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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mars 2019

Nouvelle production de La Divisione del Mondo de Legrenzi dans une mise en scène de Jetske Mijnssen et sous la direction de Christophe Rousset à l’Opéra du Rhin.

Vertiges de l'amour
© Klara Beck

L'opéra des origines : un mélange de liberté et d'impertinence qui vient de Venise. Cette découverte de La Divisione del Mondo se souvient de Monteverdi. D'une main de maître, Christophe Rousset nous conduit à travers cette intrigue touffue où se croisent un aéropage de divinités occupées à satisfaire leur plaisir, le bien le mieux partagé en ce bas monde.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 08/02/2019
David VERDIER
 



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  • La politique et la sensualité ont rendez-vous sur la scène de l'Opéra du Rhin pour La Divisione del Mondo de Giovanni Legrenzi, opéra créé à Venise en 1675 et redécouvert miraculeusement par Christophe Rousset dans les rayons de la Bibliothèque de Paris. La mise en scène de Jetske Mijnssen transforme les aventures rocambolesques du livret de Giulio Cesare Corradi en un véritable Feydeau baroque. L'opéra se mue ici en humour-charge qui n'aurait certes pas déplu à un Sacha Guitry – défenseur zélé de la comédie et de la légèreté d'esprit.

    Avec la concupiscence comme unique boussole, les habitants de l'Olympe transforment le lieu en maison close – longtemps, il est vrai, le lieu de tous les pouvoirs et de toutes les décisions politiques. C'est Vénus, beauté fatale et même littéralement nymphomane, qui organise le partage du monde. Autour d'elle gravitent les amants et les couples tantôt unis et désunis, sous le regard du tableau de Véronèse : Léda et le cygne. Cette allusion mythologique à la ruse du Dieu des dieux pour séduire et forniquer semble ici prise à la lettre, comme emblème et blason amoureux.

    Saturne est un vieillard cacochyme qui brûle ce qui lui reste de forces dans la contemplation de Vénus, tandis qu'une infirmière en petite tenue (Salacia, future épouse de Neptune) pousse son épouse Rhéa dans son fauteuil roulant. En écho, le couple Jupiter-Junon laisse à voir ses dissensions à travers les colères de l'épouse. Mijnssen n'y va pas par quatre chemins, montrant le couple en costume bleu et tailleur doré, deux personnages prisonniers de leur fonction sociale et tentant de maintenir l'ordre à la tête d'une famille qui se délite dans le stupre et l'envie.

    Neptune et Pluton ont beau réitérer leurs approches lourdingues, ils ne sont aux yeux de Vénus que deux ploucs barbus en improbables et ridicules pulls jacquard qu'on dirait sortis d'une mise en scène de Christoph Marthaler. Vénus cède à Mars, bellâtre belliqueux et triomphant, qui rend fou de rage l'assemblée masculine et folles de désespoir les déesses qui sont victimes de la désaffection de leurs divins compagnons.

    La palme du jeu et du brio est tenue haut la main par l'éblouissante Sophie Junker, absolument souveraine dans les déliés de la voix et la vivacité des couleurs. Le Jupiter de Carlo Allemano cherche ses marques mais finit par livrer un pur numéro d'héroïsme et de projection. Un trio de contre-ténors fait entendre des qualités à la fois distinctes mais de très haut niveau – Mars goguenard et dominateur de Christopher Lowrey, Mercure prude et désopilant de Rupert Enticknap, Apollon nuancé de Jake Arditti.

    Julie Boulianne fait de Junon un personnage de douairière alcoolisé, redoutable d'invective et de présence vocale, tandis que la jeune Soraya Mafi accorde à Diane des couleurs et une ligne remarquables. La voix très dense et timbrée d'Arnaud Richard contredit le personnage parkinsonien. Stuart Jackson offre à Neptune une assise et une ampleur que vient compléter de belle manière le Pluton d'André Morsch. L'Amour facétieux et rebelle d'Ada Elodie Tuca se marie à merveille avec la capiteuse Discorde du contre-ténor Alberto Miguélez Rouco.

    La fosse brille de mille feux, animée par la battue ferme et incisive de Christophe Rousset soulignant des effets aussi surprenants que la rythmique burlesque de l'introduction ou la succession d'airs aussi brefs qu'étourdissants. La palette généreuse des cordes est tendrement picorée par des flûtes et cornets à bouquin à la justesse et à l'énergie triomphantes.




    Reprises à l'Opéra national de Lorraine de Nancy du 20 au 27 mars, et à l'Opéra Royal de Versailles les 13 et 14 avril.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 08/02/2019
    David VERDIER

    Nouvelle production de La Divisione del Mondo de Legrenzi dans une mise en scène de Jetske Mijnssen et sous la direction de Christophe Rousset à l’Opéra du Rhin.
    Giovanni Legrenzi (1626-1690)
    La Divisione del Mondo, opéra en trois actes (1675)
    Livret de Giulio Corrado Casadi

    Les Talens Lyriques
    direction : Christophe Rousset
    mise en scène : Jetske Mijnssen
    décors : Herbert Murauer
    costumes : Julia Katharina Berndt
    éclairages : Bernd Purkrabek

    Avec :
    Carlo Allemano (Jupiter), André Morsch (Pluton), Julie Boulianne (Junon),
    Jake Arditti (Apollon), Soraya Mafi (Diane), Ada Elodie Tuca (Amour), Stuart Jackson (Neptune), Arnaud Richard (Saturne), Sophie Junker (Vénus), Christopher Lowrey (Mars),
    Rupert Enticknap (Mercure), Alberto Miguélez Rouco (Discorde).

     



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