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CRITIQUES DE CONCERTS 16 juillet 2019

Nouvelle production de l’oratorio Il Primo Omicidio de Scarlatti dans une mise en scène de Romeo Castellucci et sous la direction de René Jacobs à l’Opéra de Paris.

Caïn-caha
© Bernd Uhlig

On peine à entrer dans cette production inégale de l’oratorio d’Alessandro Scarlatti Il Primo Omicidio, où la mise en scène de Romeo Castellucci, cérébrale, forte à certains égards, ne rencontre pas vraiment la direction grise d’un René Jacobs à la recherche de l’austérité, et surtout l’engagement guère tangible d’un plateau des plus impersonnels.
 

Palais Garnier, Paris
Le 31/01/2019
Thomas COUBRONNE
 



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  • C’est un lieu commun que de saluer l’intelligence du travail de Castellucci, et nous n’y renoncerons pas face à une production pourtant inégale et dans l’ensemble bien froide. D’abord à cause de la partie musicale, confiée à une équipe globalement sans charme, sertie d’un B’Rock Orchestra sans relief. René Jacobs a beau expliquer longuement dans le programme de salle l’humilité, l’austérité qu’il admire dans la partition de Scarlatti, force est de constater soit un manque de vie, soit, s’il est délibéré, un manque de rigueur.

    Car les couleurs n’émergeront de la fosse qu’en deuxième partie, et encore, avec une criante absence de sensualité, mais du moins quelques moments d’effroi réussis ; et sur scène, on n’entendra rien que de très lisse, du ténor aux accidents pharyngés omniprésents de Thomas Walker à l’épais prosaïsme de Brigitte Christensen, Ève très peu Mater dolorosa, en passant par deux fils sans grande personnalité, l’Abel neutre d’Olivia Vermeulen qui ne sera touchante que pour son apparition post mortem, et le Caïn honnête de Kristina Hammarström, tenté par le Lucifero carnassier de Robert Gleadow, plus convaincant que Benno Schachtner dont la Voix de Dieu ignore tout legato.

    Peu d’art de la modulation, tant du vibrato que du timbre, des dynamiques moyennes, pas de risque, surtout un gris désespérant pour toute couleur, ne rendent justice qu’à la sévérité de l’œuvre, à considérer qu’il s’agisse d’un choix rhétorique, certes contestable, mais après tout défendable ; mais les efforts pour théâtraliser quelques passages (musique instrumentale du meurtre, apparition séraphique de la voix d’Abel mort, éclats de Lucifer) donnent plutôt l’impression d’un plateau correct mais routinier qui ne trouve l’inspiration qu’à de trop rares moments.

    © Bernd Uhlig

    La mise en scène est à l’avenant : deux parties très différentes, la première en décor de lumières, de couleurs, qu’on imagine très bien pour Saint François d’Assise de Messiaen, où descend comme une guillotine, renversée, l’Annonciation de Simone Martini, et dont l’abstraction mystérieuse suscite une attente, stimule l’imagination, même si la réduction du théâtre à son minimum (les deux autels sont deux machines à fumée actionnées à vue, l’agneau sacrifié est une longue poche de gélatine rouge, Dieu fétichiste des sacs en plastique chers à Castellucci) alliée à une gestuelle pseudo-baroque et des costumes quotidiens mais pas trop donne l’impression de ne pas trancher entre l’immédiateté et la stylisation.

    Pour la seconde partie, le meurtre a lieu en extérieur, sur la terre labourée par Caïn, sous les étoiles. Lorsque ce dernier saisit la pierre dont il va faire une arme, commence le remplacement des chanteurs au plateau par les enfants : le premier coup y perd en crédibilité – le petit Caïn arrive à la taille d’Abel qui se protège avec sa peau de mouton – ce que les suivants gagnent en sauvagerie, en liturgie : les chanteurs seront désormais relégués en fosse, tandis que les enfants joueront leurs paroles et leurs gestes.

    Évidemment le symbole est très beau, évidemment l’enfant Abel, couvert de sang et de boue, l’enfant Caïn courant éperdu avec des mouvements déments de ses petits bras, évidemment les apparitions imperceptibles des groupes d’enfant dans cet extérieur sans limites, tout cela fait sens et peut le cas échéant être très touchant, très fort. Mais cela affaiblit aussi considérablement les chanteurs, déjà guère passionnants ; et puis une moitié de spectacle en play-back, c’est assez lassant. On aimerait s’enthousiasmer pour un travail intelligent, habile. Vraiment, on aimerait.




    Palais Garnier, Paris
    Le 31/01/2019
    Thomas COUBRONNE

    Nouvelle production de l’oratorio Il Primo Omicidio de Scarlatti dans une mise en scène de Romeo Castellucci et sous la direction de René Jacobs à l’Opéra de Paris.
    Alessandro Scarlatti (1660-1725)
    Il Primo Omicidio ovvero Caino, oratorio à six voix (1707)
    Livret d’Antonio Ottoboni

    Coproduction avec le Staatsoper Unter Den Linden, Berlin et le Teatro Massimo, Palerme

    B’Rock Orchestra
    direction : René Jacobs
    mise en scène, décors, costumes & éclairages : Romeo Castellucci
    Avec :
    Kristina Hammarström (Caino), Olivia Vermeulen (Abele), Brigitte Christensen (Eva), Thomas Walker (Adamo), Benno Schachtner (Voce di Dio), Robert Gleadow (Voce di Lucifero), Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris (les mêmes rôles joués sur scène dans la seconde partie).

     


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