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CRITIQUES DE CONCERTS 09 décembre 2019

Nouvelle production de Don Giovanni de Mozart dans une mise en sc√®ne de Marie-√ąve Signeyrole et sous la direction de Andreas Spering √† l'Op√©ra national du Rhin.

Le corps défendu
© Klara Beck

Abondance de Mozart ne nuit pas‚Ķ Apr√®s le Don Giovanni insipide sign√© Ivo van Hove √† Garnier, Marie-√ąve Signeyrole livre √† Strasbourg une version qui pr√©sente au moins le m√©rite d'oser sortir des sentiers battus. Le retrait de Christian Curnyn laisse au chef Andreas Spering les r√™nes d'un orchestre qui offre √† un plateau assez moyen un √©crin de premier plan.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 23/06/2019
David VERDIER
 



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  • Le souvenir d'Eva Kleinitz plane sur cette repr√©sentation, la veille d'un hommage rendu par l'Op√©ra du Rhin √† sa directrice emport√©e par la maladie le 30 mai dernier. Au centre de cette production, il y a la notion performance. Avec ce Don Giovanni sign√© Marie-√ąve Signeyrole, le terme prend une acception litt√©rale d'art performatif qui implique directement la notion de corps. Son personnage n'est plus seulement le grand seigneur m√©chant homme de Moli√®re, mais l'incarnation d'un rapport social du d√©sir et de la s√©duction.

    L'introduction est jouée rideau levé, montrant le héros assis passivement sur sa chaise, le regard dans le vide, tandis que se succèdent en face de lui plusieurs femmes ; l'une s'ouvrant les veines, l'autre le dévorant de baisers, sans provoquer de réaction. On filme en direct ce que s'apparente à des pièces à conviction, autant d'objets présents dans la narration.

    En parall√®le, le spectacle est rendu spectaculaire par son interaction salle-sc√®ne, une partie du public pr√©sente aux c√īt√©s des chanteurs et d'autres personnes tir√©es au sort pour participer √† la soir√©e sur une sc√®ne transform√©e pour l'occasion en lieu de performance genre th√©√Ętre de rue ou plateau t√©l√©.

    On √©vite de peu la trivialit√©, gr√Ęce √† l'afflux et √† la qualit√© des r√©f√©rences dans lesquelles s'inscrit la narration. On laissera de c√īt√© le public interpell√© par des com√©diens sur le parvis de l‚ÄôOp√©ra, ou la s√©quence o√Ļ Leporello devenu chauffeur de salle demande aux spectateurs : ¬ę Selon vous, Don Juan est-il coupable ? ¬Ľ

    Le rapport de prédation est traité sur un plan humoristique, avec cette plaie de Donna Elvira poursuivant de ses assiduités son amant infidèle jusqu'à se venger sur une voiture. On admire les angles et le soin des prises de vue dans les captations en temps réel, qui viennent compléter les références cinématographiques (Kazan, Kubrick) surgissant au fil de la soirée.

    Cependant, l'abondance de bonnes intentions ne saurait faire oublier une ligne générale relativement floue qui peine à agréger tous les détails dans une vision dynamique. Chacun se partage en conclusion le corps de Don Giovanni, à coups de fourchette comme pour mieux célébrer l'idée que le donjuanisme est un concept qu'on s'approprie jusqu'à dévorer le personnage, pourtant mort empoisonné.

    Nikolay Borchev est un Don Giovanni bien charpent√© mais le grain de la voix reste relativement neutre et l'√©mission en retrait. Le Leporello de Michael Nagl est mis en valeur par le r√īle de Monsieur Loyal que lui attribue la sc√©nographie. Le timbre mat s'accorde admirablement avec un phras√© au cordeau. Annonc√©e souffrante, Jeanine De Bique dessine une Donna Anna au milieu de lignes h√©riss√©es de tr√©mulations.

    Ana√Įs Yvoz est une Zerlina p√©tulante et color√©e, √† l'inverse du Masetto effac√© et terne de Igor Mostovoi. La Donna Elvira de Sophie Marilley ne s'embarrasse pas de d√©tails et sollicite son instrument dans un aigu tr√®s tendu. Don Ottavio √©chappe en grade partie aux moyens d√©ficients d'Alexander Sprague tandis que le Commandeur trouve en Patrick Bolleire un honn√™te interpr√®te.

    Appelé à la dernière minute pour remplacer Christian Curnyn, Andreas Spering fait mieux que de sauver les meubles, un exploit alors qu'il a rencontré l'orchestre pour la première fois quelques heures avant la représentation. Sa direction met en avant les tempi vifs d'une lecture parfaitement calibrée au drame mozartien.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 23/06/2019
    David VERDIER

    Nouvelle production de Don Giovanni de Mozart dans une mise en sc√®ne de Marie-√ąve Signeyrole et sous la direction de Andreas Spering √† l'Op√©ra national du Rhin.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes (1787)
    Livret de Lorenzo Da Ponte

    ChŇďur de l‚ÄôOp√©ra national du Rhin
    Orchestre philharmonique de Strasbourg
    direction : Andreas Spering
    mise en sc√®ne & conception vid√©o : Marie-√ąve Signeyrole
    cécors : Fabien Teigné
    costumes : Yashi
    éclairages : Nicolas Descoteaux
    vidéo : Yann Philippe
    pr√©paration des chŇďurs : Christoph Heil

    Avec :
    Nikolay Borchev (Don Giovanni), Michael Nagl (Leporello), Jeanine De Bique (Donna Anna), Sophie Marilley (Donna Elvira), Alexander Sprague (Don Ottavio), Ana√Įs Yvoz (Zerlina), Igor Mostovoi (Masetto), Patrick Bolleire (le Commandeur).

     



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