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CRITIQUES DE CONCERTS 28 janvier 2023

Récital du baryton Matthias Goerne accompagné au piano par Daniil Trifonov à la Philharmonie de Paris.

Dialogue fervent
© Thomas Deschamps

En présentant tel quel et d’une traite l’exigeant programme Berg-Schumann-Wolf-Chostakovitch-Brahms calqué sur le disque qu’ils viennent de publier, Matthias Goerne et Daniil Trifonov transportent le public de la plus poétique des manières. Le concert apporte à ce duo incomparable la pointe de liberté supplémentaire qui fait les grandes soirées.
 

Philharmonie, Paris
Le 15/06/2022
Thomas DESCHAMPS
 



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  • InstallĂ© presque contre le piano, comme protĂ©gĂ© par le couvercle, Matthias Goerne sort immĂ©diatement de cette retraite pour entamer le premier des Quatre Lieder op. 2 de Berg ouvrant le rĂ©cital. Il phrase longuement Schlafen, schlafen comme dans un demi-sommeil tout en se balançant. Le chanteur met tout son corps au service de sa voix, de la pointe des pieds jusqu’à la tĂŞte, dans une expressivitĂ© qui Ă©pouse les courbes de la musique. Sans lourdeur, le chanteur incarne littĂ©ralement cet Ă©tat entre rĂŞve et cauchemar Ă©voquĂ© par les textes, d’autant que le piano moirĂ© de Daniil Trifonov Ă©pouse chaque nuance. Tout au long du rĂ©cital, le duo enchaĂ®ne sans aucune pause le programme, ce qui favorise la concentration et sollicite une remarquable qualitĂ© d’écoute du public dans une salle pourtant dĂ©mesurĂ©e.

    Avec les Amours du poète de Schumann, le baryton-basse trouve très naturellement un registre plus aigu et plus lumineux qui contraste avec les sonorités d’orgue lorsqu’il faut évoquer la puissance du Rhin. Tour à tour fluide ou impérieux, Trifonov multiplie les points de vue dans un dialogue fascinant avec le Goerne qui pousse le lyrisme très loin. Respirant largement comme à son habitude, ce dernier étire souvent les phrasés mais jamais la compréhension des poèmes de Heine n’est mise en péril.

    Cet art du chant utilise toutes les nuances dynamiques du murmure au tonnerre, ne craint pas les silences qui continuent de porter une musicalité fiévreuse. Les trois Lieder sur des vers de Michel-Ange composés par Wolf poursuivent le récit des amours amers. Trifonov y met des couleurs particulièrement sombres et des béances sans fond, comme si le poète écrivait depuis le fond d’une prison comme celles imaginées par Piranèse.

    Pour les extraits de la suite réalisée par Chostakovitch sur d’autres poèmes du sculpteur, le pianiste ajoute une puissance sonore renversante qui ne laisse pas de côté le chanteur dont les ressources paraissent infinies. En bousculant l’ordre des poèmes, les artistes choisissent de mettre l’emphase sur Nuit où le sommeil revient dans une symétrie avec le Berg du début. Cette thématique du sommeil lié à la mort est parfaitement synthétisée avec les Quatre Chants sérieux de Brahms.

    Le style beaucoup plus classique de cette musique fait un contraste formidable avec l’expressivité précédente. Chanteur et pianiste y mettent très naturellement un ton consolateur. L’absence d’affectation de ce duo sert les textes luthériens sans ajouter de pathos. Goerne et Trifonov concluent ce récital de la meilleure façon qui soit avec un seul bis, le Bist du bei mir de Stölzel, où l’un comme l’autre chantent avec une sublime simplicité.




    Philharmonie, Paris
    Le 15/06/2022
    Thomas DESCHAMPS

    Récital du baryton Matthias Goerne accompagné au piano par Daniil Trifonov à la Philharmonie de Paris.
    Alban Berg (1885-1935)
    Quatre Lieder op. 2 (1910)
    Robert Schumann (1810-1856)
    Dichterliebe (1840)
    Hugo Wolf (1860-1903)
    Michelangelo-Lieder (1897)
    Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
    Suite sur des poèmes de Michelangelo Buonarroti (1974)
    Johannes Brahms (1833-1897)
    Vier ernste Gesänge (1896)
    Matthias Goerne, baryton
    Daniil Trifonov, piano

     


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