altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 22 avril 2019

Nouvelle production de La Chauve-souris de Strauss dans une mise en scène de Célie Pauthe et sous la direction de Fayçal Karaoui à la MC93 Bobigny.

Du plomb dans l’aile
© Elisabeth Carecchio

Déportée (et le verbe est malheureusement le bon) à la MC93 de Bobigny, La Chauve-souris de Johann Strauss par l’Académie de l’Opéra de Paris met en avant une jeune troupe de chanteurs impliquée, malgré la difficulté à faire rire ou ne serait-ce qu’à divertir dans la mise en scène de Célie Pauthe, située dans le camp de Teresienstadt en 1944.
 

MC93, Bobigny
Le 20/03/2019
Vincent GUILLEMIN
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Retour au Singspiel

  • Carmen sans émoi

  • Lady Macbeth à moitié

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • L’importance de former de nouveaux artistes à l’opéra ne fait aucun doute, mais si la fraîcheur des chanteurs de cette nouvelle production de La Chauve-souris permet de bien dynamiser certaines pages, la mise en scène plombe toute l’opérette avec un devoir de mémoire inapproprié.

    La proposition de Célie Pauthe, sa première pour l’opéra, tient du pur concept, et introduit le spectacle par une note d’intentions, retranscrite par haut-parleurs, où elle explique que quand on lui a proposé le projet fin 2017, elle ne connaissait pas l’œuvre. Avant de découvrir concomitamment les origines juives de Strauss et que son opérette fut jouée en juin 1944 au camp de Terezín. Focaliser sa proposition sur une production de bric et de broc en hommage à celle de 1944 se montre malheureusement totalement hors-sujet.

    À la question « pourquoi la Chauve-Souris à Theresienstadt ? », osons deux réponses : parce que nombre de déportés avaient la partition avec eux, comme ils avaient dans leurs valises Fidelio, Carmen ou Parsifal ; et tout simplement pour tenter de se divertir. Que reste-t-il alors à sauver aujourd’hui à Bobigny ?

    Les décors de Guillaume Delaveau et les costumes d’Anaïs Romand s’accordent à la proposition et donc aux rudimentaires moyens de circonstance, comme ce festin du premier acte transformé en plateau d’herbe sur lequel trône un crâne de mouton. D’Agneau de dieu on fera une chauve-souris, en l’accrochant à un fil avec deux branches pour les ailes.

    Le pire intervient au III, là où Karajan à Vienne avait invité Tebaldi, Nilsson, Björling et Del Monaco pour un gala où les légendes de 1960 chantaient un air à contre-emploi. Ici, un homme en habit de camp, du niveau de cynisme de Faurisson invité par Dieudonné, nous présente un film tourné dans le « camp modèle » en 1944, avec l’obligation d’être ému et de se souvenir. Au diable donc les problèmes du présent, tout comme la légitimité à vouloir se divertir ; il faudra pleurer, malgré le livret et la musique.

    L’Orchestre-Atelier Ostinato est réduit pour cette version de Didier Puntos à sept musiciens : un piano, un quatuor à cordes, une flûte et une clarinette, nomenclature pas toujours gracieuse, mais les jeunes instrumentistes sous la battue attentive de Fayçal Karoui ne manquent ni de dynamisme ni de rigueur dans leur ternaire. Le Chœur Unakanti renforce les ensembles, et fournit le rôle d’Ida, tenu par une Albane Bocquillon à reprendre quant à la prosodie des textes parlés.

    Pour les rôles principaux, les artistes de l’Académie de l’Opéra de Paris se sont divisés en deux distributions. Ce soir, Rosalinde est l’artiste confirmée Adriana Gonzalez, d’une ligne de chant déjà très maîtrisée. Adèle revient à la jeune Liubov Medvedeva, à l’accent russe charmant autant sur les textes parlés en français que chantés en allemand, avec une belle innocence pour développer son premier air. Farrah El Dibany campe un Prince Orlofsky de stature, d’une projection claire pour un timbre bien posé dans le médium.

    L’Alfred de Jean-François Marras complète avec brio le cast, bien qu’il ne cherche pas le contre-mi que sa maîtresse lui prête après sa première scène. Tiago Matos pour Frank comme Danylo Matviienko pour Falke réussissent également leurs entrées, et l’on a gardé pour la fin le chanteur le plus marquant. Timothée Varon dynamise ses scènes et hausse par son charisme le niveau global autour de lui. Espérons qu’il aura bientôt d’autres rôles à porter qu’Eisenstein, afin de le revoir sur d’autres scènes très rapidement !




    MC93, Bobigny
    Le 20/03/2019
    Vincent GUILLEMIN

    Nouvelle production de La Chauve-souris de Strauss dans une mise en scène de Célie Pauthe et sous la direction de Fayçal Karaoui à la MC93 Bobigny.
    Johann Strauss II (1825-1899)
    Die Fledermaus, opérette en trois actes (1874)
    Livret de Richard Genée & Karl Haffner d'après Le Réveillon de Henri Meilhac et Ludovic Halévy

    Version de chambre pour sept instruments de Didier Puntos

    Académie de l’Opéra national de Paris
    Orchestre-Atelier Ostinato
    Chœur Unikanti
    direction : Fayçal Karoui
    mise en scène : Célie Pauthe
    scénographie : Guillaume Delaveau
    costumes : Anaïs Romand

    Avec :
    Timothée Varon (Gabriel von Eisenstein), Adriana Gonzalez (Rosalinde), Liubov Medvedeva (Adèle), Jean-François Marras (Alfred), Danylo Matviienko (Dr Falke), Tiago Matos (Frank), Farrah El Dibany (Prince Orlofsky), Albane Bocquillon (Ida), Charlie Guillemin (Blind), Gilles Ostrowsky (Frosch).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com