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CRITIQUES DE CONCERTS 16 décembre 2018

Première au Théâtre du Capitole de Toulouse de la Ville morte de Korngold, dans la mise en scène de Philipp Himmelmann, sous la direction de Léo Hussain.

L'Éternel féminin
© Patrice Nin

Die tote Stadt est le plus célèbre des ouvrages lyriques d'Erich Wolfgang Korngold, enfant prodige de la Vienne début de siècle. Après Nancy et Nantes, la production de Philipp Himmelmann accoste au Théâtre du Capitole. L'occasion de redécouvrir un authentique chef-d'œuvre, admirablement servi par un plateau et des forces instrumentales de premier plan.
 

Théâtre du Capitole, Toulouse
Le 22/11/2018
David VERDIER
 



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  • En arrivant au Théâtre du Capitole, Christophe Ghristi a pris soin d'emporter avec lui un carnet d'adresses de premier plan (récital Christian Gerhaher cette semaine et bientôt Matthias Goerne, Stéphanie d'Oustrac…) et sait proposer aux Toulousains une programmation alternant l'incontournable (La Traviata, Werther) et le plus rare (Kopernikus de Claude Vivier, Korngold), sans oublier un prometteur diptyque (Ariane à Naxos-Ariane et Barbe-bleue).

    Forts de ce constat, on ne pourra que se réjouir de l'entrée au répertoire local de cette Ville morte, véritable joyau sonore qui témoigne d'une époque dorée et tragique où l'Europe musicale avait comme chefs de file Franz Schreker, Arnold Schoenberg, Ernst Krenek ou Kurt Weill. En marge des expérimentations et des chapelles, la musique de Korngold refait régulièrement surface depuis une bonne vingtaine d'années. Ce génial amalgame de rutilances et d'éclats ne boude pas une inspiration qui lorgne vers les cataractes expressives d'un Richard Strauss, mâtinées d'une puissance lyrique d'un Puccini.

    Adapté de la pièce Le Mirage, elle-même inspirée par le roman Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach, l'opéra de Korngold est créé le même jour à Cologne et Hambourg, ce qui en dit long sur la popularité d'un jeune homme de 23 ans à peine. Le livret est écrit à deux mains : Julius Korngold, son père et un certain Paul Schott qui n'est autre que le pseudonyme d'Erich Wolfgang. Cette histoire de morte-vivante raconte le retour sublimé et onirique d'une bien-aimée au prénom prédestiné (Maria) que son époux croit revoir en la personne de Marietta, une jeune actrice qu'il croise dans les rues de Bruges.

    La musique déroule des méandres postromantiques qui servent d'écrin à une intrigue expressément placée sous le signe du symbolisme et de l'esprit décadent. Le décor de Raimund Bauer sépare l'espace verticalement en deux zones qui interagissent à distance. Les personnages ne sont jamais réunis dans la même pièce mais évoluent face à un interlocuteur absent, situé soit au-dessus ou en-dessous d'eux. En cherchant à mettre en scène l'impossible communication entre un vivant et une morte réincarnée par la puissance fantasmée du rêve, la scénographie bute sur un obstacle qu'elle a elle-même contribué à créer.

    Les tourments psychologiques du personnage de Paul trouvent leur équivalent dans une écriture escarpée et tendue, qui se déplace régulièrement vers l'aigu. À ce jeu, la voix de Torsten Kerl prouve une fois de plus les affinités naturelles qu'elle a avec le rôle. Annoncé souffrant, le ténor allemand réalise des prouesses pour dominer de la tête et des épaules la masse orchestrale qui se dresse devant lui.

    À ses côtés, la soprano Evgenia Muraveva fait mentir son profil de frêle et blonde héroïne pour imposer un chant d'une vigueur et d'une présence confondantes. Katharine Goeldner est excellente en Brigitta, tandis que Matthias Winckler réussit à camper un Franck qui fait oublier la minceur des interventions. Parmi les seconds rôles, on retient surtout Antonio Figueroa (Victorin et Gaston) et Thomas Dolié (Fritz), alors même que le Chœur du Capitole réalise des prouesses, aux antipodes des mises sanguinolentes et des costumes façon halloween.

    Prouesses également pour la direction de Leo Hussain. Sous sa baguette, l'Orchestre du Capitole de Toulouse ne boude pas son plaisir et jamais la fièvre sonore ne retombe, projetée à flux tendu avec une énergie et une joie communicatrices. Mieux qu'une belle soirée, une découverte majeure.




    Théâtre du Capitole, Toulouse
    Le 22/11/2018
    David VERDIER

    Première au Théâtre du Capitole de Toulouse de la Ville morte de Korngold, dans la mise en scène de Philipp Himmelmann, sous la direction de Léo Hussain.
    Erich Wolfgang Korngold (1897-1957)
    Die tote Stadt, opéra en trois tableau op. 12 (1920)
    Chœur et Maîtrise du Capitole
    Orchestre national du Capitole
    direction : Léo Hussain
    mise en scène : Philipp Himmelmann
    décors : Raimund Bauer
    costumes : Bettina Walter
    éclairages : Gerard Cleven
    vidéo : Martin Eidenberg
    maquillages : Elise Kobisch-Miana
    préparation des chœurs : Alfonso Caiani

    Avec :
    Torsten Kerl (Paul), Evgenia Muraveva (Marietta / Marie), Thomas Dolié (Fritz), Matthias Winckhler (Frank), Katharine Goeldner (Brigitta), Norma Nahoun (Juliette), Julie Pasturaud (Lucienne), Antonio Figueroa (Victorin / Gaston), François Almuzara (Comte Albert).

     



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