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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2019

Nouvelle production de La Finta Pazza de Sacrati dans une mise en scène de Jean-Yves Ruf et sous la direction de Leonardo García Alarcón à l’Opéra de Dijon.

L'opéra travesti
© Gilles Abegg

L'opéra vénitien se porte comme un charme, à l’image de cette Finta Pazza de Francesco Sacrati à l'Opéra de Dijon. Si la mise en scène de Jean-Yves Ruf offre un cadre prudent et peu varié à la longueur généreuse de l’ouvrage, on trouvera des motifs de satisfaction dans le bon niveau du plateau et surtout la direction signée Leonardo García Alarcón.
 

Grand Théâtre, Dijon
Le 10/02/2019
David VERDIER
 



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  • La Finta Pazza est le premier opéra représenté en France en 1645, à la cour d'un Louis XIV âgé de sept ans seulement. Cette version varie légèrement de celle donnée à la création à Venise quatre ans plus tôt. Peu importe d’ailleurs si le livret profus de Giorgio Strozzi peut nous paraître aujourd'hui bien alambiqué. Tout commence par une histoire d'oracle et d'une manœuvre cherchant à détourner le héros (Achille) d'une mort certaine.

    L'opéra de Sacrati s'intéresse aux péripéties qui précèdent la Guerre de Troie, au moment où Thétis décide de dissimuler son fils Achille parmi les filles du roi Licomède. Deidamia tombe amoureuse de lui et lui donne un fils dont la naissance est tenue secrète. Ulysse et Diomède débarquent sur l'île de Scyros et découvrent le stratagème en sollicitant le caractère belliqueux d'Achille. Délaissé par le héros grec, Deidamia décide de simuler une crise de folie (d’où le titre de l’ouvrage), qui lui permet de ramener à elle Achille avant le départ fatal vers Troie.

    Après Elena de Cavalli en 2013 à Aix et Versailles, on retrouve Jean-Yves Ruf. Plutôt que le vaste Auditorium, c'est le plus discret Grand Théâtre de Dijon qui accueille une production dédiée à un espace modeste. La version retenue est celle de la création parisienne, à laquelle Leonardo García Alarcón a ajouté quelques ballets bien dispensables, en puisant chez Cavalli les fragments manquants et le très monteverdien duo final.

    La scénographie peine à combler les quasi deux heures que durent la première partie. Malgré les duos-duels des divinités suspendues dans les airs, Achille s'ennuie ferme dans une imitation de gynécée vaguement orientalisant derrière un tulle. La direction d'acteurs multiplie gestes et poses de convention, ce qui a le mérite d'orienter le spectateur parmi le maquis d'une vingtaine de héros et héroïnes qui peuplent le plateau.

    Les situations sont cornaquées par les inévitables numéros buffo d'Eunuque et de la Nourrice, à l'exception de la (très sage) folie de Deidamia. L'usage répétitif des rideaux et des voiles ne contraint pas le regard au-delà d'une simple mise en image. Il est vrai que l'ampleur de la partition fait ruisseler un flux continu d'airs et récitatifs que seules les lumières de Christian Dubet parviennent à inscrire dans un écrin varié.

    Mariana Flores (Deidamia) maîtrise les moindres inflexions d'un rôle exigeant et multiple – l’ambitus de la scène de la folie. La ligne aérienne et l'engagement séduisent durablement. La palette épanouie de Filippo Mineccia compose un Achille sensible et délicat, parfaitement en phase avec le timbre vaillant et très dense de Carlo Vistoli en Ulysse et la puissance ténébreuse de Salvo Vitale dans le rôle du Capitaine.

    Valerio Contaldo aurait sans doute mérité un rôle plus important que Diomède pour faire valoir des qualités et des contrastes. Alejandro Meerapfel défend son Licomède avec brio mais c'est bel et bien le puissant et sonore Scott Conner en Vulcain et Jupiter qui emporte la palme côté masculin.

    Les deux rôles-bouffes donnent volontiers dans la surcharge. Aux aigus peu soignés de Marcel Beekman en Nourrice, on préfèrera la projection de Kacper Szelazek, plus encombré dans le jeu mais dont le chant orné et souverain fait oublier la minceur du rôle. Norma Nahoun offre à la Renommée et à Minerve un timbre capiteux et tendre qui contraste avec les couleurs et le brillant de Julie Roset en Aurore et Junon. L'élégance de la Thétis et la Victoire de Fiona McGown s'accorde avec la finesse des pleins et des déliés de l'écriture vocale.

    Déjà souverain dans Cavalli, Leonardo García Alarcón fait briller l'opéra de Sacrati de mille feux. Il fait de sa Cappella Mediterrenea l'instrument au service du théâtre, alternant pâmoisons et rudesses, volumes et scansions. Le tempo ne faiblit pas, donnant à la partition une rondeur et un élan volontaires, qui lui accordent une carrure rythmique de belle facture.




    Grand Théâtre, Dijon
    Le 10/02/2019
    David VERDIER

    Nouvelle production de La Finta Pazza de Sacrati dans une mise en scène de Jean-Yves Ruf et sous la direction de Leonardo García Alarcón à l’Opéra de Dijon.
    Francesco Sacrati (1567-1623)
    La Finta Pazza, opéra en trois actes (1641)
    Livret de Giulio Strozzi

    Coproduction avec Opéra Royal-Château de Versailles Spectacles

    Membres du Chœur de l’Opéra de Dijon
    Cappella Mediterranea
    direction : Leonardo García Alarcón
    mise en scène : Jean-Yves Ruf
    décors et costumes : Laure Pichat
    costumes : Claudia Jenatsch
    éclairages : Christian Dubet

    Avec :
    Mariana Flores (Deidamia), Filippo Mineccia (Achille), Carlo Vistoli (Ulysse), Valerio Contaldo (Diomède), Alejandro Meerapfel (Licomède), Kacper Szelazek (Eunuque), Marcel Beekman (Nourrice), Salvo Vitale (Capitaine), Julie Roset (Aurore, Junon), Fiona McGown (Thétis / Victoire), Scott Conner (Vulcain / Jupiter), Norma Nahoun (Renommée / Minerve), Aurélie Marjot, Anna Piroli, Sarah Hauss (Trois jeunes filles).

     



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