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CRITIQUES DE CONCERTS 03 décembre 2022

Nouvelle production de Intolleranza 1960 de Nono dans une mise en scène de Jan Lauwers et sous la direction d’Ingo Metzmacher au festival de Salzbourg 2021.

Salzbourg 2021 (8) :
Appel aux consciences

© Maarten Vanden Abeele

Reportée de l’an passé, la production d’Intolleranza 1960 de Nono à Salzbourg est de ces spectacles qui ont forgé la légende du festival autrichien. Non sans défauts dans un certain systématisme d’une approche scénique par ailleurs forte et universelle, la partition fracassante du Vénitien est servie par des forces musicales d’une brutalité inouïe.
 

Felsenreitschule, Salzburg
Le 29/08/2021
Yannick MILLON
 



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  • Le 13 avril 1961 rĂ©sonnait pour la première fois la partition cataclysmique d’Intolleranza 1960 Ă  la Fenice de Venise. PrĂ©vue de longue date, la nouvelle production de Salzbourg, pour le trentième anniversaire de la mort de Nono, avait Ă©tĂ© pensĂ©e par Markus Hinterhäuser comme point culminant des festivitĂ©s du centenaire du festival l’an passĂ©. On connaĂ®t la suite.

    Depuis la mort du compositeur vénitien, Salzbourg est devenu l’un des hauts lieux de la musique de Gigi, et notamment avec la production d’Al gran sole carico d’amore par Katie Mitchell en 2009. Plus immédiat, moins hypnotique et très ancré dans la terrible violence de son époque, Intolleranza n’aura peut-être pas une mise en scène aussi incontestable, mais des moyens musicaux absolument inouïs.

    Tout d’abord, la direction d’Ingo Metzmacher, furieuse, d’une intraitable fermeté dans ses cassures, d’une urgence incomparable dans la compression d’une dramaturgie constamment sur la brèche et proche de l’implosion, en déflagrations crucifiantes, avec un Philharmonique de Vienne aux cuivres incandescents et aux percussions (hors fosse, en deux groupes sur les côtés de la scène du Manège des rochers) fracassantes.

    La distribution est du même top niveau. La palme à la Compagne de l’Émigrant de Sara Maria Sun, qui chante comme si sa vie en dépendait, vibrato fiévreux, souplesse de funambule, aigus fuselés et nuances infinitésimales, et paie comptant en scène, manipulée en défi contre la gravité par deux danseurs.

    L’Émigrant de Sean Panikkar est du même bois, ténor bétonné qui bascule en voix de tête plus fréquemment sans doute que ses prédécesseurs et ouvre une brèche psychologique sur l’humanité de ces vies déchirées par le déracinement. Quant à Anna Maria Chiuri, comme possédée, sa Femme fait oublier un timbre assez ingrat et une vocalité chaotique par des pianissimi somnambuliques absolument fascinants.

    Cet opéra militant qui compile des textes (entre autres) de Brecht, Eluard, Maïakovski et Sartre, souvent donné dans sa traduction allemande, est ici proposé dans l’italien original, véritable défi pour le chœur, moteur principal de l’action, omniprésent et exceptionnel – on regrette seulement que sa première intervention et celle, magnifique, qui clôt la scène 2, soient assez mal sonorisées.

    © Maarten Vanden Abeele

    Ouvrage fondamental sur l’exode, manifeste contre tous les totalitarismes, Intolleranza 1960 n’a rien perdu de la puissance implacable de son appel aux consciences. Le chorégraphe Jan Lauwers a misé sur le socle d’un groupe de danseurs pluriethnique pour figurer tous ceux qui, au cours de leur existence, doivent fuir. Sans autre décor que le mur nu du Manège des rochers, et au sol le titre de l’opéra en lettres géantes, et des costumes intemporels. Ou comment conserver l’universalité du sujet.

    On pourra discuter du côté répétitif et du bruit des déplacements constants qui étouffent un peu la musique, toujours un corps qui tourne ou se contorsionne à un endroit de la scène, au risque d’un surlignage de la partition, et des trop rares moments d’immobilité, d’une certaine complaisance (les cris) dans les scènes de violence physique qui finissent par anesthésier la capacité d’indignation. Qui trop bastonne mal étreint, sans doute, encore que l’acuité sonore insoutenable de la scène de torture vous arrache les tripes.

    Mais certaines images hantent – l’égalité des sexes dans l’horreur, les tortionnaires comptant bien autant de femmes que d’hommes – notamment dans les vidéos en direct et en noir et blanc projetées sur le mur de la Felsenreitschule, d’un immense impact, qui font de la production sans aucun doute le spectacle phare du centenaire de Salzbourg.




    Felsenreitschule, Salzburg
    Le 29/08/2021
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Intolleranza 1960 de Nono dans une mise en scène de Jan Lauwers et sous la direction d’Ingo Metzmacher au festival de Salzbourg 2021.
    Luigi Nono (1924-1990)
    Intolleranza 1960, azione scenica en deux parties (1961)
    Livret du compositeur sur des textes de Henri Alleg, Bertolt Brecht, Paul Éluard, Julius Fučík, Vladimir Maïakovski, Angelo Maria Ripellino et Jean-Paul Sartre. Et le poème The Blind Poet de Jan Lauwers.

    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Wiener Philharmoniker
    direction : Ingo Metzmacher
    mise en scène, décor et vidéo : Jan Lauwers
    costumes : Lot Lemm
    éclairages & vidéo : Ken Hioco
    chorégraphie : Jan Lauwers & Paul Blackman
    préparation des chœurs : Huw Rhys James

    Avec :
    Sean Panikkar (Un emigrante), Sarah Maria Sun (la sua compagna), Anna Marie Chiuri (Una donna), Antonio Yang (Un algerino), Musa Ngqungwana (Un torturato), Victor Afung Lauwers (The Blind Poet), Mirjam Sori Pfeifer & Leah Manning (sopranos), Sung-Im Her, Misha Downey, Yonier Camilo Mejia (acteurs), et les danseurs et danseuses du Bodhi Project et de la Salzburg Experimental Academy of Dance.

     



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