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CRITIQUES DE CONCERTS 06 décembre 2019

Récital de Gustav Leonhardt à la Comédie des Champs-Élysées.

Leonhardt touche du bois
© Eric Sebbag

René Jacobs dit volontiers de lui que Bach lui doit beaucoup. Il n'est pas le seul, le clavecin est aussi redevable à Gustav Leonhardt de l'abolition d'un destin programmé de machine à tricot ; et il semble lui en vouer une reconnaissance sans fin. Pour preuve son récent passage à la Comédie des Champs-Élysées.

 

Comédie des Champs-Elysées, Paris
Le 04/12/2000
Eric SEBBAG
 



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  • Instrument Ă  la dynamique faible (voire inexistante dans une facture mĂ©diocre), le clavecin a souvent Ă©tĂ© comparĂ© Ă  la photographie en noir & blanc. En effet, par sa gamme de gris et son grain, celle-ci sait suggĂ©rer parfois plus que la couleur, en mĂŞme temps que magnifier les scènes les plus anodines. Encore faut-il que le photographe sache poser son objectif pour jeter la lumière qui passe dans une gĂŞole de papier glacĂ©.

    Jouant essentiellement dans des salles obscures, Gustav Leonhardt fait mieux que dompter les photons, il éclaire les partitions de l'intérieur par un toucher qui semble lui donner pouvoir de vie et de mort sur chaque note. Car il a beau ne toucher que du bois, il leur transmet lueurs ou éclairs comme autant de flammes qui passeraient de chandelles en flambeaux, sans jamais s'éteindre avant que le claveciniste ne décide de les souffler.

    Et plutôt que grise de sels argentiques, le ton de ses incandescences est doré. La pierre philosophale n'est pas loin d'autant que le clavecin Silbermann d'Anthony Sidey est d'un métal irisé qui fond dans l'oreille sans brûlure, et dont la pesanteur s'exprime en carats (malgré un léger manque de lumière dans l'aigu).

    La Pavane de Louis Couperin qui débute le concert est à elle seule un traité occulte qui a le pouvoir insigne de suspendre le cours normal du temps. Une fois les notes accrochées en l'air, Leonhardt au beau jeu de les faire fondre en rafales torrentielles sur l'auditoire dans une toccata de Froberger ou de Kerll, ou de le laisser choir avec la pudeur de flocons neigeux dans une Allemande de Froberger ou de Böhm.

    Il y a aussi quelques coups de tonnerres. Mais plutôt que de maltraiter le clavier, Leonhardt préfère habilement donner quelques chocs du talon qui résonnent comme pour un lever de rideau. Il a d'ailleurs raison de ne pas violenter le clavier qui lui joue quelques feintes dans les Ground de Purcell, mais sans jamais lui faire perdre son propos.

    Si l'on souhaite échapper un peu à l'emprise occulte qu'exerce le discours de Leonhardt, comme si on voulait ne rien perdre d'un songe, il faut surveiller son jeu de jambes qui semble littéralement débranché du reste du corps, et qui trahit, avant le buste et le visage fermé du Maître hollandais, les péripéties qu'il ourdit. Une bien modeste pierre de rosette pour déchiffrer son magistère.




    Comédie des Champs-Elysées, Paris
    Le 04/12/2000
    Eric SEBBAG

    Récital de Gustav Leonhardt à la Comédie des Champs-Élysées.
    Œuvres de Louis Couperin, Johann Jakob Froberger, Mathias Weckmann, Georg Böhm, Henry Purcell, Johann Kaspar von Kerll et Johann Adam Reinken
    (Clavecin Anthony Sidey d'après Silbermann)

     


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