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CRITIQUES DE CONCERTS 10 décembre 2019

Hommage à Leonard Bernstein

Sado crève l'écran
© Eric Sebbag

Dix ans d√©j√† que Leonard Bernstein - Lenny pour les intimes - est parti, et cependant sa musique semble comme neuve quand Yutaka Sado ¬Ė son √©l√®ve - la dirige. M√™me sens de la f√™te, m√™me d√©mesure g√©n√©reuse. En compagnie de l'Orchestre National de France et du pianiste Fazil Say, Sado a ressuscit√© son ma√ģtre le temps d'un concert.

 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 09/11/2000
Eric SEBBAG
 



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  • Dot√© d'un instinct musical presque animal et d'un immense pouvoir de s√©duction, L√©onard Bernstein √©tait un musicien qui vivait la musique plus qu'il ne la jouait. Yutaka Sado, lui, la danse tout entier avec son corps. A-t-on jamais vu un chef faire des bonds d'un demi-m√®tre sur son estrade, onduler comme Mick Jaeger, se casser en deux comme Elvis, faire des pirouettes comme Michael Jackson ? Mais si sa chor√©graphie est en soi un spectacle, ce n'est en rien du cirque car l'humour manifeste et la bonne humeur du Japonais sont aussi spontan√©s que communicatifs. Mais surtout, le National est d'une pr√©cision et d'un √©quilibre comme on ne l'entend avec aucune autre baguette que la sienne.

    Dès On the Waterfront (la musique de Sur les Quais d'Elia Kazan avec Marlon Brando et Eva Marie-Saint), on remarque sa main droite qui mime et épouse les courbes d'un discours musical aussi lyrique qu'impétueux, tandis que la gauche tranche à vif dans la masse orchestrale. Précision, différenciation, relief, contrastes dynamiques extrêmes composent une palette aussi foisonnante qu'il y a d'épisodes narratifs : Sado réinvente le technicolor pour un film tourné en noir & blanc.

    Temps faible du concert, la symphonie The Age of Anxiety n'est sans doute pas le Bernstein le plus inspiré : le style est décousu et marie maladroitement un néo-romantisme nappé de violon avec des épisodes jazzy forçants sur la syncope. On ne peut cependant qu'admirer le brio et la fougue que lui insuffle Fazil Say au piano. Son articulation, sa verve et son phrasé démontrent une autorité et une détermination à sortir le meilleur de cette partition.

    La deuxi√®me partie du programme fait la plus grande place √† l'inspiration jazz de Bernstein. Dans Pr√©lude, Fugue and Riffs - pour clarinette et ensemble de jazz ¬Ė on va pouvoir admirer pleinement le jeu de jambes de Sado. Aucun doute possible, le swing, c'est lui, et il y a probablement longtemps que le vieux Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es ne s'√©tait pas d√©rouill√© comme cela. Dans l'incontournable West Side Story, Sado arbitre manifestement la bagarre rang√©e entre les Jerks et les Sharks, soutient Tony bless√©, exhorte Maria a se sentir am√©ricaine, bref il cr√®ve l'√©cran comme les planches.

    Pour finir, Sado emporte tout le Th√©√Ętre dans un Mambo enfi√©vr√©. Il suffit au chef de se retourner subitement vers le parterre pour que celui-ci subjugu√© hurle le mot magique : Mambo ! . Derni√®re chance de faire partie des parties des choeurs de Sado, ce soir lundi 13.




    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 09/11/2000
    Eric SEBBAG

    Hommage à Leonard Bernstein
    Orchestre National de France
    Yutaka Sado, direction
    Fazil Say, piano
    Berstein : On the Waterfront, Symphonie n¬į2 (The Age of Anxiety), Pr√©lude Fugue and Riffs, West Side Story.

     


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