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CRITIQUES DE CONCERTS 19 avril 2019

Première à l’Opéra de Lyon de De la maison des morts de Janáček dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, sous la direction d’Alejo Pérez.

Renouveau carcéral
© Bertrand Stofleth

Belle proposition de Warlikowski, maîtrisée quoique froide et composite, dans De la maison des morts de Janáček à l’Opéra de Lyon, qui parvient à proposer une alternative crédible au spectacle mythique de Chéreau, avec une équipe musicale de premier plan, tant au plateau qu’en fosse, où la direction d’Alejo Pérez électrise ses troupes.
 

Opéra national, Lyon
Le 21/01/2019
Yannick MILLON
 



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  • Parmi les opéras de Janáček, De la maison des morts est sans doute le plus périlleux à porter à la scène, en raison de la fragmentation du récit, du caractère volontiers hétérogène des épisodes du livret puisés dans Dostoïevski, et d’une difficulté à donner vie et corps à des personnages se racontant en quelques minutes. Il était temps pourtant, après le succès de la mythique production Chéreau reprise la saison passée à l’Opéra de Paris, de proposer une alternative forte.

    Certes, on ne peut nier que Krzysztof Warlikowski bute sur l’un des enjeux de l’ouvrage : parvenir à homogénéiser le propos, ici bien disparate dans un spectacle hyper énergique donnant à voir sans cesse et partout sur le plateau, mais passant à côté de la progression de la relation filiale entre Goriantchikov et Alieïa, qu’on découvre d’un bloc dans les dernières minutes.

    C’est plutôt au niveau de la peinture sociale que le travail du Polonais paie, avec cet univers carcéral contemporain multi-ethnique dans une cour de gymnase taguée du sol au plafond avec préfabriqué administratif sur tournette. Violence physique latente, taux de testostérone proche de l’implosion, sentiment de danger d’embrasement à chaque instant, jusqu’à cette mise en abyme avec une représentation théâtrale où les pulsions criminelles s’exercent sur des poupées de chiffons criblées de coups de poignard.

    Même si la direction d’acteurs pèche parfois par manque de canalisation (les tendances graveleuses des détenus) ou de crédibilité (les passages à tabac), le spectacle trouve sa cohésion par l’insertion, autour de chaque acte, d’extraits de vidéos de Michel Foucault ou de détenus sur la question de la punition dans nos sociétés. Reste le cas de l’aigle que Warlikowski a remplacé par un jeune basketteur noir blessé retrouvant sa liberté de mouvements et quittant son fauteuil roulant au tomber de rideau.

    La musique n’est pas en reste, grâce avant tout au fulgurant Alejo Pérez, qui bute d’abord sur un Orchestre de l’Opéra de Lyon incertain de cordes, s’ouvrant progressivement jusqu’à transcender les motifs répétés à l’envi avec un vrai sentiment d’exaspération, sans chute de tension jusqu’à l’envol final. Le chef argentin met à l’honneur l’incessante vie rythmique de la partition, avec une attention toute particulière aux bruitages et à la spatialisation de certaines interventions vocales.

    Le plateau n’a qu’à se couler dans ce flot brûlant, et il n’est guère que le Skuratov éteint de Ladislav Elgr pour déparer au tableau d’excellence. Willard White, à peine audible il y a quatorze mois à Bastille, retrouve de la matière en Goriantchikov, face à l’Alieïa intact de Pascal Charbonneau, titulaire du rôle (masculinisé) depuis Chéreau. À 77 ans, Graham Clark n’a rien perdu de son impact en Vieux Forçat idéalement apparié à l’abattage incroyable de Nicky Spence en Grand Forçat. Dans le court récit de Chapkine, Dmitry Golovnin irradie davantage que Karoly Szemeredy en Chichkov à la belle humanité. La palme revient à l’inusable Stefan Margita, dont l’émission éclatante qui ne craint aucun assaut orchestral est l’évidence même en Louka digne des grands ténors tchèques d’antan.




    Opéra national, Lyon
    Le 21/01/2019
    Yannick MILLON

    Première à l’Opéra de Lyon de De la maison des morts de Janáček dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, sous la direction d’Alejo Pérez.
    Leos Janáček (1854-1928)
    Z mrtvého domu, opéra en trois actes (1930)
    Livret du compositeur d’après Souvenirs de la maison des morts de Dostoïevski

    Coproduction avec le Royal Opera House Covent Garden et la Monnaie de Bruxelles

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Lyon
    direction : Alejo Pérez
    mise en scène : Krzysztof Warlikowski
    décors et costumes : Małgorzata Szczęśniak
    éclairages : Felice Ross
    chorégraphie : Claude Bardouil
    vidéo : Denis Guéguin
    préparation des chœurs : Christoph Heil

    Avec :
    Sir Willard White (Alexandre Petrovitch Goriantchikov), Pascal Charbonneau (Alieïa), Stefan Margita (Filka Morozov aka Louka Kouzmitch), Nicky Spence (le Grand Forçat), Ivan Ludlow (le Petit Forçat / le Forçat Cuistot / Tchekounov), Alexander Vassiliev (le Commandant), Graham Clark (le Vieux Forçat), Ladislav Elgr (Skouratov), Jeffrey Lloyd-Roberts (Le Forçat ivre), Aleš Jenis (Don Juan et le Brahmane / Le Forçat forgeron), Grégoire Mour (un Jeune Forçat), Natascha Petrinsky (Une prostituée), John Graham-Hall (Kedril), Dmitry Golovnin (Chapkine), Karoly Szemeredy (Chichkov / le Pope), Alexander Gelah (Tcherevnine / une voix de la steppe), Brian Bruce (Un garde), Antoine Saint-Espes (un garde).

     



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