraphie : Martin Grandperret
    préparation des chœurs : Anass Ismat & Yves Parmentier

    Avec :
    Nikoloz Lagvilava (Nabucco), Mary Elizabeth Williams (Abigaille), Sergey Artamonov (Zaccaria), Valentyn Dytiuk (Ismaele), Victoria Yarovaya (Fenena), Florian Cafiero (Abdallo), Alessandro Guerzoni (Gran Sacerdote), Anne-Cécile Laurent (Anna).

     



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