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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2019

Requiem de Berlioz par l’Orchestre de Paris et du Conservatoire sous la direction de Pablo Heras-Casado à la Philharmonie de Paris.

Berlioz démystifié ?
© Fernando Sancho

Sentiments contrastés à l’issue de ce Requiem de Berlioz éclairé par une tentative de relecture du chef espagnol Pablo Heras-Casado et la prononciation du latin à la française, mais où, par-delà des chœurs et un orchestre magnifiques assortis de quelques scories au sommet du Tuba Mirum, l’on reste parfois à la lisière du mysticisme si singulier de l’auteur des Troyens.
 

Philharmonie, Paris
Le 21/02/2019
Yannick MILLON
 



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  • Dans la longue liste des messes pour les défunts, le Requiem de Berlioz, écrit alors que le compositeur avait seulement trente-quatre ans, occupe une place marginale, de par les effectifs convoqués et un message assez ambigu, tirant autant du côté des recherches de lumière de l’école française qui lui succédera que des ouvrages quasi lyriques et des effets à réveiller les morts à la Verdi.

    Gardiner au concert, Norrington au disque ont déjà tenté un recentrage philologique de l’œuvre, mais on attend toujours une relecture vraiment radicale comme celles qui ont transformé à jamais Bach dans les années 1970, Mozart dans les années 1980 et Beethoven la décennie suivante. Ce soir pourtant, malgré les velléités très nettes de Pablo Heras-Casado, on restera à la croisée des chemins.

    Une volonté d’épurer les cordes, chiches en vibrato, visant une absolue transparence non seulement dans les nappes éthérées du Sanctus mais aussi dans les blocs les plus terrifiants de la Sequenz, est bien à l’œuvre, tout comme un rééquilibrage du tempo donnant la primauté au rythme de la langue, avec les sonorités délicieuses du latin à la française que peu avaient osé, accouchant d’un Hosanna très fluide, et de nombre de pages désempesées.

    Le Domine Jesu Christe, chanté assis, y perd quelque âme, trop proprement concret et obsédé par la pulsation pour que se dégage un vrai climat, tandis que l’Hostias en sort presque transfiguré. C’est que la lecture du maestro espagnol est avant tout analytique, peu portée sur la ferveur, plus soucieuse d’alliages de timbres que de sens.

    Au moins bénéficie-t-il d’admirables viatiques à la fois dans le mélange de l’Orfeón Donostiarra et du Chœur de l’Orchestre de Paris, d’une plasticité inespérée, d’une lumière iridescente et d’une densité jamais prise en défaut avec ses quelque deux cents têtes, et dans celui de l’Orchestre de Paris avec les élèves du Conservatoire, en tout point somptueux – les cordes, déjà épatantes de fine tension dans la Musique funèbre de Lutosławski enchaînant directement sur les gammes de l’Introït berliozien.

    Pas plus que ses glorieux pairs, le chef ne parviendra à totalement écarter des scories dans la spatialisation décidément impossible des cuivres du Tuba Mirum, quand les seize timbales ébranleront la salle en évitant avec classe trop de saturation. Dommage surtout que la relégation de Frédéric Antoun sur un balcon latéral à jardin nous prive d’une voix mixte et immatérielle à la Simoneau qui transcenderait un Sanctus trop vocal ! Autant d’expédients qui insufflent un climat quasi profane à cette exécution.

    Il ne reste dès lors, pour convoquer le mysticisme, qu’à fermer les yeux, dans les ultimes volutes arpégées de l’Agnus dei (d’une souplesse enfin mêlée de tendresse), et de se souvenir des images de la scène finale du Tree of life de Terrence Malick, Jessica Chastain les mains levées vers le ciel, avec le surcroît d’émotion palpable, en direct, de sentir physiquement huit des timbales ponctuer piano mais en profondeur leurs ultimes battements.




    Philharmonie, Paris
    Le 21/02/2019
    Yannick MILLON

    Requiem de Berlioz par l’Orchestre de Paris et du Conservatoire sous la direction de Pablo Heras-Casado à la Philharmonie de Paris.
    Witold Lutosławski (1913-1994)
    Musique funèbre, pour orchestre à cordes (1958)
    Hector Berlioz (1803-1869)
    Grande Messe des morts op. 5 (1837)
    Orfeón Donostiarra
    préparation : José Antonio Sainz Alfaro
    Chœur de l’Orchestre de Paris
    préparation : Lionel Sow
    Orchestre du Conservatoire de Paris
    Orchestre de Paris
    direction : Pablo Heras-Casado

     


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