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CRITIQUES DE CONCERTS 05 décembre 2022

Nouvelle production du Château de Barbe-bleue de Bartók et de De temporum fine comoedia de Orff dans une mise en scène de Romeo Castellucci et sous la direction de Teodor Currentzis au festival de Salzbourg 2022.

Salzbourg 2022 (6) :
Les âmes damnées

© Monika Rittershaus

Le rapprochement du Château de Barbe-bleue avec De temporum fine comoedia occasionne à Salzbourg un de ces spectacles dont le festival a forgé sa légende depuis un siècle. Entre la mise en scène d’encre, truffée de symboles, de Romeo Castellucci et la direction déchaînée de Teodor Currentzis, on ressort du Manège des rochers complètement sonné.
 

Felsenreitschule, Salzburg
Le 20/08/2022
Yannick MILLON
 



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  • Cet Ă©tonnant double bill voulu par Markus Hinterhäuser, Romeo Castellucci en a fait un spectacle entĂ©nĂ©brĂ©, occultant totalement le dĂ©cor naturel de la Felsenreitschule. Avant le vrai prologue de l’opĂ©ra de BartĂłk, rĂ©citĂ© sur un ton pompeux et en anglais (faute majeure pour ce manifeste magyar), rĂ©sonnent brièvement, rideau fermĂ©, les pleurs d’un nouveau-nĂ© puis ceux de sa mère ; avant l’Apocalypse selon Orff, le pĂ©chĂ© originel.

    Les premiers échanges entre Judith et Barbe-bleue se font dans un théâtre au noir à la Maeterlinck. Nulle ouverture de portes, mais une plongée dans la psyché de personnages rongés d’angoisse, que le feu et l’eau ne suffiront à faire expier. Au lieu de la découverte émerveillée des domaines du duc, la porte V offre la saisissante vision de la jeune femme prise de convulsions sur un lit de camp où elle cherchera, pieds dans l’eau, à s’électrocuter avec les cosses d’une batterie.

    Quelques pas de danse n’y pourront mais, l’engloutissement dans la nuit épaisse du château – un tissu noir sur le sol portant l’inscription Meine Haut (ma peau) – sera la seule issue pour la mère en deuil. Le metteur en scène italien livre ensuite un travail rituel et symbolique parfaitement en phase avec l’ultime œuvre scénique de Carl Orff, oratorio-vigile pour la fin des temps créé tout à côté au Großes Festspielhaus en 1973 par Karajan.

    Neuf Sibylles masquées lapident Judith et pratiquent des sacrifices d’enfants en annonçant une fin du monde où seuls les vertueux seront rachetés, avant que neuf Anachorètes, qui recréent entre autres tableaux vivants le célèbre Tres de mayo de Goya, ne proclament au contraire que même les plus viles créatures seront sauvées au Jugement dernier, en crucifiant un arbrisseau sur un tronc scarifié érigé en totem, avant de l’abattre.

    © Monika Rittershaus

    Au Dies illa, squelettes et silhouettes rampantes sortent de terre, tableau de damnĂ©s Ă  la JĂ©rĂ´me Bosch aspirĂ©s par la porte des Enfers après un Kyrie d’épouvante. Mais Lucifer murmure « Père, j’ai pĂ©chĂ© Â» en opĂ©rant sa mue du noir au blanc avec l’immense tissu-peau sur les Ă©paules. Symbole d’un Éden retrouvĂ©, Judith lui offre la pomme, et l’ange revenu Ă  la lumière orne l’épilogue de dĂ©licats mouvements chorĂ©graphiĂ©s.

    L’autre maître d’œuvre de la soirée est Teodor Currentzis, qui tire des couleurs tout aussi noires d’un Gustav Mahler Jugendorchester un peu sec, dans une recherche de nuances si infinitésimale que la formation se lézarde parfois aux frontières du silence. Une ligne de crête qu’on retrouve chez la Judith d’Aušrine Stundyte, créature vampirisée qui halète et suffoque dans un expressionnisme univoque, face au Barbe-bleue distant de Mika Kares.

    C’est pourtant dans l’oratorio obsessionnel de Orff que le trublion gréco-russe, avec l’appui de solistes féminines en transe et de chanteurs masculins de musicAeterna à l’allemand parfois douteux, se montre à son sommet d’éloquence. D’une battue de chamane, il transcende les psalmodies sataniques et autres accents forcenés de De temporum fine comoedia avec un groupe de percussions à la frappe phénoménale, entre nappes fumantes et coups de boutoir à ébranler le Manège des rochers.

    Que ne s’est-il tenu Ă  son rĂ´le d’exĂ©cutant plutĂ´t que d’ajouter Ă  une partition bien assez dense (finalement dans la version moins fantasque de 1981) de longues sĂ©quences entre bruitisme et a cappella Renaissance avant chacune des trois parties, ruinant notamment le passage de flambeau rythmique des Sibylles aux Anachorètes ! Ce gĂ©nial Satan du pupitre, grand « fragmentateur Â» du discours musical devant l’Éternel, coupable d’hybris dans une production phare, pourrait sans doute Ă  son tour prononcer un Pater, peccavi.




    Felsenreitschule, Salzburg
    Le 20/08/2022
    Yannick MILLON

    Nouvelle production du Château de Barbe-bleue de Bartók et de De temporum fine comoedia de Orff dans une mise en scène de Romeo Castellucci et sous la direction de Teodor Currentzis au festival de Salzbourg 2022.
    BĂ©la BartĂłk (1881-1945)
    A Kékszakállú herceg vára, opéra en un acte op. 11 Sz 48 (1911)
    Livret de Béla Balázs
    Carl Orff (1895-1982)
    De temporum fine comoedia (Das Spiel vom Ende der Zeiten – Vigilia) (1973)
    Livret du compositeur d’après des prophéties de sibylles et des hymnes orphiques
    (Version finale de 1981)

    musicAeterna
    Salzburger Bachchor
    Salzburger Festspiele und Theater Kinderchor
    Gustav Mahler Jugendorchester
    direction : Teodor Currentzis
    mise en scène, décors, costumes : Romeo Castellucci
    préparation des chœurs : Vitaly Polonsky, Benjamin Hartmann & Wolfgang Götz

    Avec :
    Mika Kares (Barbe-bleue), Aušrine Stundyte (Judith), Helena Rasker (Prologue) ; Nadezhda Pavlova (Sibylle 1), Elizaveta Shveshnikova (Sibylle 2), Frances Pappas (Sibylle 3), Elene Grvitishvili (Sibylle 4), Eleni Lydia Stamellou (Sibylle 5), Elena Gurchenko (Sibylle 6), Taxiarchoula Kanati (Sibylle 7), Irini Tsirakidis (Sibylle 8), Helena Rasker (Sibylle 9), Membres de musicAeterna (Anachorètes), Gero Nievelstein (récitant solo), Christian Reiner (Lucifer), Sergei Godin (ténor solo), Aušrine Stundyte (alto solo).

     



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