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CRITIQUES DE CONCERTS |
15 janvier 2025 |
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Reprise de Adriana Lecouvreur dans la mise en scène de David McVicar et sous la direction de Jader Bignamini à l’Opéra de Paris.
Le fil d’Adrienne
Glamour garanti à l’Opéra Bastille avec Anna Netrebko dans le rôle-titre d’Adriana Lecouvreur. La première distribution de la reprise du succès de Cilea souffre cependant d’inégalités vocales. La mise en scène de David McVicar conserve heureusement toutes ses qualités d’évocation d’un XVIIIe siècle à la galanterie fantasmée.
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Treize années après sa création à Covent Garden, la mise en scène de David McVicar n’a pas pris une ride. D’obédience classique, elle représente le meilleur exemple d’une production respectueuse des intentions du librettiste sans tomber dans une approche muséale figée. Au foyer de la Comédie française, le petit monde des acteurs fourmille de vie. Les lumières nocturnes enchantent la scène se passant dans une villa au bord de Seine et les torchères qui accompagnent le prince de Bouillon apportent avec eux les rumeurs d’une nuit d’été à la Watteau.
Le clou reste la réception donnée à l’hôtel de Bouillon : McVicar donne à voir tout l’artifice de ce monde où aristocrates et comédiens se côtoient, tandis qu’en fond de scène des danseurs donnent une version drolatique du ballet Le Jugement de Pâris. La direction d’acteur vif-argent passe subtilement du rire aux larmes et permet de suivre au mieux les renversements de situation typiques d’Adriana Lecouvreur. Tout ceci ne serait cependant rien, si la chanteuse distribuée dans le rôle principal n’incarnait pas une diva.
De toute évidence, avec Anna Netrebko, cette question ne se pose pas. La soprano russe à l’affiche incarne littéralement la sociétaire du Français. Scéniquement, son jeu d’une riche variété, happe l’œil. Vocalement, la soprano prodigue des sons filés d’une égalité de rêve et d’une radieuse beauté. L’honnêteté force à dire que juste en dessous, le haut médium semble trop souvent fâché avec l’intonation. En très fort contraste avec le reste de la voix, le bas du registre est devenu d’une largeur impressionnante et d’un timbre évoquant le grenat qui concurrence fortement sa rivale sur scène, la princesse de Bouillon chantée par Ekaterina Semenchuk.
Cette dernière n’a pas tout à fait l’ambitus et la puissance des plus grandes titulaires de ce rôle de méchante patentée. Du coup l’affrontement n'est pas équilibré. Yusif Eyvazov n’est pas le plus raffiné des Maurice. Ardent mais sommaire dans son jeu scénique, il ne peut s’empêcher de donner trop fréquemment et indûment de la voix, en particulier lorsqu’il rejoint en duo celle qui est son épouse à la ville. C’est d’autant dommage qu’il dispose à présent d’une technique plus qu’honorable.
Le métier reste confondant en revanche chez Ambrogio Maestri qui émeut en Michonnet malgré une relative usure des moyens. Sava Vemić fait un prince de Bouillon tout en timbre mais un peu statique, tandis que Leonardo Cortellazzi manque à la fois de rondeur et de rouerie en abbé de Chazeuil. Dans la fosse, Jader Bignamini se trouve davantage en situation que dans La Force du destin de la saison précédente. Son souci de la ligne sied à une musique qui peut s’éparpiller. L’orchestre pourrait être plus enlevé mais il brille de mille feux.
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Opéra Bastille, Paris Le 16/01/2024 Thomas DESCHAMPS |
| Reprise de Adriana Lecouvreur dans la mise en scène de David McVicar et sous la direction de Jader Bignamini à l’Opéra de Paris. | Francesco Cilea (1866-1950)
Adriana Lecouvreur, opéra en quatre actes (1902)
Livret d’Arturo Colautti d’après Adrienne Lecouvreur d’Eugène Scribe
Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
direction : Jader Bignamini
mise en scène ; David McVicar
décors : Charles Edwards
costumes : Brigitte Reiffenstuel
Ă©clairages : Adam Silverman
chorégraphie : Andrew George
préparation des chœurs : Alessandro Di Stefano
Avec : Anna Netrebko (Adrienne), Yusif Eyvazov (Maurice), Ambrogio Maestri (Michonnet), Sava Vemić (Le prince de Bouillon), Ekaterina Semenchuk (La princesse de Bouillon), Leonardo Cortellazzi (L’abbé de Chazeuil), Ilanah Lobel-Torres (Mademoiselle Jouvenot), Marine Chagnon (Mademoiselle Dangeville), Alejandro Baliñas Vieites (Quinault), Nicholas Jones (Poisson), et Se-Jin Hwang (Le majordome). | |
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