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CRITIQUES DE CONCERTS 20 aoűt 2019

Les Larmes de saint Pierre de Lassus mises en scène par Peter Sellars et sous la direction de Grant Gershon à la Philharmonie de Paris.

La preuve par trois
© Vincent Guillemin

Mises en espace par Peter Sellars sur la scène de la Philharmonie, Les Larmes de saint Pierre de Roland de Lassus perturbent d’abord par le besoin de mettre en images un matériau religieux pourtant statique, avant de convaincre par la qualité de la réalisation, grâce au travail exemplaire du Los Angeles Master Chorale dirigé par Grant Gershon.
 

Philharmonie, Paris
Le 27/05/2019
Vincent GUILLEMIN
 



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    Peter Sellars a toujours lui aussi cherché à faire bouger la musique. Mais s’il convainc depuis plusieurs années avec ses mises en espace d’opéras dirigés par Simon Rattle – le prochain étant prévu pour la première fois à la Philharmonie de Paris début juillet –, mettre en images des madrigaux prête plus à discussion, surtout en Europe, où le rapport à la musique classique, et tout particulièrement à la musique ancienne, est beaucoup plus réactionnaire qu’aux États-Unis.

    Aussi le chef-d’œuvre du dernier Lassus, écrit au crépuscule de sa vie, se voit-il transposé sur scène par vingt-et-un chanteurs en mouvement. Les Larmes de saint Pierre est pourtant une œuvre d’église, écrite pour sept voix, ici triplées pour donner plus de corps à la partition. Et si l’on s’avoue d’abord quelque peu réfractaire à une proposition qui s’annonce comme un cours de Yoga sur fond de musique sacrée, le spectacle finit par nous conquérir.

    Les vingt-et-un madrigaux (trois groupes de sept) d’après le poème de Luigi Transillo, se voient donc d’abord mis en image sur scène, par des chanteurs tous en costumes gris dont les mouvements suivent le texte. Ils tendent les mains au ciel quand on s’adresse à Dieu, tendent les bras à l’horizontale quand on parle d’arc, et passent les doigts sur les yeux lorsqu’on décrit les larmes.

    Vingt-et-une chaises sont disposées en un demi-arc de cercle, trois fois trois à jardin et trois fois quatre à cour. Elles ne serviront qu’à la dernière partie du cycle, après une heure, lorsque l’on quitte les larmes terrestres pour passer dans la partie céleste. Et si cette proposition finit par attirer, c’est parce que depuis le commencement, le Los Angeles Master Chorale magnifie le texte.

    L’ensemble fait parfois preuve de trop de littéralité et perd donc en spiritualité, comme le souhaite la proposition scénique. Mais on reste impressionné par la capacité des chanteurs à tenir une heure vingt sans partition, dans différentes positions et sans jamais chercher à énoncer toujours face au public. Malgré cela et l’acoustique de la Philharmonie plus difficile pour les voix que pour les orchestres, chaque phrase de chaque groupe est toujours audible, jamais noyée ni effacée.

    Grant Gershon agence le tout soit face, soit derrière le groupe, toujours très concentré, patient lors des quelques toux quand les artistes se repositionnent et affichent un léger relâchement, à même de donner un peu de liberté à certains auditeurs. Entre chaque madrigal, il siffle la note de départ pour ne jamais perdre la justesse du groupe, superbe jusqu’au dernier texte, où Jésus lui-même s’exprime, en latin et plus en italien, pour exprimer une souffrance bien réelle dans ses Lagrime di San Pietro.




    Philharmonie, Paris
    Le 27/05/2019
    Vincent GUILLEMIN

    Les Larmes de saint Pierre de Lassus mises en scène par Peter Sellars et sous la direction de Grant Gershon à la Philharmonie de Paris.
    Roland de Lassus (1532-1594)
    Lagrime di San Pietro
    Los Angeles Master Chorale
    direction : Grant Gershon
    mise en scène : Peter Sellars
    Ă©clairages : James F. Ingalls
    costumes : Danielle Domingue Sumi

     


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