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CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2019

Nouvelle production du Freischütz de Weber dans une mise en scène de Jossi Wieler et Sergio Morabito et sous la direction de Patrick Lange à l’Opéra national du Rhin.

Retour au Singspiel
© Klara Beck

À Strasbourg, les dynamiteurs Jossi Wieler et Sergio Morabito, tout en technologisant son message, ramènent Le Freischütz aux racines du Singspiel, sans avoir peur du comique ou du cocasse, face à une belle distribution portée par la direction inspirée et fervente de Patrick Lange, qui transcende l’Orchestre symphonique de Mulhouse.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 20/04/2019
Yannick MILLON
 



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  • Mythique dans la sphère germanique, Le FreischĂĽtz n’a guère les faveurs des maisons d’opĂ©ra de par chez nous. On saluera d’autant plus la volontĂ© d’Eva Kleinitz, directrice de l’OpĂ©ra du Rhin, d’avoir proposĂ© aux trublions Wieler et Morabito de s’attaquer Ă  cette lĂ©gende de l’opĂ©ra romantique. Le fameux tandem tente ici le grand Ă©cart, en cherchant Ă  la fois Ă  contemporanĂ©iser le message de l’œuvre Ă  une Ă©poque oĂą les armes technologiques se multiplient, et Ă  retourner aux racines tragicomiques du Singspiel.

    Pour symboliser Samiel, suppôt du diable, leur mise en scène fera donc appel à un drone, objet high-tech vite détourné de la photographie civile au profit de l’aviation militaire, dans un monde où l’on ne cesse de jouer à se tirer dessus, depuis une partie a priori anodine de paint-ball jusqu’aux frappes aériennes chirurgicales, avec des références à l’univers du manga (Naruto) et du comic (Venom) dans les costumes ou les toiles, tout en réussissant toujours à se raccrocher à l’intrigue quant aux situations – la Gorge aux Loups et ses décors en carton-pâte, où des apparitions du fantôme de la mère de Max ou d’un cheval happé dans les cintres sont particulièrement réussies.

    Et pourtant le spectacle revient aux racines du Singspiel, en assumant le comique, avec la maison de poupée et la chambre très girly d’une Agathe entourée de peluches, qui confond dans l’obscurité son promis avec un énorme sanglier après s’être vraiment pris le tableau de son aïeul sur la tête, un chœur des chasseurs en désopilante chorégraphie Men in black versus princesses-pom-pom girls, un Kilian en idiot du village extra-lucide et un Max anti-héros. Et si une vraie cohérence manque parfois – quid des dialogues débités à la moulinette, recto tono ? –, la curiosité reste en éveil tout au long de cette relecture.

    © Klara Beck

    Le ciment du spectacle est assuré par la direction inspirée de Patrick Lange, qui transcende l’Orchestre symphonique de Mulhouse en suggérant mille climats dès une ouverture laissant entrevoir Schumann, puis dans des épisodes de caractère enracinés dans La Flûte enchantée, L’Enlèvement au sérail (la scène de Kaspar, voisin d’Osmin) ou la ferveur de La Création de Haydn dans la scène finale. Le geste contrasté du chef allemand, n’ayant peur ni de l’élégie (les plages de respiration du violoncelle du deuxième air d’Agathe) ni du théâtre plus électrique, permet au chœur (qui a semble-t-il réglé sa synchronisation depuis la première) et au plateau de donner leur meilleur.

    Plutôt que les formats XXL de plus en plus entendus dans l’ouvrage, des voix à taille humaine ont été préférées pour les murs de l’Opéra de Strasbourg. Peu à l’aise avec l’allemand et en rien colossal, le Max de Jussi Myllis sait élégamment alléger et user des résonances de tête. L’Agathe de Lenneke Ruiten fait briller un très joli médium pourvu qu’elle ne cherche pas trop la largeur, et émeut dans les sons filés suspendus de sa cavatine, face à l’Ännchen piquante de Josefin Feiler, qui gagnerait à soigner son legato.

    Un Kuno clair et mordant (Frank van Hove), un Kaspar seulement pris en défaut sur les aigus sportifs du rôle (David Steffens), un Kilian très engagé (Jean-Christophe Fillol) sont rejoints par l’Ermite sans aura de Roman Polisadov, impressionnant seulement de décibels, d’un chant primaire au regard d’un tel entourage.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 20/04/2019
    Yannick MILLON

    Nouvelle production du Freischütz de Weber dans une mise en scène de Jossi Wieler et Sergio Morabito et sous la direction de Patrick Lange à l’Opéra national du Rhin.
    Carl Maria von Weber (1786-1837)
    Der FreischĂĽtz, Singspiel en trois actes (1821)
    Livret de Johann Friedrich Kind

    Coproduction avec La Monnaie de Bruxelles et le Staatstheater de Nuremberg

    Chœurs de l’Opéra national du Rhin
    Orchestre symphonique de Mulhouse
    direction : Patrick Lange
    mise en scène : Jossi Wieler & Sergio Morabito
    décors & costumes : Nina von Mechow
    peintures : Alekos Hofstetter
    éclairages & vidéo : Voxi Bärenklau
    préparation des chœurs : Alessandro Zuppardo & Christoph Heil

    Avec :
    Lenneke Ruiten (Agathe), Josefin Feiler (Ännchen), Jussi Myllis (Max), David Steffens (Kaspar), Frank van Hove (Kuno), Jean-Christophe Fillol (Kilian), Ashley David Prewett (Ottokar), Roman Polisadov (l’Ermite), Nathalie Gaudefroy, Dilan Ayata (Demoiselles d’honneur).

     



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