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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2019

Nouvelle production des Indes Galantes de Rameau dans une mise en scène de Clément Cogitore et sous la direction de Leonardo García Alarcón à l’Opéra de Paris.

Les Indes en Italie

Fêter les 350 ans de l’Opéra de Paris à Bastille avec les Indes galantes remises au goût du jour dans une production urbaine, on comprend bien l’idée. Mais au-delà de réserves sur le résultat scénique, les conditions acoustiques sont tout aussi discutables que les options italianisantes du chef pour célébrer le héros de la France dans la Querelle des bouffons.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 03/10/2019
Thomas COUBRONNE
 



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  • ClĂ©ment Cogitore et Bintou DembĂ©lĂ© ont rassemblĂ© une Ă©quipe talentueuse, et il serait injuste de cantonner Ă  un jeunisme de circonstance un projet cohĂ©rent autour des « sauvages Â», qui pense l’altĂ©ritĂ© Ă  travers le prisme du multiculturalisme et de la mixitĂ© sociale.

    Oui mais voilĂ . L’OpĂ©ra de Paris, c’est l’AcadĂ©mie royale de musique. On a choisi Rameau pour la cĂ©lĂ©brer. Et on a choisi l’acoustique de la Bastille. On a choisi Rameau, le chef du « coin du Roi Â», le hĂ©raut de la tragĂ©die lyrique des Français contre l’opĂ©ra des Italiens. Et on a choisi Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn, dont les accointances avec le rĂ©pertoire italien, si elles n’ont rien de suspect en soi, s'avèrent discutables sur plusieurs points, en particulier les cadences effarantes des chanteurs, qui plus sĂ»rement que le hip-hop ont dĂ» faire se trĂ©mousser jusqu'Ă  Lully dans sa tombe.

    Qu’a-t-on à l’arrivée ? Un spectacle terriblement monotone, nouvelle erreur de casting pour les entrées disparates d’un opéra-ballet, supposément spectaculaires et merveilleuses. Lumières de service, scènes blafardes entre CRS et éboueurs, émeutes, zonards, prostituées, avec un petit côté bling-bling encanaillé… Reste bien sûr l’énergie des corps (et des chœurs, malheureusement victimes d’une agogique intempestive), des danseurs fabuleux, et la frénésie collective des Sauvages, irrépressible et grisante.

    Mais on reste très en mal de théâtre, surtout avec cet argument ténu. On voudrait se ressourcer dans le texte, qui fait avec les machines la totalité de ce théâtre littéraire et immobile. En vain : dans l’immense vaisseau de Bastille, les chanteurs ont chaussé leurs bottes de sept-cents décibels, et la déclamation fait partie des victimes collatérales – avec la sensualité de l’agrémentation, les tremblements tout en dureté mécanique.

    Le phrasé dans la musique française est une écriture à la plume : écrasez l’outil sous une main trop lourde, et les déliés disparaissent. C’est tout le problème d’un lieu aussi vaste. Si Sabine Devieilhe n’y perd que peu de souplesse, chant dardé, lumineux mais osant des nuances, que Jodie Devos y déploie un timbre toujours fruité mais parfois cinglant, que Julie Fuchs exhibe un instrument très homogène sur une diction floue au vibrato monocorde, les messieurs sont à la peine.

    Au prix d’attaques par-dessous systĂ©matiques et d’aigus Ă©charpĂ©s dans Valère, Mathias Vidal tire son Ă©pingle du jeu dans un Tacmas touchant, parfaitement intelligible, très stylĂ© haute-contre, assumant brillamment le travesti, avec une Ă©mission directe qui ne lutte pas contre le lieu. Mais que dire de Stanislas de Barbeyrac, en athlète faustien (du moins intelligible) ? Que dire des voyelles fermĂ©es disparues du logiciel d’Alexandre Duhamel, imitant un Bryn Terfel sous testostĂ©rone ? D’un Florian Sempey lui sous stĂ©roĂŻdes, aboyant Adario comme Alberich ? De la dĂ©mission sur la question des « r Â» roulĂ©s, Edwin Crossley-Mercer, aux prises avec un format pourtant idĂ©al, y perdant toute intelligibilitĂ© ?

    Car il s’agit bien de choix : Alarcón se régale avec sa large phalange orchestrale, avec son goût du phrasé long, dans lequel on perd l’ADN de la musique française, le galbe métrique de la danse. On se croirait volontiers chez Haendel, à l’instar de ces corone exotiques, allant chercher le plus improbable contre-ré au faîte d’une gamme tout droit sortie du XIXe. Anniversaire d’un goût douteux, sauf à vouloir célébrer en Rameau la victoire des Italiens sur les Français.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 03/10/2019
    Thomas COUBRONNE

    Nouvelle production des Indes Galantes de Rameau dans une mise en scène de Clément Cogitore et sous la direction de Leonardo García Alarcón à l’Opéra de Paris.
    Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
    Les Indes galantes, opéra-ballet en quatre entrées et un prologue (1735)

    Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
    Chœur de Chambre de Namur
    Cappella Mediterranea
    direction : Leonardo GarcĂ­a AlarcĂłn
    mise en scène : Clément Cogitore
    chorégraphie : Bintou Dembélé
    décors : Alban Ho Van
    costumes : Wojciech Dziedzic
    Ă©clairages : Sylvain Verdet
    préparation des chœurs : Thibaut Lenaerts
    Avec :
    Sabine Devielhe (Hébé / Phani / Zima), Florian Sempey (Bellone / Adario), Jodie Devos (L’Amour / Zaïre), Edwin Crossley-Mercer (Osman / Ali), Julie Fuchs (Emilie / Fatime), Mathias Vidal (Valère / Tacmas), Alexandre Duhamel (Huascar / Don Alvar), Stanislas de Barbeyrac (Don Carlos / Damon).

     


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