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CRITIQUES DE CONCERTS 19 avril 2019

Concert du London Symphony Orchestra sous la direction de Bernard Haitink, avec la participation de la violoniste Isabelle Faust à la Philharmonie de Paris.

Im Abendrot

Soirée crépusculaire à la Philharmonie de Paris, où un Bernard Haitink très fatigué, qui vient de fêter ses quatre-vingt-dix ans, aborde avec le London Symphony Orchestra les œuvres dans leur plus simple expression, et notamment une Quatrième de Mahler alentie mais d’une beauté plastique, d’un regard serein absolument bouleversants.
 

Philharmonie, Paris
Le 18/03/2019
Yannick MILLON
 



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  • Bernard Haitink vient de souffler, ce 5 mars, ses quatre-vingt-dix bougies. Et revient de loin, après une mauvaise chute en juin dernier, survenue pendant les applaudissements d’une Neuvième de Mahler à Amsterdam. Après un repos forcé, le Néerlandais n’a pas ménagé ses efforts pour remonter en selle, mais a d’ores et déjà signifié qu’il prendra une année sabbatique à l’issue des festivals d’été. Ce concert était donc d’autant plus attendu qu’il pourrait être l’un de ses derniers dans la capitale.

    Dès son entrée en scène, précédé d’Isabelle Faust dans une robe sable, le pas mesuré, le maestro ne cherche pas à dissimuler sa fatigue, et attaque sans la moindre fioriture un Concerto pour violon de Dvořák apollinien, qui n’aura jamais autant regardé du côté de la musique germanique, d’une architecture quasi brahmsienne, d’une concentration extrême, d’une épure qui fascinent.

    La violoniste, au diapason, se fend d’un jeu d’une grande pureté de ligne, d’une tenue niant toute complaisance, concentré sur des transitions d’une ampleur inouïe, aux frontières du silence, d’une lumière automnale qui donne le frisson. Et peu importe le ton Europe centrale, sacrifié au profit de la continuité, qui rappelle le jugement admiratif de Brahms sur l’inspiration mélodique du compositeur tchèque.

    En bis, la Sarabande de la Sonate n° 2 d’Ysaÿe convoque la noirceur du Jugement dernier dans sa citation du Dies irae grégorien, écoutée depuis le coin de la scène par le vieux chef appuyé sur sa canne. Magnifique moment d’intériorité que prolongera la deuxième partie tout entière, consacrée à Mahler. Regardons la vérité en face, la « petite » Quatrième Symphonie, à l’orchestration allégée, sans trombones ni tuba, d’une durée raisonnable pour son époque et d’un classicisme radieux, est probablement la moins difficile à traverser pour un chef convalescent.

    Pour autant, Haitink ne se simplifie pas la tâche en optant, notamment dans les deux premiers mouvements, pour un tempo très large qui, loin d’ébranler la structure, insuffle au contraire une clarté optimale à la polyphonie, un ciselage parfait des touches d’orchestration évoquant l’enfance. Un tel calme, un tel refus des conflits ou de l’habituelle dualité tension-détente imposent d’autant plus le respect que le climat général est foncièrement lumineux, débarrassé des contingences terrestres.

    La musique chante en toute liberté, le capitaine, qui s’assied parfois sur un tabouret, ne reprenant la barre qu’aux moments cruciaux, laissant à un LSO toujours aussi impeccable en tutti quoique sans pupitre individuel exceptionnel toute latitude pour traduire sa contemplation crépusculaire. Les épisodes tziganes, comme rêvés, un Ruhevoll sans lenteur excessive, aux cordes mordorées d’une respiration parfaite, jusqu’à cette ouverture des portes du paradis en rien surlignée, dans le juste ordre des choses, précèdent le seul moment un peu problématique de l’exécution.

    Anna Lucia Richter, souffrante, a en effet dû céder la place à Sally Matthews, une petite partition jaune Eulenburg en mains, pour le Lied final, voix large et sombre, qui multiplie les respirations, trop mûre et plus assez stable pour conter la Vie céleste. Une forme de cohérence crépusculaire si l’on veut, et qui n’écornera pas outre mesure cette Quatrième d’une douceur infinie.




    Philharmonie, Paris
    Le 18/03/2019
    Yannick MILLON

    Concert du London Symphony Orchestra sous la direction de Bernard Haitink, avec la participation de la violoniste Isabelle Faust à la Philharmonie de Paris.
    Antonín Dvořák (1841-1904)
    Concerto pour violon et orchestre en la mineur op. 53
    Isabelle Faust, violon
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n° 4 en sol majeur
    London Symphony Orchestra
    direction : Bernard Haitink

     


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