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CRITIQUES DE CONCERTS 12 juillet 2024

Nouvelle production de La Vestale de Spontini dans une mise en scène de Lydia Steier et sous la direction de Bertrand de Billy à l’Opéra de Paris.

Visions cauchemardesques
© Guergana Damianova - OnP

La Vestale retrouve l’Opéra de Paris après cent cinquante ans d’absence : de quoi mettre à l’honneur une musique d’une grande modernité. Le style déclamatoire et les chœurs majestueux dispensent un moment mémorable de théâtre, tandis que la transposition de Lydia Steier alerte sur les mirages d’un régime politique autoritaire, aux méthodes fascisantes.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 15/06/2024
Florent COUDEYRAT
 



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  • Le chef-d’œuvre de Spontini, seul ouvrage de son auteur Ă  ĂŞtre encore sporadiquement montĂ©, fait un retour pour le moins dĂ©capant, tant la mise en scène de l’AmĂ©ricaine Lydia Steier nous plonge d’emblĂ©e dans le climat d’horreur et d’oppression d’un totalitarisme thĂ©ocratique, aussi brutal que sanglant. Talis est ordo deorum (Tel est l’ordre des Dieux) clame ainsi un graffiti Ă©loquent, dès le lever de rideau, tandis que des cadavres sont pendus tĂŞte en bas.

    Si l’on veut bien accepter ce parti-pris à même de prolonger la vision apocalyptique de sa Salomé de 2022, le choc est garanti : on a rarement vu transposition aussi ajustée par rapport au livret, à la moindre virgule inchangée, mais enrichi par tout le sous-texte visuel ajouté. Comment ne pas être troublé, en effet, par un livret qui fait l’apologie de la soumission populaire au chef ? Steier refuse de montrer la glorification militaire attendue afin de nous alerter sur les dangers liberticides de s’en remettre à un pouvoir non démocratique.

    Aussi bien la mise au pas du chœur, représentant la foule ordinaire, que celles des vierges (les Vestales), font froid dans le dos, évoquant à plusieurs reprises les rudesses glaciales de la série La Servante écarlate – modèle évident de ce spectacle. Les effets de ralenti hallucinatoires pendant les ballets, où Julia erre comme un fantôme, marquent ainsi durablement. En contraste, le spectacle multiplie les idées force tel que l’autodafé en lieu et place de la flamme que Julia est censée préserver. Vu le contexte politique actuel, ce rappel de l’un des premiers gestes du nazisme raisonne comme un avertissement sinistre.

    La direction de Bertrand de Billy, toute d’allègement des textures et d’un raffinement inouï, va malheureusement à l’encontre de l’impression visuelle souhaitée. C’est d’autant plus regrettable qu’en lissant ainsi les angles, le chef français diminue les contrastes de la partition, entre brio des chœurs, éloquence déclamatoire des amitiés masculines, sans parler de l’intimisme feutré et étouffant entre Vestales.

    Ce manque de charpente, compensé par une attention aux détails et aux couleurs, n’empêche pas Michael Spyres (Licinius) de livrer une interprétation d’une haute intensité, entre puissance maîtrisée et variété de phrasés étourdissante. À ses côtés, Julien Behr (Cinna) assure au niveau de la diction, même si le timbre un peu nasal pèche dans l’expression aérienne des aigus, à l’émission trop étroite.

    Eve-Maud Hubeaux (La Grande Vestale) manque également de puissance pour pleinement emporter, mais se rattrape par une composition dramatique de belle tenue, à l’instar du toujours superlatif Jean Teitgen (Le Souverain Pontife), à l’autorité naturelle portée par une technique toujours aussi sûre. Enfin, Élodie Hache endosse avec panache le rôle de Julia, suite à la défection d’Elza van den Heever. La soprano française fait valoir un beau tempérament, bien projeté et affirmé, même si quelques aigus manquent de stabilité.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 15/06/2024
    Florent COUDEYRAT

    Nouvelle production de La Vestale de Spontini dans une mise en scène de Lydia Steier et sous la direction de Bertrand de Billy à l’Opéra de Paris.
    Gaspare Spontini (1774-1851)
    La Vestale, opéra en trois actes (1807)
    Livret d’Etienne de Jouy (1764-1846)

    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Bertrand de Billy
    mise en scène : Lydia Steier
    décors : Étienne Pluss
    costumes : Katharina Schlipf
    Ă©clairages : Valerio Tiberi
    préparation des chœurs : Ching-Lien Wu

    Avec :
    Michael Spyres (Licinius), Eve-Maud Hubeaux (La Grande Vestale), Julien Behr (Cinna), Jean Teitgen (Le Souverain Pontife), Florent Mbia (Le Chef des Aruspices, un consul), Élodie Hache (Julia).

     


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