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CRITIQUES DE CONCERTS 16 décembre 2018

Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Daniel Harding, avec la participation d’Isabelle Faust à la Philharmonie de Paris.

Mahler en finesse
© Julian Hargreaves

Déjà très convaincant en février dernier avec la Neuvième, Daniel Harding poursuit à la Philharmonie de Paris son intégrale des symphonies de Mahler avec l’Orchestre de Paris par une Titan fine et profonde à la fois, après un Concerto pour violon de Beethoven interprété en parfaite adéquation avec la soliste Isabelle Faust.
 

Philharmonie, Paris
Le 29/11/2018
Vincent GUILLEMIN
 



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  • En trois saisons et à condition de pouvoir placer la Huitième en 2020, Daniel Harding aura abordé à la Philharmonie tout le corpus mahlérien avec l’Orchestre de Paris. Sans se soucier de l’ordre chronologique, le chef anglais aborde à présent la Première, évidemment dans sa forme définitive en quatre mouvements, avec maintenant une tenue de cordes à même de démontrer la qualité du travail effectué avec son ensemble français depuis deux saisons.

    Sa vision se présente comme toujours très soignée et sans aucune brutalité, même dans le Finale, sans cataclysme bien que tendu et parfaitement ciselé, avec le plaisir de voir à la coda les cors se lever, demande occultée par presque tous les chefs de nos jours par peur du kitsch, alors que l’indication est explicitement formulée par Mahler sur la partition, puisqu’elle modifie clairement le jeu des instrumentistes et rend nettement plus naturel ce passage que lorsqu’ils ne lèvent que le coude.

    Auparavant, le Langsam a pris le temps à développer une atmosphère, avec un son construit, qui guide à travers les dédales de nature de l’ouvrage, parfaitement relevés par la délicate clarté des bois français. Le Ländler propose une danse agréable, jamais totalement libre, sans doute un choix délibéré du chef pour montrer que Mahler ne souhaitait pas réellement faire de ce mouvement une joyeuse trêve. Les cordes s’y laissent tout particulièrement apprécier et l’appui à la mesure de ce trois temps bien marqué s’y montre très intelligemment traité.

    Ouvert lentement et relativement obscur, la Marche funèbre traite le thème de Frère Jacques initié par une contrebasse solo. Sans chercher à assombrir tout à fait cette partie, Daniel Harding s’oppose à la vision de ses maîtres Rattle ou Abbado, pour maintenir une ambiance plus feutrée, jamais enjouée, même dans la deuxième partie. Le développement du premier thème démontre la tenue d’orchestre du chef, avec un très beau passage d’un groupe à l’autre, tout particulièrement lorsqu’il arrive aux altos.

    Cette délicatesse, Harding en avait déjà usé en première partie de soirée dans le Concerto pour violon de Beethoven interprété par une artiste avec laquelle s’est depuis longtemps distinguée une véritable affinité, Isabelle Faust, qui livre un Beethoven particulièrement affiné, lui aussi traité surtout dans des sonorités pianos, dont tous à la Philharmonie n’ont pas dû pouvoir profiter, même lors de la longue cadence écrite par elle-même et associée au timbalier.

    Dès l’introduction de l’ouvrage, le traitement du détail à l’orchestre permet de bénéficier de tout le génie de l’utilisation soliste des instruments, d’un superbe basson à la magnifique sonorité du premier violon de Roland Daugareuil. Le mouvement lent poursuit dans une optique similaire, peut-être un peu trop assainie pour ce compositeur, tout comme le troisième, que l’on aurait pu aimer plus joueur tout en appréciant l’absence de toute caricature avec le thème principal.

    En bis, la violoniste surprend le public par une pièce non conventionnelle, un Doloroso de György Kurtág dans sa version pour instrument solo, lui aussi joué avec une finesse à faire rêver d’entendre l’artiste dans l’intégralité du cycle des Kafka-Fragmente un jour.




    Philharmonie, Paris
    Le 29/11/2018
    Vincent GUILLEMIN

    Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Daniel Harding, avec la participation d’Isabelle Faust à la Philharmonie de Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Concerto pour violon en ré majeur op. 61
    Isabelle Faust, violon
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n° 1 en ré majeur « Titan »
    Orchestre de Paris
    direction : Daniel Harding

     


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