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CRITIQUES DE CONCERTS 09 juillet 2020

Création mondiale de El Niño (La Nativité) de John Adams.

Le souffle court d'El Niño
© Marie Noelle Robert

Depuis le fameux Nixon in China jusqu'à I was looking at the Ceiling and then I saw the Sky, le duo formé par le compositeur John Adams et le metteur en scène Peter Sellars a beaucoup fait parler de lui. Tous deux, s'attaquent aujourd'hui à l'un des mythes fondateurs du christianisme, celui de la Nativité.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 15/12/2000
Michel PAROUTY
 



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  • FrappĂ© par la rĂ©cente traduction du Nouveau Testament due Ă  l'hĂ©llĂ©niste Richmond Lattimore, Adams a suivi le mĂŞme parti pris : raconter une histoire dĂ©pouillĂ©e de toute connotation religieuse, une histoire qui appartient Ă  tout le monde.

    Il s'est appuyé sur des textes d'origines diverses, éloignés dans le temps et dans l'espace : l'abbesse et compositrice Hildegard von Bingen, du haut de son Moyen Age, côtoie ainsi la Chilienne Gabriela Mistral, morte en 1957 ; sor Juana Ines de la Cruz, l'un des grands noms du baroque hispanique, voisine avec voisine avec la Mexicaine Rosario Castellanos, disparue en 1974.

    Même si les évangiles gnostiques, la Bible du Roi Jacques, des cantiques et des textes de Luther sont mis à contribution, l'inspiration est résolument féminine et hispanique. Hommage à la Femme, à la Mère, par-delà la figure emblématique de la Vierge. Selon Peter Sellars, tout artiste ne peut parler que de ce qu'il connaît. Adams et lui ont donc choisi pour cadre de leur Nativité la Californie, leur pays d'adoption, sur lequel ils posent une fois encore un regard critique sans indulgence. L'Enfant naît parmi les Chicanos, qui comptent parmi les plus déshérités du continent nord-américain. Et, sous la houlette de Sellars, le spectateur feuillette un livre d'images géant.

    Car la mise en scène, réglée, comme toujours, avec une précision qui tient de la maniaquerie, se déploie sur plusieurs niveaux, et fait appel à toutes les disciplines artistiques, les arts plastiques (grâce à la Mexicaine Yreina D. Cervantez), la danse (Daniela Graça, Michael Schumacher, Nora Kimball), le cinéma- Sellars a lui-même réalisé un film aux images volontairement "sales" ou surexposées, censé agrandir l'espace mais qui renforce surtout l'impact dramatique des tableaux qui se déroulent sur la scène et semblent intemporels en y ajoutant une perspective plus quotidienne.


    Tant de moyens exploités avec une louable maîtrise n'arrivent pourtant pas à convaincre. Ce n'est pas la faute des interprètes, vraiment admirables, que ce soit Dawn Upsahw, si émouvante dans sa simplicité, Lorraine Hunt Lieberson, dont la présence et le tempérament sont toujours étonnants, ou Willard White, à la voix ample et généreuse. Sellars leur impose un jeu stylisé, calculé au millimètre, et parfois proche d'une chorégraphie ; ils suivent leur mentor avec une conviction qui ressemble à de l'amour.

    Trois contre-ténors issus du Theater of Voices de Paul Hillier incarnent l'ange Gabriel ; les couleurs étranges de leurs timbres aériens apportent au spectacle une notre immatérielle particulièrement séduisante. Les choeurs sont ceux de Terry Edwards, ces London Voices qui excellent dans le répertoire contemporain ; et la Maîtrise de Paris participe à la fête sans démériter.

    Kent Nagano dirige le Deutsches Symphonie Orchester Berlin en dosant habilement les sonorités. Mais il ne peut donner à la partition d'Adams l'élan et la vigueur qu'elle n'a pas. Lorsqu'il ne revient pas au minimalisme répétitif de ses débuts, comme dans le premier tableau, le compositeur se tourne vers un lyrisme qui s'épanche avec ostentation. Les solistes sont magnifiques dans leurs arias ; il n'empêche que cette musique semble aujourd'hui déjà datée, et qu'Adams se cantonne frileusement dans les formules qui ont fait son succès.

    En réaction contre le sérialisme et quelques-uns de ses dérivés, certains ont prétendu qu'il était le plus grand compositeur vivant, ne serait-ce que parce que ses oeuvres savent toucher un public très vaste. On peut douter d'une telle affirmation, mais ce qui est sûr, c'est que El Nino manque de souffle.




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 15/12/2000
    Michel PAROUTY

    Création mondiale de El Niño (La Nativité) de John Adams.
    El Niño (La Nativité) de John Adams
    Création mondiale
    Livret de John Adams et Peter Sellars
    Texte élaboré à partir des évangiles gnostiques, de la Bible du roi Jean, de textes d'Hildegard von Bingen et Sor Juana Iñez de la Cruz, de cantiques anciens anglais et de poètes latino-américains contemporains.
    Deutsches Symphonie-Orchester Berlin
    Choeurs des London Voices, Theater of Voices et de la Maîtrise de Paris
    Direction musicale : Kent Nagano.
    Mise en scène et réalisation cinématographique : Peter Sellars.
    Avec Dawn Upshaw, Lorraine Hunt Lieberson et Willard White.

     


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