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CRITIQUES DE CONCERTS 19 septembre 2021

Création française de l’opéra Denis & Katya de Philip Venables, dans une mise en scène de Ted Huffman au Festival Radio France Occitanie Montpellier 2021.

Montpellier 2021 (5) :
Un drame d’aujourd’hui

© Marc Ginot

Deuxième opéra du Britannique Philip Venables après l’excellent 4.48 Psychosis, Denis & Katya bénéficie encore une fois du livret et de la mise en scène de son proche collaborateur Ted Huffman, et au festival de Montpellier 2021 de l’excellent quatuor de violoncelles en plus de l’implication du couple de chanteurs Chloé Briot-Elliot Madore.
 

Opéra Berlioz - Le Corum, Montpellier
Le 26/07/2021
Vincent GUILLEMIN
 



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  • Après la rĂ©ception chaleureuse de 4.48 Psychosis, Philip Venables et Ted Huffman ont cherchĂ© un nouveau projet, validĂ© Ă  la suite d’un article sponsorisĂ© sur le fil Facebook du librettiste. Ainsi naissait Denis & Katya, d’après le drame rĂ©el d’un couple d’adolescents russes mĂ©diatisĂ© sur les rĂ©seaux sociaux.

    En 2016, deux jeunes de quinze ans, Denis Muravyov et Katya Viasova, se barricadent dans la datcha du beau-père de la jeune fille. Ils boivent, découvrent des armes, puis tirent sur les parents venus les chercher et sur les policiers. Tout n’aurait pu rester qu’à l’état de brève dans un journal régional, mais ils filment leurs actes et les publient sur Periscope, site qui permet de partager des vidéos en temps réel, de plus en plus suivies à mesure que la tragédie s’épaissit. La fin mystérieuse, à la russe, fait état d’un double-suicide, thèse la plus communément admise.

    De cette histoire profondément contemporaine, marquée par le voyeurisme de notre société, Venables et Huffman ont tiré un opéra d’une heure dix, voulu comme une pièce ultra-chambriste, exportable dans presque n’importe quel lieu. Dans la grande salle de l’Opéra de Montpellier ne se trouvent donc que quatre violoncelles sur scène, d’autant plus excellents que malgré les déboires de l’un d’eux pour obtenir une oreillette – il n’y a pas de chef pour ordonner le tout –, leur prestation lors de cette première est impeccable quant au rythme comme dans le soutien émotionnel et dramaturgique nécessaire aux chanteurs.

    Un grand carré blanc délimite l’action, un instrumentiste à chaque coin, la partition sur un iPad éteint lors de deux moments de noir, un grand écran à l’arrière, où sont projetés façon didascalies les échanges Whatsapp du compositeur et du librettiste qui ont servi à créer le projet. Une idée qui ajoute de directivité par rapport à l’opéra, mais qui sera sans doute éliminée ou traitée différemment pour les prochaines productions par des artistes indépendants. L’écran sert également à projeter les vidéos de Pierre Martin, dont principalement un départ en train extrêmement réaliste, dans une région dévastée où la pauvreté crée un terreau fertile à l’alcoolisme et à la perte de repères d’une jeunesse dont plus de la moitié des femmes admettent penser à la prostitution.

    Musicalement, l’écriture se définit par l’utilisation parfois groupée et souvent différenciée des quatre instruments identiques ainsi que par un traitement qui n’est pas sans rappeler Chostakovitch ou Janáček par la nervosité du flux dramatique. Les violoncelles sont donc souvent ensemble pour donner de la dynamique ou créer du stress par stridulation, et à d’autres moments utilisés comme des violes, notamment dans le lamento final.

    Des deux chanteurs en scène, on comprend presque tout, car si Denis et Katya ne sont jamais vraiment représentés, l’opéra est fait pour être traduit dans la langue du pays où il est joué, sauf les parties purement russes, chantées par l’un mais récitées en français par l’autre. On trouve donc le Journaliste, parlé par Elliot Madore et chanté par une Chloé Briot particulièrement souple sur la ligne de chant et étincelante de timbre. Elle parle à l’inverse pour l’Ami du couple, quand Madore chante celui-ci avec la diction moins précise d’un non natif, mais une superbe couleur sur tout son registre de baryton.

    Pour les quatre autres rôles, dont le Professeur ou la Voisine, l’un chante ou parle, ou les deux ensemble, avant que la mort ne reprenne ses droits et n’achève ce nouvel opéra accueilli par de longs applaudissements. Créé en anglais à Philadelphie et bientôt à réentendre en allemand à Hanovre, l’œuvre sera assurément reprise dans de nombreux lieux pendant la décennie à venir.




    Opéra Berlioz - Le Corum, Montpellier
    Le 26/07/2021
    Vincent GUILLEMIN

    Création française de l’opéra Denis & Katya de Philip Venables, dans une mise en scène de Ted Huffman au Festival Radio France Occitanie Montpellier 2021.
    Philip Venables (*1979)
    Denis & Katya, opéra de chambre
    Livret de Ted Huffman
    Traduction française d’Arthur Lavandier et Alphonse Cemin

    Création française

    Chloé Briot (soprano), Elliot Madore (baryton)
    Cyrille Tricoire, Sophie Gonzalez del Camino, Yannick Callier, Camille Supéra (violoncelles)
    mise en scène : Ted Huffamn
    costumes : Millie Hiibel
    décors & éclairages : Andrew Lieberman
    vidéos : Pierre Martin
    Ă©lectronique : Robert Klapowitz, Max Hunter, Simon Hendry

     


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