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CRITIQUES DE CONCERTS 20 mai 2019

Le Requiem allemand de Brahms par Philippe Herreweghe à la salle Pleyel.

Un baiser rendu aux ténèbres
© Michel Garnier

Une certaine tradition romantique a submergé le Requiem allemand de Brahms dans un océan de pathos. Jeudi dernier salle Pleyel, Philippe Herreweghe en a proposé une lecture évitant au contraire de s'attarder sur le conflit entre l'âme et le corps mourant, au profit d'un éclairage humaniste et philosophique.

 

Salle Pleyel, Paris
Le 21/11/2000
Linda MURRAY
 



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  • On a beau dire que les Requiems sont écrits pour les morts, c'est évidemment aux vivants qu'ils s'adressent. Reste à savoir ensuite s'il s'agit de les terrifier pour mieux les édifier, ou simplement de les armer face à un destin que chacun sait inéluctable. Philippe Herreweghe semble avoir préféré pour la seconde option si l'on se fie à son approche douce et subtile mettant en avant les qualités méditatives inhérentes à ce Requiem allemand ; en cela, il restait fidèle à Brahms qui souhaitait donner à sa composition la fonction d'une réflexion personnelle.

    Toutefois, les intentions d'Herreweghe ne furent pas immédiatement évidentes. La première partie parut légèrement terne, avec un seul et unique crescendo faisant écho à la profondeur abyssale du sujet, et bien qu'un solo de hautbois excellemment exécuté contribuât à révéler une intéressante dimension solipsiste de l'oeuvre. L'on s'acheminait vers une prestation plutôt stérile, lorsque soudainement, avec le début de la seconde section, le plan d'ensemble devint apparent et l'exécution quelque peu timide de l'ouverture prit alors son sens. Herreweghe avait décidé de laisser le requiem atteindre graduellement son climax, collant aux différents niveaux de méditation individualisés par Brahms plutôt que de couper l'oeuvre en sept tableaux autonomes, comme on le fait fréquemment. Le Denn alles Fleisch, es ist wie Gras fut chanté et joué brillamment, avec un mélange parfait de contrôle et d'exaltation. Les sopranos manquèrent peut-être un peu de puissance vers la fin de la seconde section de und Schmerz und Seufzen wird weg müssen ; une vétille en regard de la tenue d'ensemble.


    La troisième section introduit la partie de baryton, assumée pour l'occasion par Stephan Genz. Le jeune Allemand, qui au passage enregistre désormais pour le label Hypérion, s'est rapidement assuré une réputation internationale, chantant à La Scala sous la baguette, entre autre, de Gardiner ou Jacobs. Sa prestation fut à la hauteur de sa renommée. Doté d'une voix claire et riche, Genz négocia aisément tous les écueils de la partition de Brahms, avec une technique et un phrasé impeccables. Un talent à surveiller. Son chant fut accompagné par un impressionnant travail des contrebasses, dont les doux pizzicati en arrière-plan convoquèrent l'image prémonitoire de la mort, complétant et questionnant en même temps la supplique de Genz pour obtenir le conseil divin.

    De son côté, la soprano Simone Nold délivra une prestation solide, accordant une attention minutieuse au souffle et au phrasé, mais sa voix, bien que très séduisante, manqua de la flamme nécessaire pour illustrer le texte choisi par Brahms, "Ihr habt Traurigkeit" ; sa rédemption n'était sans doute pas pour ce soir-là. Le Choeur de la Chapelle Royale et du Collegium Vocale de Gand furent en revanche de bout en bout irréprochable de cohésion, précision et finesse. Des qualités particulièrement évidentes dans le Denn es wird die Posaune schallen, und die Toten werden de la cinquième section, exécuté avec puissance mais aussi fermeté.

    Mais c'est finalement surtout à l'intelligence de Philippe Herreweghe que l'on doit la beauté sans larmes grasses de ce Requiem. Son long et téméraire baiser rendu aux ténèbres brahmsiennes a montré comment sortir grandi et non accablé par la confrontation.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 21/11/2000
    Linda MURRAY

    Le Requiem allemand de Brahms par Philippe Herreweghe à la salle Pleyel.
    Ein Deutsches Requiem de Johannes Brahms
    La Chapelle Royale, Collegium Vocale de Gand
    Orchestre des Champs-Élysées.
    Philippe Herreweghe, direction
    Avec Simone Nold (soprano) et Stephan Genz (baryton)

     


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