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CRITIQUES DE CONCERTS 25 juin 2019

Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Daniel Harding, avec la participation du pianiste Kristian Bezuidenhout à la Philharmonie de Paris.

La carpe et le lapin
© Julian Hargreaves

Drôle de mariage entre Mozart et Mahler, qui se nuisent l’un l’autre dans ce programme fleuve de l’Orchestre de Paris, généreux jusqu’à la crise de foie tant ni le Concerto pour piano n° 22 ni la Symphonie n° 7 de Mahler ne gagnent à se côtoyer. Même si ce dernier l’emporte nettement, après un premier mouvement dispersé par excès de yo-yo.
 

Philharmonie, Paris
Le 03/04/2019
Yannick MILLON
 



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  • La gĂ©nĂ©rositĂ©, y compris chez les programmateurs, est Ă©videmment une qualitĂ©, et d’aucuns penseront qu’il vaut mieux trop que pas assez, mais on se pose la question face Ă  ce concert de l’Orchestre de Paris oĂą la Symphonie n° 7 de Mahler, partition ardue, Ă©puisante, qui se suffit largement Ă  elle-mĂŞme, Ă©tait prĂ©cĂ©dĂ©e du Concerto n° 22 de Mozart. Pari risquĂ© tant les deux Ĺ“uvres, gĂ©niales l’une comme l’autre, sont des mondes Ă  part, et d’autant que le concert dĂ©bute Ă  20h30.

    D’autant que Kristian Bezuidenhout, glorieux pianofortiste, ne parvient à tirer qu’une seule couleur, assez pâle, de son Steinway, abusant de la pédale dans une acoustique enrobant par trop les contours de l’orchestre, mécanique dans ses notes répétées et approximatif dans ses traits. Il faut dire que la battue de Daniel Harding, soucieux d’avancée, jusqu’à une volonté légitime de ne pas transformer l’Andante central en Adagio, frôle souvent la raideur, et impose un tel carcan que dès qu’il bat à la blanche pour assouplir, les phrasés des cordes se relâchent.

    On trouvera quelques bouffĂ©es d’ambiguĂŻtĂ© mozartienne grâce aux bois de l’Orchestre de Paris, dans la flĂ»te diaphane de Vicens Prats et la clarinette plus verte que de coutume de Pascal Moraguès, tandis qu’une grâce un peu univoque l’emporte ici sur le Sturm und Drang et les arrière-plans dignes des Noces de Figaro de cette partition sublime, dont le mouvement lent avait fait dire Ă  Messiaen : « on y voit Ă©voluer toutes les contradictions que peut susciter l’idĂ©e de la mort. Â» En bis, le pianiste australien trouve une belle intĂ©rioritĂ© dans l’Allemande de la rare Suite KV 399.

    Malgré un orchestre d’une redoutable définition, d’une patte mahlérienne très crédible, le premier mouvement de la Septième de Mahler ne prend pas non plus, trop dispersé dans les tentatives du chef britannique de suraccentuer les contrastes de tempo, de montrer les coutures, la cuisine interne du compositeur, échouant à insuffler de l’unité à un mouvement écartelé entre accélérations et freinages. Reste que Harding n’est ni le premier ni le dernier à se prendre les pieds dans ce qui reste sans doute la plus redoutable symphonie du corpus mahlérien.

    D’autant que la situation s’améliore significativement dès la première Nachtmusik, riche de mille climats, aux cloches de troupeau magiques, à peine audibles dans le lointain, à la respiration nocturne idoine, aux teintes sécessionnistes, au mélange d’expressivité romantique et d’alliages sonores captivants, retrouvés en miroir dans la seconde, où guitare et mandoline, près des harpes, apportent une touche subtile, après un Schattenhaft capricieux et impalpable, porte d’entrée dans la modernité.

    On est tout aussi convaincu par le si controversé Finale, mené tambour battant dès les foucades initiales d’un timbalier survolté, qui ne lâche pas la bride une seule seconde, brillant mais jamais racoleur, puissant sans excès, d’une joie solaire qui avait déjà fait in loco la réussite de la Cinquième de Harding, magnifique conclusion d’une exécution mal entamée, dans une soirée d’orchestre tenant du mariage de la carpe et du lapin.




    Philharmonie, Paris
    Le 03/04/2019
    Yannick MILLON

    Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Daniel Harding, avec la participation du pianiste Kristian Bezuidenhout à la Philharmonie de Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Concerto pour piano n° 22 en mib majeur KV 482
    Kristian Bezuidenhout, piano
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n° 7 en mi mineur
    Orchestre de Paris
    direction : Daniel Harding

     


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