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CRITIQUES DE CONCERTS 30 novembre 2020

Première française de Traumgörge de Zemlinky dans une mise en scène de Laurent Delvert et sous la direction de Marta Gardolińska à l'Opéra national de Lorraine.

En attendant Görge…
© Jean-Louis Fernandez

L'Opéra de Lorraine ouvre sa saison avec la première française d'un opéra de Zemlinsky. Ce choix courageux de Matthieu Dussouillez intervient dans un moment délicat pour les salles de concert. Pourtant, le spectacle peine à séduire, la beauté irrésistible de la partition se heurtant à un livret bancal et une mise en scène d'un niveau très moyen.
 

Opéra de Lorraine, Nancy
Le 30/09/2020
David VERDIER
 



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  • Der Traumgörge (Görge le rĂŞveur) illustre parfaitement le mot d'Arnold Schoenberg Ă  l'Ă©gard de Zemlinsky : « il ne commencera d'ĂŞtre reconnu comme un maĂ®tre, ce que son talent justifie, que lorsque son librettiste aura su toucher son public. Â» Cette première incursion du compositeur dans l'univers lyrique achoppe sur cet Ă©cueil verbeux et confus signĂ© Leo Feld, qui commettra pour lui trois ans plus tard, un opĂ©ra-comique d'après le roman de Gottfried Keller, Kleider machen Leute (L’habit fait le moine).

    Le livret se noie rapidement sous des strates incohérentes. Görge passe son temps à rêvasser, dévorant des livres auxquels la petite société paysanne violente et illettrée n'a pas accès. Il en oublie Grete, sa fiancée, qui lui préfère au dernier moment ce rustaud de Hans. Görge se marie avec Marei, la fille de l'aubergiste, mais sombre dans l'alcoolisme, toujours à la recherche de la princesse de ses rêves, dissimulée sous les traits de Gertraud – haïe par la population qui voit en elle une sorcière, n'hésitant pas à brûler sa maison. Retournement de situation au III, puisque Görge et Gertraud filent le parfait amour, désormais adulés par les bons paysans qui font amende honorable.

    Commandé par Gustav Mahler en 1905 à l’Opéra de Vienne, l'ouvrage ne sera créé que dans les années 1980. Il faudra sans doute attendre une nouvelle adaptation pour enfin pouvoir apprécier cette œuvre dans de bonnes conditions. La mise en scène de Laurent Delvert reste au milieu du gué, entre carton-pâte et modernisme, distribuant les chanteurs sur un vaste plan incliné que traverse un inutile et bruyant ruisseau. À la stylisation des plateaux coulissant latéralement répond un jeu d'acteurs très conventionnel et des symboles appuyés : le champ de blé, l'incendie et les chaises longues.

    La surprise viendra donc de la fosse, avec cette version retaillée sur mesure par Jan-Benjamin Homolka. Marta Gardolińska dirige un orchestre réduit à une trentaine de musiciens et sonorisés dans les règles de l'art, sans ostentation ni déformation excessive. Le geste vif et détaillé fait remonter à la surface tout un ensemble d'arrière-plans qui achèvent de nous convaincre du formidable talent d'orchestrateur de Zemlinsky. Malgré une chute de tension au II et quelques tunnels au III, la partition déplie des moments d'un précieux lyrisme fin-de-siècle et décadent – entrée de Gertraud ou monologue de Görge au I.

    Le plateau est dominé par l'étonnante sorcière d’Helena Juntunen, capable de rivaliser avec les ambitions wagnériennes de la partition. Les aigus sont calibrés et projetés avec une véhémence qui donne du fil à retordre au Görge de Daniel Brenna, audiblement en difficulté dans ses premières interventions. Le ténor américain ne retrouve un équilibre qu'à mi-parcours, quand la musique s'épanche en un discours amoureux.

    On saluera dans les seconds rôles la piquante Grete de Susanna Hurrel, qui ne fait qu'une bouchée du très terne Allen Boxer (Hans) et du Meunier anecdotique d'Andrew Greenan, ainsi que du Kaspar très contrasté de Wieland Satter, et Aurélie Jarjaye qui donne à Marei les atours vipérins de son personnage. Le Pasteur élégant et sonore d'Igor Gnidii et le Züngl énergique d'Alexander Sprague complètent avec brio une distribution à retrouver à partir du 16 octobre à l'Opéra de Dijon, coproducteur du spectacle.




    Opéra de Lorraine, Nancy
    Le 30/09/2020
    David VERDIER

    Première française de Traumgörge de Zemlinky dans une mise en scène de Laurent Delvert et sous la direction de Marta Gardolińska à l'Opéra national de Lorraine.
    Alexander von Zemlinsky (1871-1942)
    Der Traumgörge, opéra en deux actes avec épilogue
    Livret de Leo Feld

    Chœurs de l’Opéra national de Lorraine et de l’Opéra de Dijon
    Orchestre de l’Opéra national de Lorraine
    direction : Marta Gardolińska
    mise en scène : Laurent Delvert
    décors : Philippine Ordinaire
    costumes : Petra Reinhardt
    Ă©clairages : Nathalie Perrier
    chorégraphie : Sandrine Chapuis
    préparation des chœurs : Anass Issmat & Guillaume Fauchère

    Avec :
    Daniel Brenna (Görge), Helena Juntunen (Gertraud / Princesse), Susanna Hurrell (Grete), Andrew Greenan (le Meunier), Igor Gnidii (Le Pasteur / Matthes), Allen Boxer (Hans), Alexander Sprague (Züngl), Wieland Satter (Kaspar), Aurélie Jarjaye (Marei), Kaëlig Boché (l’Aubergiste), Amandine Ammirati (la Femme de l’Aubergiste).

     



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