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CRITIQUES DE CONCERTS 12 juillet 2024

RĂ©cital de la pianiste Yuja Wang Ă  la Philharmonie de Paris.

Le drôle de récital
© Thomas Deschamps

Entre agacement, tension et fébrilité, la pianiste Yuja Wang offre un récital souvent déconcertant où l’on regrette de n’avoir pu davantage profiter de la rare Sonate de Barber et de jolis Chostakovitch. Après quatre décevantes Ballades de Chopin, la musicienne réaffirme la maîtrise pianistique qui ne l’a jamais quittée avec une séquence de dix bis.
 

Philharmonie, Paris
Le 05/06/2024
Thomas DESCHAMPS
 



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  • Contrairement Ă  son habitude, Yuja Wang joue ce soir avec les partitions (sur tablette). Alors que la pianiste chinoise entame la rare Sonate en mib mineur de Barber avec la clartĂ© des grands soirs, une partie du public se met Ă  tousser sans retenue depuis les quatre coins de la salle Pierre Boulez. Cette polyphonie concurrente et nettement plus dissonante que la sonate semble rendre furieuse la pianiste qui s’arrĂŞte longuement au terme du premier mouvement alors que les toux connaissent un apex.

    L’artiste se tourne vers le public d’arrière-scène mais au lieu d’obtenir le silence, elle récolte les applaudissements d’une partie de la salle. Crispée, Wang reprend avec l’Allegro vivace e leggero qui conserve tout de même un côté funambulesque. De nouveaux applaudissements fusent dès la fin du mouvement. La pianiste pare l’Adagio mesto d’une magie sonore au détriment du tragique, mais cette transformation des voix médianes en autant de miroirs donne un effet hallucinatoire avant l’éblouissante folie fuguée du dernier mouvement, hélas précédée d’applaudissements compulsifs.

    Sans doute pour prévenir ce genre de distractions, sans y parvenir tout à fait, l’artiste joue ensuite la sélection de pages puisées dans les Opus 34 et 87 de Chostakovitch avec une continuité forcée. À mille lieues d’une tradition soviétique, elle apporte à cette musique un côté funambulesque qui fait regretter la brièveté de ce florilège.

    La seconde partie du récital revient à un répertoire certainement moins déroutant pour le public avec les quatre Ballades de Chopin. Wang commence par la Ballade n° 2 avec une douceur de toucher surprenante. À la régularité, son phrasé privilégie les failles au point qu’il perd l’auditeur avant que l’explosion virtuose sidère par une violence décuplée. Cette agogique errant d’un extrême à l’autre va se répéter dans les autres ballades : une lecture disloquée entre décomposition fantomatique et expressionnisme lapidaire qui déconcerte sans qu’on puisse en comprendre le fil.

    Faisant presque la moue au terme de ces pages, la pianiste va opérer un retournement de situation en offrant une troisième mi-temps d’une durée de quarante-cinq minutes. Elle débute par le Scherzo du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn/Rachmaninov, un rien monocorde, poursuit par une plus colorée Danse n° 2 de Marquez, une jolie Alouette de Glinka et une pièce de Gulda qui n’atteint pas le savoir-faire de Kapustin.

    Avec une étincelante Toccata du Tombeau de Couperin de Ravel, une nouvelle et dernière séquence s’ouvre qui voit se succéder dans une folle ambiance le dernier mouvement du Quatuor n° 8 de Chostakovitch, la Notation « Rapide » de Boulez, l’Étude n° 6 de Glass, le troisième mouvement de la Pathétique de Tchaïkovski dans l’arrangement de Feinberg, qu’elle joue comme une course à l’abîme, pour se terminer avec Marguerite au rouet de Schubert/Liszt certes moins cantabile que d’autres soirs, mais animée d’une tension qui résume bien cette drôle de soirée.




    Philharmonie, Paris
    Le 05/06/2024
    Thomas DESCHAMPS

    RĂ©cital de la pianiste Yuja Wang Ă  la Philharmonie de Paris.
    Samuel Barber (1910-1981)
    Sonate pour piano en mib mineur, op. 26 (1949)
    Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
    Vingt-quatre Préludes, op. 34 (1933) (n° 5, 10, 12, 16 & 24)
    Vingt-quatre préludes et fugues, op. 87 (1951) (prélude et fugue n° 2 et 15, prélude n° 8)
    Frédéric Chopin (1810-1849)
    Ballade n° 2 en fa majeur, op. 38 (1839)
    Ballade n° 3 en lab majeur, op. 47 (1841)
    Ballade n° 1 en sol mineur, op. 23 (1835)
    Ballade n° 4 en fa mineur, op. 52 (1842)
    Yuja Wang, piano

     


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