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CRITIQUES DE CONCERTS 24 juin 2019

Nouvelle production de Lessons in Love and Violence de George Benjamin dans une mise en scène de Katie Mitchell et sous la direction d’Alexandre Bloch à l'Opéra de Lyon.

Une tragédie du pouvoir
© Bertrand Stofleth

Après Londres, Amsterdam et Hambourg, le nouvel opéra de George Benjamin connaît sa création française à Lyon. Cette tragédie aussi bien politique que psychologique trouve dans Stéphane Degout un interprète de premier plan. La direction très affirmée d'Alexandre Bloch propose une alternative intéressante à Kent Nagano et le compositeur en personne.
 

Opéra national, Lyon
Le 20/05/2019
David VERDIER
 



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  • Pour leur troisième collaboration, George Benjamin et Martin Crimp retournent Ă  un sujet mĂ©diĂ©val – une adaptation de la tragĂ©die de Christopher Marlowe The Troublesome Reign and Lamentable Death of Edward the Second, King of England, with the Tragical Fall of Proud Mortimer. Au dĂ©part de l'intrigue se trouve le roi d'Angleterre Edouard II, nĂ©gligeant son Ă©pouse la Reine Isabelle de France pour un jeune homme dĂ©nommĂ© Pierre de Gaveston. Ce que les historiens n'ont jamais pu dĂ©montrer, la pièce et le livret de l'opĂ©ra en font le fil rouge, Ă  savoir : la relation homosexuelle qui unissait le roi au chevalier et, par symĂ©trie, la relation adultère d'Isabelle avec Mortimer.

    La mise en scène de Katie Mitchell transpose dans la modernité ripolinée d'un pouvoir politique qui ne survit que grâce à une façade officielle. La variation subtile des décors de Vicki Mortimer ne peut faire oublier que l'action se déroule dans le huis-clos d'un seul et même palais. Le rideau qui se baisse à chaque interlude musical se relève sur une pièce vue sous un autre angle. Le marqueur le plus visible de ce décor psychologique est l'immense aquarium qui trône au milieu du salon, dans lequel circulent des poissons exotiques.

    Au fur et à mesure de la soirée, l'aquarium se vide, les poissons et le beau corail multicolore finissent par mourir, illustration littérale du pouvoir d'Edouard qui se délite. On n'échappera pas aux désormais fameux effets de ralenti qui signent les productions de Katie Mitchell. Ni la musique de George Benjamin, ni le livret de Martin Crimp ne cherchent à psychologiser une relation au pouvoir qui est donnée à voir telle quelle, dans un décor qui irait comme un gant à une pièce montée par Ivo van Hove.

    Les enfants du couple royal sont les vraies victimes de la tragédie conjugale qui se joue sous leurs yeux. Réduit à de simples noms (le Garçon puis Le Jeune roi, la Fille), ils sont les jouets d'une lutte pour le pouvoir que mène leur père, puis l'intrigant Mortimer. Seul le fils du roi aura droit à la parole chantée ; sa sœur est réduite à un emploi que Mitchell fait exister au-delà de sa qualité de rôle muet.

    Le cast offre une remarquable galerie de portraits très contrastés mais le triomphateur de la soirée s'appelle Stéphane Degout, royal Edouard II. La voix habite de bout en bout un personnage qui passe de la grandeur à la fragilité. On retrouve ici un chant subtil, en adéquation parfaite avec une écriture musicale extrêmement variée qui met en valeur le timbre comme élément de couleur et de sens.

    Face à lui, l'Isabel de Giorgia Jarman ne manque pas d'atouts et déploie une ligne très souple, avec des aigus marqués qui ne peuvent toutefois faire oublier la créatrice du rôle, Barbara Hannigan. Le Mortimer de Peter Hoare rappelle furieusement le sarcastique Desportes dans Les Soldats de Zimmermann. L'incarnation joue sur la veulerie et l'opportunisme d'un personnage qui finira par se retourner contre lui. Le Gaveston de Gyula Orendt est parfait d'élégance de bout en bout, avec un soin dans les changements de registres qui séduit durablement.

    Alexandre Bloch dirige l'Orchestre de l'Opéra de Lyon avec une fougue et une énergie très différentes des options choisies par George Benjamin à la création. Même si le jeune chef a tendance à éclater le cadre dans des interludes où il semble chercher à tirer la couverture à lui, le matériau instrumental est mis en valeur avec une probité du geste et des intentions qui imprime à la partition une lisibilité parfaite.




    Opéra national, Lyon
    Le 20/05/2019
    David VERDIER

    Nouvelle production de Lessons in Love and Violence de George Benjamin dans une mise en scène de Katie Mitchell et sous la direction d’Alexandre Bloch à l'Opéra de Lyon.
    George Benjamin (*1960)
    Lessons in Love and Violence, opéra en deux parties et sept scènes (2018)
    Livret de Martin Crimp d'après Edouard II de Christopher Marlowe

    Orchestre de l’Opéra de Lyon
    direction : Alexandre Bloch
    mise en scène : Katie Mitchell
    décors & costumes : Vicki Mortimer
    Ă©clairages : James Farncombe
    mouvements : Joseph Alford

    Avec :
    Stéphane Degout (Le Roi), Georgia Jarman (Isabelle), Gyula Orendt (Gaveston, L’Étranger), Peter Hoare (Mortimer), Samuel Boden (Le Garçon, Le Jeune Roi), Hannah Sawle (Témoin 1, Chanteuse 1, Femme 1), Katherine Aitken (Témoin 2, Chanteuse 2, Femme 2), Andri Björn Róbertsson (Témoin 3, Fou), Ocean Barrington-Cook (la Fille).

     



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