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CRITIQUES DE CONCERTS 07 décembre 2019

Concert de l'Orchestre philharmonique de Rotterdam sous la direction de Valery Gergiev, avec la participation du violoniste Sergeï Kachatryan au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

De l’intériorité à la jubilation
© Alberto Venzago

Si Chostakovitch et Prokofiev sont tous deux de la même terre et du même temps, tout oppose résolument ces deux compositeurs. Une donnée qui ressort avec évidence dans ce concert mené par Valery Gergiev et le violoniste Sergeï Kachatryan, allant des profondeurs insondables de Chostakovitch à l’extériorisation jubilatoire et provocatrice de Prokofiev.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 26/01/2019
Benjamin GRENARD
 



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  • ComposĂ© pour le tiroir en pleine rĂ©pression culturelle par Jdanov, le Premier Concerto pour violon de Chostakovitch figure certainement parmi les ouvrages les plus intimes de son auteur. La palette d’expressions y est extrĂŞmement vaste, de la demi-teinte du Nocturne initial Ă  l’intensitĂ© tragique de la Passacaille : interprĂ©ter cet ouvrage est donc une vraie gageure pour le soliste.

    Sergeï Kachatryan possède une rare intériorité qui maîtrise la rhétorique chostakovienne avec sûreté. En témoigne un travail sur le timbre du violon digne des grands quartettistes spécialistes de ce répertoire, qu’il s’agisse des Borodine ou des Danel : son constamment à la recherche de la narration, matériau à nu sans vibrato ou modulé avec d’infinies possibilités, manière particulière d’attaquer la corde, ou encore densité et concentration du son avec des vitesses d’archet parfois lentissimes. Cette expressivité constamment tendue de l’intérieur s’avère idéale dans Chostakovitch.

    Le soliste est d’autant mieux mis en relief que Valery Gergiev se contente derrière du service minimum, ne prenant jamais réellement à bras le corps la partition. Pis, les couleurs orchestrales du Nocturne se fourvoient dans des sons épais et une texture mollassonne, loin de la poésie lunaire qui devraient émerger de l’écriture en clair-obscur. Bien qu’il soit plus à sa place dans les parties vives, le chef ossète tend ici à décevoir.

    Kachatryan est, lui, peut-être moins exceptionnel dans la Passacaille. Son jeu ne suffit pas à mettre en valeur pleinement la progression dramaturgique de la cadence qui mène au Burlesque final. Il faut dire que l’endurance et l’engagement nécessaires y sont tels que l’immense Oïstrakh lui-même avait dû demander au compositeur d’éluder le soliste au début du dernier mouvement, afin de lui donner un temps de répit. Mais l’ensemble de son interprétation reste d’exception et captivante de bout en bout.

    La seconde partie contraste d’emblée, autant pour la musique que pour l’engagement du chef. La Sixième Symphonie de Prokofiev foisonne d’idées mélodiques et d’effets orchestraux. Enfin pleinement engagé, Gergiev livre une lecture proprement jubilatoire, presque dionysiaque : la matière musicale est toujours vivante, sculptée dans la masse. La pulsation avance imperturbablement, soutenant toujours la vitalité du propos. L’Orchestre de Rotterdam montre une grande virtuosité et surtout étonne par sa précision et sa capacité à réagir au quart de tour à la direction du chef russe.

    Gergiev est décidément plus à l’aise dans la profusion et la vitalité ostentatoire, voire provocatrice de Prokofiev, que dans les profondeurs insondables de Chostakovitch. Sous sa direction, les excentricités orchestrales du premier (à-plats pâteux des cuivres, emploi de registres curieux, grosse caisse assourdissant l’ensemble de l’orchestre) servent magnifiquement l’expression de la vigueur et de la jeunesse d’un compositeur qui sera toujours resté d’une indomptable insolence.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 26/01/2019
    Benjamin GRENARD

    Concert de l'Orchestre philharmonique de Rotterdam sous la direction de Valery Gergiev, avec la participation du violoniste Sergeï Kachatryan au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
    Concerto pour violon et orchestre n° 1 en la mineur op. 77
    SergeĂŻ Kachatryan, violon
    SergeĂŻ Prokofiev (1891-1953)
    Symphonie n° 6 op. 111
    Orchestre philharmonique de Rotterdam
    direction : Valery Gergiev

     


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