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CRITIQUES DE CONCERTS 18 février 2020

Nouvelle production de Parsifal de Wagner dans une mise en scène d’Amon Miyamoto et sous la direction de Marko Letonja à l’Opéra national du Rhin.

Sacré Parsifal !
© Klara Beck

Sentiment très mitigé en ressortant de l’Opéra de Strasbourg, face à un nouveau Parsifal ne manquant ni d’audace ni d’idées, mais à la réalisation proche de la parodie, tandis que la musique peine, avant tout pour des raisons acoustiques, à investir les lieux, trop concrète, sans transcendance. Sans compter un plateau peu homogène.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 26/01/2020
Yannick MILLON
 



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  • On ne peut que comprendre les rĂ©serves initiales d’Amon Miyamoto, metteur en scène japonais quasi novice dans le domaine lyrique, invitĂ© Ă  l'OpĂ©ra du Rhin par la regrettĂ©e Eva Kleinitz Ă  monter rien moins que le plus hermĂ©tique drame wagnĂ©rien, parsemĂ© de pièges dramaturgiques autant que de difficultĂ©s culturelles.

    Partant du conflit entre un ado en sweat à capuche et sa mère Herzeleide, jeune veuve harcelée par son employeur (Klingsor) et réduite à se masturber devant la photo de son défunt mari (Amfortas), il campe l’œuvre dans un musée de l’Humanité, entre toiles christiques, galerie de l’évolution (le singe, retour à la nature et avenir de l’Homme), et laboratoire d’histoire naturelle pour la célébration du Graal, où le jeune Parsifal, double mutique de l’adulte chantant, obsédé par la blessure d’Amfortas quand l’autre s’ouvre aux charmes de Kundry, cherche à faire l’expérience de la compassion.

    Seulement, les idées sont tellement mal réalisées, la direction d’acteurs totalement laissée en jachère, que l’on n’est jamais loin de la parodie. Gestuelle surexcitée, escrime grotesque, dégaines dignes des Monty Python soulignées par la contemporanéité du décor, les chevaliers semblent tout droit sortis de Sacré Graal ! Pour ne rien dire de l’espèce de couche culotte d’Amfortas… Ni d’une truculente tentative d’enlèvement du roi maudit en fauteuil roulant par les deux Parsifal, digne de Benny Hill, avec la participation du singe pour couronner le tout !

    Que dire aussi de l’esthétique Matrix des équipes de Klingsor (la sécurité du musée), de l’envol de Kundry dans les cintres, et pire, de son retour en ange semant des plumes immaculées à la scène finale, ou encore de ce Titurel comme tiré du formol au I, puis du barbecue aux funérailles ? Série de maladresses fatales, sans parler du clopinement des choristes estropiés ou des séquences vidéo prétendument inspirées de Terrence Malick, juste dignes de Google Earth ou de fonds d’écran Windows.

    Un prosaïsme insuffisamment contrebalancé par la musique. Car Marko Letonja lutte ici contre une acoustique très mate, qui brutalise les textures fondues du dernier Wagner, et donne une lecture certes enlevée mais trop concrète et sans mystère, où la sonorisation des excellents Chœurs de l’Opéra (doublés de ceux de Dijon, et de la Maîtrise au I) achoppe, où chaque motif sonne trop fort – un Philharmonique de Strasbourg par ailleurs fragile. Et si Wagner avait vu juste dans sa volonté que l’ouvrage ne sortît jamais de la fosse de Bayreuth ?

    Le plateau pourrait lui aussi être plus homogène. Rarement a-on entendu Amfortas aussi indifférent que celui de Markus Marquardt, voix large sans une once de vulnérabilité ou de sentiment, qui pourrait tout aussi bien lire un bail immobilier. Christianne Stotjin, dont on garde le souvenir de bons Rossini, crache les consonnes et prive son émission de toute séduction et stabilité – le II, chaotique au point de devoir shunter ses deux Irre et d’octavier son ultime Geleit.

    En revanche, aucune réserve devant le Klingsor idéal, mordant et très clair, de Simon Bailey, face au Gurnemanz de vraie stature d’Ante Jerkunica, qui, pour plafonner un peu sur ses aigus, n’en délivre pas moins une belle autorité dans des graves très naturels, sans oublier la révélation de Thomas Blondelle en Parsifal éclatant de jeunesse, toujours franc du collier, qui gagnera à moduler l’émission dans un rôle-titre exigeant davantage de nuances.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 26/01/2020
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Parsifal de Wagner dans une mise en scène d’Amon Miyamoto et sous la direction de Marko Letonja à l’Opéra national du Rhin.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, festival scénique sacré (1883)
    Livret du compositeur

    Maîtrise & Chœur de l’Opéra national du Rhin
    Chœur de l’Opéra de Dijon
    Orchestre philharmonique de Strasbourg
    direction : Marko Letonja
    mise en scène : Amon Miyamoto
    décors : Boris Kudlicka
    costumes : Kaspar Glarner
    Ă©clairages : Felice Ross
    vidéo : Bartek Macias
    préparation des chœurs : Alessandro Zuppardo & Luciano Bibiloni

    Avec :
    Markus Marquardt (Amfortas), Konstantin Gorny (Titurel), Ante Jerkunica (Gurnemanz), Thomas Blondelle (Parsifal), Simon Bailey (Klingsor), Christianne Stotjin (Kundry), Moritz Kallenberg (Premier Chevalier du Graal), Gautier Joubert (Deuxième Chevalier du Graal), Michaela Schneider (Premier Écuyer / Sixième Fille-fleur), Claire Péron (Deuxième Écuyer / Cinquième Fille-fleur), Tristan Blanchet (Troisième Écuyer), Thomas Kiechle (Quatrième Écuyer), Francesca Sorteni (Première Fille-fleur), Anaïs Yvoz (Deuxième Fille-fleur), Marta Bauzà (Troisième Fille-fleur), Julie Goussot (Quatrième Fille-fleur), Mathis Spolverato (Parsifal enfant).

     



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