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CRITIQUES DE CONCERTS 05 juillet 2022

Première à l’Opéra de Paris de Wozzeck de Berg dans la mise en scène de William Kentridge, sous la direction de Susanna Mälkki.

Gueules cassées
© Agathe Poupeney

Les images d’une noirceur presque onirique de la mise en scène de William Kentridge forment une illustration spectaculaire d’une vision guerrière des malheurs de Wozzeck. Elles ne vont pas beaucoup plus loin. D’une tout autre profondeur et avec un autre impact, le travail de la cheffe Susanna Mälkki s’impose comme une lecture mémorable.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 16/03/2022
Thomas DESCHAMPS
 



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  • Après Salzbourg, Sidney et le MET, la production William Kentridge de Wozzeck pose son amoncellement chaotique d’estrades, de passerelles et de meubles sur la scène de la Bastille. Mais ce travail est plus celui d’un dessinateur et vidĂ©aste que d’un vrai homme de théâtre. Car c’est la projection animĂ©e de magnifiques fusains de l’artiste sud-africain mixĂ©s Ă  celle de films d’époque qui forment l’essentiel de cette rĂ©alisation situĂ©e pendant la Grande Guerre. Très opportunĂ©ment, l’OpĂ©ra de Paris souligne la sinistre actualitĂ© de ces reprĂ©sentations du fait de la guerre en Ukraine, et les dĂ©die aux victimes de ce conflit meurtrier. Pour autant Wozzeck est-il un opĂ©ra sur la guerre ?

    Certes, le compositeur a été mobilisé sur le front hongrois en 1915 et la pièce de Büchner évoque une société marquée par les guerres napoléoniennes. Mais à ces racines des innombrables traumatismes guerriers, la pièce comme l’opéra élargissent le propos à la société tout entière. Il s’agit donc ici d’un resserrement à l’extrême d’un contexte et d’un sous-texte qui pourrait être beaucoup plus riche. Les images très noires d’une présence incontestable offertes par cette production ont tendance à prendre le dessus sur les mots du livret.

    Enfin, le caractère très répétitif des images, succession de visions macabres, de portraits de gueules cassées, d’explosions et de destructions tournent à la répétition ne tenant presque jamais compte de l’extrême variété de la musique de Berg. Si la scène du meurtre est ratée, si le climax de la Passacaille est bêtement illustré par un obus s’écrasant, il faut reconnaître une très belle réussite : la scène à l’auberge avec ses musiciens sortant d’une armoire. Réussite musicale aussi avec des violoneux, un accordéon savoureux, et un chœur magistral. D’une manière générale, le plateau donne bien des satisfactions à l’exception notable du rôle-titre.

    John Reuter souffre d’une projection limitée et semble confiné par la conception du rôle imposée par Kentridge. Pour autant, son chant n’expose aucun tourment et son explosion de violence paraît autant froide qu’improbable. Face à lui, Eva-Maria Westbroek est la plus lyrique des Marie de notre temps, donnant beaucoup d’émotion aux versets bibliques. Le Tambour-major de John Daszak sonne désagréable mais le personnage n’est qu’une silhouette. Une tout autre dimension est apportée avec le sinistre docteur de Falk Struckmann et surtout le Capitaine insolemment virtuose de Gerhard Siegel.

    La marque de la soirée reste toutefois celle du flamboyant Orchestre de l’Opéra de Paris. Susanna Mälkki tire de la fosse des sonorités fascinantes tout en obtenant des différents pupitres une précision, une clarté et un équilibre rarement entendus dans ces pages. La cheffe ne se limite pas à une direction analytique des formes mais sait aussi atteindre progressivement le tragique inhérent à ce destin.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 16/03/2022
    Thomas DESCHAMPS

    Première à l’Opéra de Paris de Wozzeck de Berg dans la mise en scène de William Kentridge, sous la direction de Susanna Mälkki.
    Alban Berg (1885-1935)
    Wozzeck, opéra en trois actes (1925)
    Livret du compositeur d’après la pièce Woyzeck de Georg Büchner
    Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
    Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Susanna Mälkki
    mise en scène : William Kentridge
    vidéo : Catherine Meyburgh
    décors : Sabine Theunissen
    costumes : Greta Goiris
    éclairages : Urs Schönebaum

    Avec :
    Joahnn Reuter (Wozzeck), John Daszak (le Tambour-major), Tansel Akzeybek (Andrès), Gerhard Siegel (le Capitaine), Falk Struckmann (le Docteur), Mikhail Timoshenko (Premier compagnon), Tobias Westman (Second compagnon), Heinz Göhrig (le Fou), Eva-Maria Westbroek (Marie), Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Margarethe), Vincent Morell (un soldat).

     



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