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CRITIQUES DE CONCERTS 17 septembre 2019

Nouvelle production de Don Giovanni de Mozart dans une mise en scène d’Ivo van Hove et sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.

Esprit d'escalier
© Charles Duprat

Retour de Don Giovanni à Garnier dans une vision très grise et très moralisante signée Ivo van Hove. Le décor est au diapason avec une dramaturgie au point mort, même si quelques individualités sauvent en partie le plateau. L'ensemble ne rattrape pas la faible portée d'une réflexion scénique en-deçà de la production Haneke.
 

Palais Garnier, Paris
Le 16/06/2019
David VERDIER
 



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  • Avait-on vraiment besoin d'une nouvelle production de Don Giovanni ? La question peut lĂ©gitimement se poser Ă  l'issue de cette grise soirĂ©e sans enthousiasme. On connaĂ®t le talent d'Ivo van Hove pour mettre en scène les mĂ©canismes et intrications du pouvoir politique et Ă©conomique. La note d'intention ne laisse pourtant guère de doutes sur la conception de son personnage. Il tourne le dos aux metteurs en scène qui voyaient dans Don Giovanni une facette de cette RĂ©volution contemporaine de l'Ĺ“uvre.

    Le séducteur de Séville représente l'archétype de la noblesse de l'Ancien régime, la figure à abattre du point de vue des paysans et roturiers qui gravitent autour de lui. C'était peut-être trop présumer du livret de Da Ponte qui se borne benoîtement à évoquer un grand seigneur méchant homme, dont le libertinage est déjà en lui-même une atteinte à l'équilibre social et politique de son époque.

    Un malheur n'arrivant jamais seul, la transposition dans un univers contemporain fait surgir des incohérences qui font amèrement regretter la production Haneke et l'idée d'associer le prédateur moderne à l'univers de la finance. Les décors de Christoph Kanter donnaient sens à ce personnage, pur produit d'une spéculation économique autant que sexuelle. Avec le chantier en béton de Jan Versweyveld, on hésite entre plusieurs pistes : promoteur immobilier, grisaille métaphorique ? Les trois éléments pivotent sur eux-mêmes sans vraiment apporter d'informations, hormis le fait qu'on reconnaisse l'ébauche du célèbre balcon au II, comme un chantier en cours de construction.

    Au fil du spectacle, la révolte gronde mais ce n'est pas le poing levé des paysans de Masetto qui suffira à nous impressionner. Van Hove montre une société où le complet-cravate fait office d'instrument de domination, comme le prouve l'ascendant du maître sur le valet – par ailleurs couple très proche sur le plan visuel. L'ode à la Libertà que le libertin lance à tue-tête est compatible avec les valeurs du néo-libéralisme que le personnage semble incarner. Cette vision platement manichéenne culmine dans un dernier repas où l'inconduite et l'immoralité caractérisent l'animal sexuel saisi sous son jour le plus déplaisant.

    Le plateau nous tire – en partie seulement – de cette torpeur intellectuelle, avec un duo Étienne Dupuis-Philippe Sly qui fonctionne par intermittence : le premier assez banal de ligne et prisonnier d'un médium restreint et des demi-teintes pas toujours séduisantes, le second plus crédible scéniquement mais inférieur en Leporello à sa prestation aixoise dans le rôle-titre. Stanislas de Barbeyrac écrase Il mio tesoro avec une émission et un caractère qui appellent désormais des rôles de plus grande ampleur.

    Constat inverse pour la Zerlina d'Elsa Dreisig, un brin trop fluette pour imprimer au rôle des couleurs et un abattage adéquats. Avec une direction d'acteur réduite à la portion congrue, Jacquelyn Wagner n'a guère à offrir à Donna Anna que tenue assez droite et aigus forcés tandis que le Masetto de Mikhail Timoshenko disparaît trop souvent dans le grave. Le Commandeur de Ain Anger vibre avec une belle densité mais c'est finalement Nicole Car qui tire brillamment son épingle du jeu en Donna Elvira, grâce à un volume et un sens du phrasé remarquables.

    Philippe Jordan tient la bride haute à un orchestre qui file tout droit sans surprise ni émotions. Irréprochable et quasi sans scories, cette direction parvient à bon port, à l'exception de quelques décalages dans le septuor et l'énigmatique chorégraphie des paysans à la fin du I.




    Palais Garnier, Paris
    Le 16/06/2019
    David VERDIER

    Nouvelle production de Don Giovanni de Mozart dans une mise en scène d’Ivo van Hove et sous la direction de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes (1787)
    Livret de Lorenzo da Ponte

    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène : Ivo van Hove
    décors & éclairages : Jan Versweyveld
    costumes : An D’Huys
    vidéo : Christopher Ash
    préparation des chœurs : Alessandro Di Stefano

    Avec :
    Étienne Dupuis (Don Giovanni), Ain Anger (Il Commendatore), Jacquelyn Wagner (Donna Anna), Stanislas de Barbeyrac (Don Ottavio), Nicole Car (Donna Elvira), Philippe Sly (Leporello), Mikhail Timoshenko (Masetto).

     



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