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CRITIQUES DE CONCERTS 23 avril 2019

Cycle Debussy à Radio France

Debussy 2000, " Les sons et les parfums
"


Le compositeur esquissé par Rabier

Tout Debussy au studio 104 de Radio France, quelle généreuse idée ! d'autant plus que les artistes choisis pour interpréter les pages de musique de chambre furent d'une telle qualité que soudain l'enchaînement des oeuvres, établis par Dominique Jameux et Jean-Michel Nectoux, conférait comme un éclairage nouveau à celles-ci.
 

Salle Olivier Messiaen - Maison de la Radio, Paris
Le 16/01/2000
Antoine Livio (1931-2001)
 



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  • Concert impressionnant de longueur et de densité que cet ultime de musique de chambre, sous la dénomination " le Dernier Debussy ". Mais on ne saura jamais se plaindre de la longueur d'un tel concert, une fois la décision prise d'accepter un tel cadeau serti des deux livres des Etudes pour piano par Jean-Claude Pennetier. Il est certes trop facile de constater qu'il ressemble de plus en plus au compositeur lui-même, penché sur son clavier, car c'est le jeu, le toucher, ce sens incroyable de l'architecture sonore, de la progression dramatique qui force le respect. Pennetier est des pianistes français d'aujourd'hui un des rares à considérer la musique comme une ascèse : transcendant toutes difficultés, il exalte le piano de l'intérieur avec une belle force de conviction.

    Autre piano, plus intense pour ne pas dire plus extérieur, mais avec des fulgurances et des teintes subtiles, celui où se rejoignent Pierre-Laurent Aimard et Florent Boffard, qui l'un et l'autre furent les grands solistes de l'InterContemporain. Rarement " En blanc et noir " m'a paru à ce point friser la folie, dans le chatoiement et l'exubérance, et même dans la Sérénade. L'entente entre les deux pianistes est un prodige de complicité musicale. Je ne sais pas s'il y eut la même connivence entre Boffard et Marco Rizzi dans la 3e Sonate pour violon et piano (sol mineur), malgré la fusion si intime qu'a obtenue le compositeur entre les deux instruments. Certes, il s'agit là d'un des chef-d'oeuvre de Debussy, où la science des sonorités est comme épurée. Mais j'eusse souhaité un violon plus riche de fantaisie.

    En revanche, la Première Sonate pour violoncelle et piano (ré mineur) fut un haut moment d'émotion. Sans doute parce que Florent Boffard a pris à la lettre l'injonction de Debussy " Que le pianiste n'oublie jamais qu'il ne faut pas lutter contre le violoncelle, mais l'accompagner ". Mais que faire d'autre quand il s'agit du violoncelle de Jean-Guihen Queyras, habité, teinté de cet humour douloureux mais n'ignorant pas ce sarcasme qui demeure l'âme secrète de cette Première Sonate. Florent Boffard n'a-t-il pas ensuite inscrit le meilleur de lui-même dans cette brève " Elégie ", où l'on peut mesurer toute la pudeur et l'intériorité de l'artiste. Cette page fut une riche découverte pour beaucoup.

    Sommet de cet ultime concert de musique de chambre (le concert du 21 novembre avec la participation du baryton François Le Roux étant reporté au 5 mars), les Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé que Jean-Paul Fouchécourt avait souhaité faire précéder (et non suivre) par les trois mélodies de Maurice Ravel. Il est difficile de ne pas succomber au jeu des comparaisons, puisque les deux compositeurs ont opté pour deux poèmes identiques ( " Soupir " et " Placet futile "), Debussy préférant terminer avec l'aérien " Eventail ", alors que Ravel concluait son cycle avec l'inquiétant " Surgi de la croupe et du bond ". Debussy interroge le texte et le structure ; Ravel, fluide et rêveur, jour avec les images, dans les tons de vert. Car voilà bien là cette musique française, dont il n'est pas nécessaire de préciser qu'elle l'est, comme un paysage d'Ile de France. Musique sans passeport, évidente et luxuriante. Jean-Paul Fouchécourt distille les différences avec subtilité et humour. Tout est nuance et couleurs, teintes mallarméennes que les compositeurs expriment à leur convenance et que le chanteur sait rendre avec simplicité.

    Enfin la Deuxième Sonate, pour flûte (Michel Moraguès), alto (Nicolas Bône) et harpe (Isabelle Moretti). Chef-d'oeuvre élégiaque qui, comme tout le concert, date de 1915, et permet à la harpe de rayonner avec cette langueur " affreusement mélancolique ", comme l'écrivait Debussy. Isabelle Moretti est une grande harpe, ignorant le fade et le flou, sachant comme il faut s'interroger sur la pertinence ou l'impertinence d'un son perlé. Avec elle, on passe du rire aux larmes, ou inversement et Debussy ne le disait-il pas " Je ne sais pas si l'on doit en rire ou en pleurer, peut-être les deux. " Avec Isabelle Moretti et ses deux complices, tels deux pierrots au clair de lune ou au clair soleil d' " une belle journée d'été " (Debussy dixit), on demeure suspendu à la musique.

    " Debussy 2000 ", des archives rares pour Radio France, qui vont se compléter avec toute l'oeuvre lyrique et l'oeuvre pour orchestre, concerts à ne pas manquer, comme ce " Pelléas et Mélisande " dirigé par Bernard Haitink, à la tête du National, au Théâtre des Champs-Elysées, les 14 et 16 mars prochains. Et les concerts, que nous annonceront, se succéderont jusqu'au 13 mai, tantôt au Théâtre des Champs Elysées, à l'Auditorium Olivier Messiaen ou à la Salle Pleyel.




    Salle Olivier Messiaen - Maison de la Radio, Paris
    Le 16/01/2000
    Antoine Livio (1931-2001)



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