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CRITIQUES DE CONCERTS 26 mai 2018

Le Viol de Lucrèce de Benjamin Britten à l'Opéra de Lausanne.

Britten n'en a pas ras le viol
© Marc Vanappelghem

Natasha Petrinsky

Perpétrer un viol sur scène devant des centaines de témoins est déjà un sacré défi. Mais s'il s'agit en plus de ne pas condamner, voire justifier, un acte que les lois d'aujourd'hui prohibent, on frise l'obscénité. Et pourtant, ce n'est pas le cas dans la mise en scène distanciée de Stephan Grögler. Un tour de force.
 

Opéra, Lausanne
Le 12/11/2000
Sylvie BONIER
 



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  • Il en faut peu, dans le Viol de Lucrèce de Benjamin Britten, pour sombrer dans la grandiloquence ou la moralisation. Le livret chantourné de Ronald Duncan y pousse naturellement. Le jeune metteur en scène bernois Stephan Grögler ne tombe pas dans ce piège facile. Sa vision de l'opéra de Britten ne s'éloigne jamais d'une délicatesse de traitement toute en subtilité, pour dire que le désir et la violence, unis dans une même étreinte, ne sont pas forcément incompatibles. Que l'horreur d'un geste injustifiable ne se nourrit pas seulement de perversion et que la douleur de la victime rejoint parfois, inconsciemment, les zones d'un inavouable désir. Voilà certes un propos qui n'est pas facile à défendre ! On voit d'ici les féministes brandir leur célèbre "Ras le Viol !".

    Et pourtant, Grögler parvient à convaincre grâce à une efficace distanciation, que l'utilisation d'un "choeur" à l'antique de deux personnages indique déjà dans l'opéra. C'est autour d'un rideau rouge qui serpente à travers la scène que le drame se construit. Doublé d'un voile translucide derrière lequel le destin tragique de Lucrèce devient comme onirique, cet accessoire trace une frontière souple et ténue entre fantasmes en horreur. Un piano, quelques chaises et quatre lumininaires que le couple de commentateurs utilise comme des projecteurs : sur la cage de scène nue et noire, l'action saute à l'oeil comme une vérité crue révélée sans complaisance.

    Remarquable, ce traitement a d'autre part l'avantage de mettre particulièrement en valeur les chanteurs. Ainsi, sur ce formidable décor signé avec Véronique Seymat, Stephan Grögler déploit-il toute la limpidité de la partition. Toute l'ambiguité et les paradoxes que Britten cache derrière une culpabilité rampante aussi.

    Lucrèce à la voix incendiaire, Natascha Petrinsky pare son personnages de vulnérabilités touchant aux limites de la folie. Le plateau, royal, rend hommage à l'opéra de chambre que Jonathan Darlington élargit à des dimensions quasi symphoniques avec les douze musiciens de l'Orchestre de Chambre de Lausanne. Donald Kaasch et Emma Bell, choreutes exceptionnels, Clive Bayley (Collatinus ample), Ashley Holland (Junius sensible), Anthony Marber (troublant Tarquinius), Thóra Einarsdóttir (Lucia lumineuse) et Anne Wilkens (douce Bianca) composent un plateau de choix dans cette production dérangeante mais en tous points exemplaire.




    Opéra, Lausanne
    Le 12/11/2000
    Sylvie BONIER

    Le Viol de Lucrèce de Benjamin Britten à l'Opéra de Lausanne.
    The Rape of Lucretia de Benjamin Britten
    Orchestre de Chambre de Lausanne
    Direction : Jonathan Darlington
    Mise en scène et décors: Stephan Grögler
    Décors et costumes: Véronique Seymat.
    Lumières: Laurent Castaingt.
    Avec Donald Kaasch (Male chorus), Emma Bell (Female chorus), Clive Bayley (Collatinus), Ashley Holland (Junius), Anthony Marber (Tarquinius), Natascha Petrinsky (Lucretia), Anne Wilkens (Bianca), Thóra Einarsdóttir (Lucia),

    Production Théâtre de Caen. Nouvelle réalisation.Opéra de Lausanne les 17 et 22 novembre à 20h, le 19 à 17h. (Tel: (004121) 310.16.00

     


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