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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mars 2019

Récital du ténor Ian Bostridge accompagné au piano par Brad Mehldau à la Philharmonie de Paris.

Crossover à la Philharmonie

Habitué à franchir la ligne entre jazz et musique classique, le pianiste Brad Mehldau présente à la Philharmonie de Paris son propre cycle de mélodies, The Folly of Desire, couplé aux Dichterliebe de Schumann, avec pour chanteur le ténor anglais Ian Bostridge, habile dans les deux parties. Une forme de crossover assez réussie.
 

Philharmonie, Paris
Le 25/02/2019
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Nous connaissions les enregistrements de Brad Mehldau avec Renée Fleming et Anne Sofie von Otter ; il entre ce soir à la Philharmonie de Paris avec le ténor Ian Bostridge, pour amorcer son propre cycle, The Folly of Desire, commandé conjointement par l’Elbphilharmonie, le Wigmore Hall, Standford Live et Carnegie Hall.

    L’ouvrage présente des influences jazz, comme autrefois The Hollywood Songbook d’Eisler ou les songs de Gershwin ont pu en arborer, mais c’est clairement vers la musique classique que se tourne la partition. Ces dix chants, ouverts et refermés par un poème de William Blake, sont introduits par des accords qui rappellent le lied d’ouverture des Dichterliebe à suivre, ceux d’un piano qui cherche pour tenter d’offrir des thèmes qui ne souhaitent pas venir. Le poème The Sick Rose y sert de texte, développé par Bostridge avec la qualité de chanteur de Lieder qu’on lui connaît.

    Quelques impuretés dans l’aigu apparaissent à la fin du deuxième chant, mais globalement, la qualité de diction, tant que les poèmes restent anglais, se montre quasi irréprochable. La projection habituelle du ténor avec sa manière de chanter vers le bas et de bouger beaucoup doit cependant favoriser largement le public de face à la Philharmonie. Malheureusement, le piano aux mesures relativement cycliques et rarement longtemps mélodiques désarme une partie de l’audience, non avare en toux sonores, très perturbantes pendant la pièce.

    La noirceur de l’œuvre se maintient durant ses trente-cinq minutes, avec quelques parties plus dynamiques, comme dans Ganymede de W.H. Auden ainsi que pendant the boys i mean are not refined d’e. e. cummings, quelque peu crié. Un calme poème de Yeats stabilise la voix du ténor avec les accords contemplatifs et sombres du piano, avant la dernière Nuit de Blake, tirée de The Four Zoas, pour laquelle le piano fait une ultime boucle en concluant par les mesures initiales.

    Quatre Lieder de Heine ouvrent d’abord la seconde partie. Ian Bostridge s’y présente étrangement plus à l’aise avec l’allemand qu’il ne l’était dans Brecht et Goethe avant l’entracte. Mein Wagen rollet langsam conclut cette mise en bouche schumannienne et démontre déjà l’excellente qualité d’accompagnateur de Mehldau, très à l’aise techniquement, mais aussi jamais trop prononcé ni autonome dans le phrasé par rapport au chanteur.

    On ne retrouve ensuite évidemment pas la voix de jeune homme du ténor anglais de son enregistrement EMI des Dichterliebe avec Julius Drake. Depuis, vingt ans ont passé, mais la voix se fait sûre dès Im wunderschönen Monat Mai, pour s’asseoir sans problème dans le médium dans Aus meinen Tränen. Une certaine dureté apparaît en fin de cycle, là où le doigté du pianiste, sans posséder l’assurance d’un accompagnateur de Lied aguerri au point de se permettre d’aérer le discours et de le personnaliser un peu plus, prouve tout de même sa qualité de préparation et son intelligence musicale.

    Les bis semblent davantage plaire à une large partie des auditeurs, tant les applaudissements deviennent nourris après deux songs de Cole Porter, Every time we say goodbye puis Night and Day. Bostridge, à contre-emploi, se plie très agréablement au jeu, tandis que Mehldau dévoile ici indubitablement quel artiste de jazz il est, et restera avant tout.




    Philharmonie, Paris
    Le 25/02/2019
    Vincent GUILLEMIN

    Récital du ténor Ian Bostridge accompagné au piano par Brad Mehldau à la Philharmonie de Paris.
    Brad Mehldau (*1970)
    The Folly of desire
    Robert Schumann (1810-1856)
    Dein Angesicht op. 127 n° 2
    Es leuchtet meine Liebe op. 127 n° 3
    Lehn’ deine Wang’ op. 142 n° 2
    Mein Wagen rollet langsam op. 142 n° 4
    Dichterliebe op. 39
    Ian Bostridge, ténor
    Brad Mehldau, piano

     


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